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Les conseils de management de Claude Onesta

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Avec huit titres à leur actif, Claude Onesta et ses Experts ont remis le handball français sur le devant de la scène. Une réussite que le coach doit notamment à son style de management participatif, qu'il prodigue désormais aux entreprises.

Les conseils de management de Claude Onesta

© F.Aygalenq/FFHB

Le 1er février 2015, Claude Onesta est devenu l'entraîneur le plus titré du handball français. Avec la victoire des Bleus face au Qatar en finale du championnat du monde, il s'est offert sa huitième médaille d'or en compétition internationale. À 58 ans, cette icône du (petit) ballon rond ne se limite plus aux terrains de sport : tout en gardant sa veste de coach, il s'introduit dans un nouvel environnement, celui de l'entreprise. Il y distille ses conseils sur la gestion d'équipe et y livre les secrets de la célèbre "méthode Onesta" qui, en 14 ans, a mené le handball français sur la plus haute marche des podiums mondiaux, européens et olympiques.

Priorité au collectif

Quand il prend la tête de la sélection en 2001, cet ancien professeur d'EPS et entraîneur du club toulousain, où il a fait ses débuts en tant que joueur à 11 ans, bouscule l'organisation établie. "Je ne suis pas quelqu'un qui marche sur la ligne si on lui demande, mais plutôt à côté, pour voir ce qui se passe. Si on fait comme les autres, on n'innove pas", assume-t-il. Si son prédécesseur, Daniel Constantini, dirigeait son équipe en coach solitaire et autoritaire, lui prend le contre-pied, se voulant proche de ses joueurs et instaurant un management collégial et participatif.

C'est sa recette pour les responsabiliser et susciter chez eux un engagement et une volonté de réussir plus affirmés. Il se définit ainsi comme "un accompagnateur plus qu'un entraîneur, un chef d'orchestre qui préserve l'harmonie pour que la musique soit belle". Mais pour mener à bien son projet, et même s'il se déclare "rebelle à l'autorité lorsqu'elle est illégitime ou incompréhensible", Claude Onesta n'hésite pas à trancher, arrêter une décision, arbitrer ou structurer idées et discussions. "La hiérarchie est là pour répartir les rôles et les énergies, pour diriger son groupe dans le sens de l'intérêt collectif", souligne-t-il.

Ce sens de l'équipe, Claude Onesta l'entretient depuis son plus jeune âge. Déjà, dans la cour de l'école, il fait partie des meneurs, de ceux qui réunissent et embarquent les autres dans leur sillage. Mais davantage par goût du collectif que pour tirer la couverture à soi. En témoigne son refus, en 2008, de la Légion d'honneur, suite à la victoire aux Jeux olympiques de Pékin. "C'était une réussite collective, de toute l'équipe technique et d'encadrement. Il n'y avait pas de raison que j'en tire un bénéfice personnel", confie-t-il .

Et sa vision du " vivre et faire ensemble ", l'entraîneur ne la décline pas que dans son sport. Lorsqu'on l'interroge sur son ultime ambition, il répond, en humaniste revendiqué et avec son accent chantant du Sud-Ouest : "Changer le monde, un rêve de savant fou." À notre société "de concurrence exacerbée et de proclamation de la réussite individuelle, où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus en difficultés", il préfère un modèle plus solidaire, plus juste. Un héritage qui lui vient du monde ouvrier et syndicaliste dont il est issu, en tant que fils d'émigrés italiens installés à Albi, dans le Tarn, après avoir fui l'Italie de Mussolini.

Du sport à l'entreprise

"C'est une sorte de chercheur en sciences humaines et sociales, toujours à l'affût d'indices qui permettront d'évoluer vers plus de cohésion", évoque Pierre Dantin, un ami de longue date qui a collaboré à l'écriture de son dernier livre, Le Règne des affranchis. Et dans cette quête, Claude Onesta mesure l'importance de son parcours exceptionnel. "Le hand, c'est faire s'affronter deux équipes et envoyer un ballon dans un filet une fois de plus que l'autre. Ça ne va pas révolutionner la société. Mais c'est aussi une zone d'expression. En dirigeant de façon différente, en créant des comportements différents, ça peut être un modèle pour un mieux vivre ensemble", estime-t-il.

C'est d'ailleurs la raison qui pousse les dirigeants à solliciter, aujourd'hui, son expertise au sein de leurs sociétés. Un pied de nez quand on connaît son origine sociale, où "le chef d'entreprise était vu comme le diable", idée à laquelle il adhère pendant longtemps. Pourtant, avec les années, celui qui est devenu le chef de l'entreprise Équipe de France a grandi, ouvert les yeux, et considère aujourd'hui les dirigeants comme des "éléments indispensables de la réussite collective". Il retrouve, auprès d'eux, les mêmes challenges pour construire, fédérer, réagir à des situations complexes, inventer, voire rebondir après l'échec.

Anticipant sa prochaine retraite de sélectionneur national, il envisage d'ailleurs de rendre cette activité ponctuelle plus récurrente. Marié depuis 30 ans et père de deux filles, aujourd'hui adultes, il pourrait donc embrasser ce monde, longtemps étranger, de l'entreprise, lucide sur l'importance de son nom et de son palmarès. Mais aussi sur son parcours, qui ne fut pas toujours de tout repos. Lui qui a dû faire ses preuves et démontrer la pertinence de sa vision du management garde en tête les écueils qu'il a su éviter, parfois de justesse. Sans sa victoire en championnat d'Europe en 2006, il aurait sans doute terminé sa carrière "sur la même étagère que Raymond Domenech, avec ceux que le sport veut diaboliser". L'histoire en a voulu autrement et sa méthode s'arrache de tous les côtés. Mais Claude Onesta garde la tête froide et ironise : "J'aurais pu être le pire, on me présente comme le meilleur. Je n'avais pourtant pas l'impression d'être le pire à l'époque. Ni aujourd'hui celle d'être le meilleur."

Dates-clés

1957 : naissance à Albi
1968 : commence le handball au sein du club de Toulouse
1987 : devient entraîneur de l'équipe du club
2001 : prend les commandes de l'équipe de France de handball
2006 , 2010 et 2014 : remporte le championnat d'Europe
2008 et 2012 : champion olympique
2009 , 2011 et 2015 : devient champion du monde