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Management : 6 bonnes et fausses bonnes idées

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Les erreurs et idées reçues sont courantes en management. Or, de très sérieuses études scientifiques peuvent vous aiguiller sur la bonne voie. La journaliste Annie Kahn, auteur de "Les râleurs sont les meilleurs", y livre les résultats de chercheurs du monde entier.

Management : 6 bonnes et fausses bonnes idées

Le management n'est pas une science exacte. Néanmoins, certaines études scientifiques apportent un éclairage fort instructif sur et pour le monde de l'entreprise. Ces travaux universitaires, Annie Kahn, journaliste au Monde, les étudie de près dans sa rubrique Ma vie en boîte. Résultats qu'elle a également compilés dans un livre : Les Râleurs sont les meilleurs et autres vérités scientifiquement prouvées sur l'entreprise*.

"Le titre du livre, qui est aussi celui d'une partie, donne la tonalité, souligne l'auteur. Il s'agit d'aller à l'encontre de certaines idées reçues et préjugés sur le management et l'entreprise. L'objectif est de montrer qu'il existe des voies pour améliorer la vie au travail. Et éviter certaines erreurs managériales."

Voici une sélection de bonnes et moins bonnes idées managériales tirées du livre d'Annie Kahn.

Mauvaise idée : ne pas prêter attention aux râleurs

Donc, comme le laisse entendre l'intitulé du livre d'Annie Kahn, les râleurs seraient les meilleurs, ou tout du moins meilleurs que les personnes toujours satisfaites et qui, du coup, ne remettent jamais rien en cause. "Le râleur, même s'il est énervant, est une personne engagée qui voit et critique les dysfonctionnements", définit la journaliste. De fait, il est à même de faire progresser l'organisation.

Mais au-delà de ça, l'étude du cabinet de conseil américain Leadership IQ souligne l'incapacité des managers à valoriser et conserver les bons éléments. En cause ? Les "low performers", alias les salariés les moins efficients. L'erreur managériale courante est d'épargner ces collaborateurs en leur confiant des tâches simples, en les laissant tranquilles en somme. Ils reçoivent des encouragements réguliers pour progresser. Bref, ils sont moins stressés et plus satisfaits que... les compétents ! Ces derniers, las de combler les défaillances des "low performers" et de ne pas être reconnus à leur juste valeur, râlent puis finissent par quitter l'entreprise.

Le second "effet kiss cool" ? Le salarié moins efficient, satisfait de son entreprise, va la recommander, alors que le compétent n'en fera rien, au contraire...

Mauvaise idée : se satisfaire de collaborateurs qui restent tard au bureau

Si l'absentéisme est un fléau, le présentisme aussi ! "En France, un salarié qui part tôt est mal vu, alors que celui qui reste tard est apprécié de sa hiérarchie, souligne Annie Kahn. Les mentalités sont très différentes dans d'autres pays, notamment aux États-Unis." Car qui dit présentisme ne dit pas efficacité. Au contraire. La journaliste s'appuie sur des études du chercheur américain Ron Goetzel qui démontrent que les coûts liés au présentisme représentent 18 à 60 % des coûts qu'un employeur doit supporter en raison des problèmes de santé de ses salariés.

Résultat : il vaut mieux encourager les collaborateurs à mieux travailler qu'à travailler plus...

Bonne idée : recruter des "culpabilisés chroniques"

Le culpabilisé chronique est une personne ayant une forte propension à la culpabilisation. "Ce défaut, à petite dose bien sûr, peut cacher de nombreuses qualités. En général, ce sont des gens qui veulent bien faire, des perfectionnistes", note Annie Kahn. Là encore, les scientifiques ont étudié la question. Trois chercheurs américains ont démontré que les personnes qui culpabilisent facilement sont plus honnêtes et plus humbles. A contrario, ceux qui sont imperméables à la culpabilisation (soit 30 à 40 % de la population) sont généralement malhonnêtes et arrogants. Et leur comportement peut être contre-productif, voire porter tort à l'entreprise !

À noter que, en général, les femmes et les seniors culpabiliseraient davantage que les hommes et les jeunes.

Bonne idée : mettre en place des "conversational thursdays"

Après les casual fridays (les vendredis décontractés), voici venu le temps des conversational thursdays (les jeudis de la conversation). "Le monde de l'entreprise mue et il est fort regrettable et dommageable de constater que l'écoute y a de moins en moins sa place, constate la journaliste. Malgré la pression des affaires, il semble important d'accorder du temps à l'écoute des salariés. C'est en tout cas ce que préconise Sherry Turkle, psychologue et professeur au Massachusetts Institute of Technology, avec l'instauration d'une journée dédiée à l'écoute en entreprise. Même s'il faudrait que le dialogue soit constant, c'est une étape intermédiaire pour le réintroduire."

Bonne idée : réhabiliter les déjeuners d'affaires

Le profit vient en mangeant, selon le professeur américain en entrepreneuriat Lakshmi Balachandra. L'expérience qu'elle a menée a permis de démontrer que ceux qui négocient au restaurant obtiennent un accord permettant de dégager un profit de 12 % supérieur à celui obtenu par ceux négociant en salle de réunion. Résultat similaire pour ceux qui parlent business autour d'un plateau-repas. "Une ambiance détendue est propice aux affaires", commente Annie Kahn.

Une autre étude de deux chercheurs de l'université de Floride souligne l'importance du maintien d'un bon taux de glucose dans le sang pour mieux se contrôler, gérer son stress et se départir de toute agressivité.

Mauvaise idée : mettre en place une boîte à idées et lui laisser prendre la poussière

Le management participatif, c'est bien, mais à l'unique condition d'aller jusqu'au bout de l'intention. Ainsi, mettre en place une boîte à idées pour recueillir les suggestions des collaborateurs et ne pas donner suite est un mauvais signal. "La boîte à idées, et plus largement tous les systèmes de management participatif, sont généralement vertueux, constate Annie Kahn. Mais quand on demande leur avis aux salariés et que l'on n'en tient pas compte, c'est pire que tout !" Faux espoirs, frustration, démotivation... Le cercle n'est alors plus du tout vertueux !

"La pseudo-démocratie est une bombe à retardement", assène la journaliste.

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