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Apprentissage: comment rattraper le retard avec l'Allemagne?

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Le nombre d'apprentis en France ne progresse pas. Depuis deux ans, il est même en baisse. En Allemagne, où le système d'éducation repose sur l'alternance, la situation est tout autre. Quels changements sont nécessaires pour relancer la filière? Voici les pistes avancées par les experts.

Apprentissage: comment rattraper le retard avec l'Allemagne?

En France, l'apprentissage est en perte de vitesse. Le dispositif concerne 420 000 jeunes seulement (soit un recul de 8% par rapport à 2013), contre 1 600 000 en Allemagne. Un écart qui n'a pas manqué d'interpeller l'Union professionnelle artisanale (UPA). L'organisation professionnelle a réuni le 23 octobre 2014 politiques, représentants des partenaires sociaux, experts et élus régionaux, pour non pas copier le modèle allemand, mais s'inspirer de certaines pratiques afin de rendre efficace le dispositif de l'apprentissage.

Faire évoluer les mentalités

Première piste évoquée: éduquer le plus tôt possible les jeunes au monde de l'entreprise. Claudine Schellino Dadoun, présidente de l'association Banyan, oeuvre en ce sens. Elle a créé en 2011 une journée nationale qui permet aux jeunes de s'immiscer dans les coulisses des entreprises ainsi que des forums itinérants pour partir à la rencontre des collégiens et les initier au monde du travail. "Ils sont déconnectés de la réalité, ignorent les métiers et méconnaissent les entreprises. Leurs références se cantonnent à Google, Facebook, Apple et L'Oréal", constate-t-elle.

Le second défi à relever? Faire évoluer les mentalités. "Nous faisons de l'apprentissage une voie par défaut, essentiellement dédiée aux personnes qui sortent du cursus académique, et non une voie choisie", regrette François Rebsamen, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. C'est d'ailleurs ici que se dessine la différence majeure avec l'Allemagne, pour qui l'apprentissage est la voie d'excellence.

L'évolution des mentalités doit notamment passer par la revalorisation de l'apprentissage au sein de l'Éducation nationale et la sensibilisation des personnels en charge de l'orientation (conseillers d'orientation psychologues, professeurs principaux) à cette filière. Philippe Louis, président de la CFDT, préconise d' "augmenter les effectifs des conseillers d'orientation, au nombre de 4500 sur l'ensemble du territoire".

Faire des entreprises les acteurs principaux

S'il reste primordial de retisser les liens entre le milieu scolaire et les entreprises, ces dernières devraient même devenir les acteurs centraux de la sélection et de la formation de leurs apprentis. La formation professionnelle en Allemagne est directement pilotée par les entreprises, le jeune s'adressant en premier lieu à l'entreprise (en France les apprentis transitent par les centres de formation des apprentis). En fonction de ses besoins, le dirigeant accepte la formation et l'oriente vers une école professionnelle où il recevra une formation technique théorique.

Les apprentis sont donc formés selon les besoins concrets de leurs futurs employeurs. 60 % des jeunes apprentis allemands seraient ainsi embauchés suite à leur formation selon l'Institut fédéral allemand pour la formation et l'enseignement professionnels. "Cela permettrait de répondre aux besoins de certains secteurs d'activité en tension qui ne trouvent pas de main d'oeuvre qualifiée", confie Anne de Blignières, présidente de l'Institut supérieur des métiers (ISM).

Autre piste avancée par l'experte : la nécessité de "revoir l'offre de formation, de réduire, voire de supprimer, certains CAP et Bac Pro", afin que les acteurs (les dirigeants, les professeurs, les jeunes et leurs familles) disposent d'une meilleure lisibilité des dispositifs.

Des démarches plus souples

L'évolution de l'apprentissage va enfin dépendre du cadre juridique. Pour l'UPA, il faut simplifier les formalités de conclusion du contrat d'apprentissage, permettre une rupture à l'amiable entre les deux parties en cas de difficultés au cours du contrat, et assouplir la réglementation sur les machines et travaux dits dangereux pour les apprentis mineurs. De même, l'organisation professionnelle propose d'adapter le système de rémunération des apprentis pour ne prendre en compte que le niveau de formation (et non leur âge), afin d'encourager l'embauche d'apprentis de 21 ans et plus.

Le gouvernement va devoir se saisir de ces questions rapidement pour atteindre l'objectif de 500 000 apprentis d'ici 2017. Carole Delga, secrétaire d'État chargée du Commerce et de l'Artisanat, a annoncé que 80 millions d'euros ont été mobilisés pour la réfection des centres de formation des apprentis. "Dès 2015, 300 millions d'euros de ressources financières supplémentaires seront consacrés à l'apprentissage", a assuré François Rebsamen. Le gouvernement fait de l'alternance sa nouvelle arme pour réduire le chômage des jeunes.