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Tordez le cou à l'illettrisme

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L'illettrisme touche 7 % de la population adulte. Former vos salariés en difficulté avec le français est LA solution pour améliorer leur efficacité et les faire progresser. Tour d'horizon des possibilités.

Tordez le cou à l'illettrisme

Déchiffrer un plan, rédiger un rapport d'intervention, remplir le formulaire de demande d'éco-prêt d'un client ou, tout simplement, l'avertir par écrit de ne pas ­marcher sur un carrelage fraîchement posé. Ce sont autant de missions impossibles pour un salarié ne maîtrisant pas bien le français. Et, contrairement aux idées reçues, cette lacune est très répandue. L'Hexagone compte 7% d'illettrés, selon l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (Anlci). Des personnes qui, ayant eu un ­parcours scolaire chaotique, sont incapables de lire autre chose qu'un message simple (panneau, consigne simplifiée, etc.). "51 % des personnes illettrées occupent un emploi. Et le secteur de la construction en compterait 20 à 30 %, bien que les chiffres ne soient pas clairement arrêtés", explique Véronique Chauvin, responsable de l'Observatoire des métiers du BTP, hébergé par Constructys, OPCA de la construction.

Pour les entreprises du secteur, ainsi que pour leurs salariés, maîtriser correctement les savoirs de base (lire, écrire, compter) est devenu un enjeu essentiel. "Le bâtiment évolue vers toujours plus de normes ­techniques et de démarches admi­nistratives, relève Jacques Delorme, directeur adjoint de l'organisme Alpes formation à Lyon. Il faut être capable de comprendre des procédures de plus en plus complexes, des pictogrammes de sécurité, respecter des règles de traçabilité... L'informatique a aussi renforcé les exigences, puisque les chefs d'équipe doivent aujourd'hui maîtriser des logiciels métier." Selon ce formateur, tous les professionnels du bâtiment ne sont pas égaux devant les savoirs : "Il y a ceux pour qui le français est une langue étrangère et ceux qui, bien que scolarisés en France, ont décroché tôt. Certains nourrissent une appréhension de la formation", affirme-t-il.

Des formations concrètes

Pour renouer avec la langue de Molière, il n'est donc pas question d'utiliser des méthodes scolaires. "En amont de la formation, nous rencontrons les salariés pour définir leurs besoins", explique Frédérique Darnatigues, res­ponsable formation en compétences-clés chez AMS Grand Sud, organisme toulousain. De cette rencontre découlent des objectifs. "Nous avons eu recours à la formation, car nos salariés d'origine étrangère avaient des difficultés à remplir les formulaires de compte rendu des journées de ­travail, détaillant les heures et les missions accomplies", témoigne Maryse Valenza, chargée de l'administration dans la société de peinture-ravalement Reppelin à Chassieu (Rhône).

Les objectifs peuvent également concerner la lecture de plans, ou encore la maîtrise des consignes de sécurité. "Comme support, nous utilisons les documents de travail du salarié au quotidien", explique Frédérique Darnatigues (AMS Grand Sud). La formation, prise en charge au titre de la formation continue des salariés, peut durer quelques semaines à plusieurs mois. "Le formateur s'adapte en créant un contenu sur mesure et en modulant les horaires", précise Jacques Delorme. Ce dernier, lors d'une intervention pour Reppelin, a intensifié le planning de formation lors d'intempéries qui bloquaient l'activité de ravalement.

Quant aux bienfaits de la prise en charge, ils sont multiples : "Le salarié gagne en autonomie. Il est plus efficace et peut envisager une prise de responsabilité", assure Véronique Chauvin. La vie privée s'améliore également : mieux lire et écrire donne confiance au quotidien et fait regagner une certaine estime de soi. Tout le monde y trouve son compte.