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Comment l'entrepreneur Laurent Buob est reparti de l'avant après une faillite

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Entrepreneur, Laurent Buob a connu une liquidation judiciaire avec sa société. Une douloureuse épreuve qu'il ne cesse de dépasser pour mieux repartir. Témoignage.

Laurent Buob (à droite), dirigeant-salarié de Leblon-Delienne

© Facebook/@leblondelienne

Laurent Buob (à droite), dirigeant-salarié de Leblon-Delienne

Laurent Buob est passé par tous les états. En 2007, après avoir repris la société normande de sculpture et décoration Leblon Delienne, spécialisée dans la confection de figurines notamment, le chef d'entreprise déchante vite.

Le bilan de la société s'avère catastrophique. "En un an, nous avons perdu 25 % du chiffre d'affaires, nous nous sommes endettés pour plus de deux millions d'euros", explique-t-il, justifiant la situation par "des malversations dans les comptes avant la reprise". À la tête d'une société de 40 personnes, Laurent Buob saisit la Médiation du crédit. Il récupère ainsi 300 000 euros pour relancer l'activité dont la moitié en provenance de la région. "Nous avons pu embaucher et l'activité est repartie". Un temps seulement, puisqu'en février 2011, la société est mise en redressement judiciaire, puis liquidée à la fin de l'année 2014. En cause ? La perte d'un client comptant pour près de la moitié du chiffre d'affaires. "Une erreur", glisse-t-il.

Face à une telle situation et embourbé dans une lourde procédure judiciaire contre les cédants, Laurent Buob se retrouve sans rien. "J'étais caution personnelle dans l'affaire et n'avais pas d'assurance-chômage. Je me suis retrouvé avec 250 000 euros de dettes au début de l'année 2015, sans aucune activité", raconte ce père de cinq enfants, lors d'une rencontre organisée, jeudi 24 novembre 2016, par l'Association des journalistes qui suivent l'actualité des PME (AJPME).

Hormis la difficulté à rebondir sur un plan professionnel, Laurent Buob se retrouve fiché 040 - cotation supprimée depuis 2013 - à la Banque de France. Dès lors, impossible pour lui de disposer d'une carte bancaire, d'un chéquier ou même d'ouvrir un compte en banque. Un statut de paria qui le poursuit encore aujourd'hui. "À partir de là, relancer une activité est une mission impossible. Je me suis retrouvé dans une solitude extrême", remarque Laurent Buob.

Conscient, cependant, de la situation dans laquelle il se trouve, Laurent Buob veut rebondir. Après de nombreux échecs auprès de cabinets de recrutement, il se décide à relancer l'activité de figurines et de sculpture. La holding Héritage Collection - entre-temps choisie par le tribunal de Dieppe pour redémarrer l'activité - lui confie les rênes de Leblon Delienne comme dirigeant-salarié. Un processus pendant lequel l'entrepreneur a été soutenu par l'association "60 000 Rebonds", qui accompagne les dirigeants en situation post-faillite.

Un nouveau départ qu'il concrétise aujourd'hui en orientant la société vers de nouveaux défis : diversification des licences de marques, e-commerce et impression 3D.

De Pernod-Ricard à LVMH

Pourtant, tout n'avait pas mal démarré pour l'entrepreneur de 50 ans. Ingénieur-agronome de formation, Laurent Buob a connu des périodes bien plus fastes. Ancien directeur Europe d'Orangina pendant dix ans et après dix-huit mois de mission en Asie pour la branche du groupe Pernod-Ricard, sa carrière progresse vite. Très vite. "Pendant dix ans, j'étais promu chaque année", se remémore-t-il, souriant.

En 2000, il se tourne vers le monde du luxe. Au sein du groupe LVMH pour lequel il travaillera six ans, lui vient l'idée de commercialiser des gammes oubliées de champagnes et spiritueux. C'est ce qu'il fait, en 2006, en créant la société, Part des Anges. Le début d'une nouvelle aventure qui en appellera d'autres. Quelques mois plus tard, ce passionné de bandes-dessinées découvre que la société Leblon Delienne est à vendre. Il reprend l'activité pour tout perdre... et rebondir.

"60 000 Rebonds" accompagne les entrepreneurs en situation post-faillite

Chaque année, plus de 60 000 entreprises défaillent en France, depuis 2009. Si l'année 2016 devrait marquer une rupture en passant sous ce seuil symbolique, selon le cabinet Altares, les interrogations après une liquidation judiciaire restent difficiles et prégnantes chez les dirigeants d'entreprises.

"La question de l'échec entrepreneurial est extrêmement taboue en France, constate Philippe Rambaud, fondateur de l'association 60 000 Rebonds, nous devons dépasser ce traumatisme". Sans jeter le discrédit sur leur action malheureuse, l'association vise à redonner espoir et accompagner les dirigeants dans le processus post-faillite.

À travers des sessions d'accompagnements individuelles et collectives ainsi que la mise en place d'un parrain issu du monde de l'entreprise, l'association participe au rebond des dirigeants en difficulté. Près de 80 % des dirigeants accompagnés par la structure ont rebondi dans le salariat ou l'entrepreneuriat. Plus largement, la démarche de "60 000 Rebonds" réside sur la volonté de réaliser un travail sur la culture entrepreneuriale et de changer les mentalités.