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Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes : "il y a 38 % de femmes créatrices d'entreprises en France"

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A l'occasion de la journée des droits des femmes, mercredi 8 mars 2017, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes revient pour Chef d'Entreprise sur la situation de l'entrepreneuriat féminin en France et les enjeux qu'il recouvre.

Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes : 'il y a 38 % de femmes créatrices d'entreprises en France'

Chef d'Entreprise : En 2013, le gouvernement a lancé un plan pour encourager l'entrepreneuriat féminin avec l'objectif de passer de 30 % à 40 % de femmes chefs d'entreprise d'ici à 2017. Nous y sommes, quel bilan peut-on tirer aujourd'hui ?

Laurence Rossignol : Le Plan Entreprendre au féminin prévoyait en effet en 2013 d'augmenter de 10% le nombre de femmes entrepreneures en France. En 2015, nous comptions déjà 38 % de femmes créatrices d'entreprises, ce qui nous laisse penser, même si les chiffres n'ont pas encore été publiés, que nous avons effectivement atteint l'objectif que nous nous étions fixé.

Les femmes contribuent activement au dynamisme de l'économie française, elles portent aujourd'hui un tiers des reprises d'entreprises. Le nombre de femmes créatrices d'entreprises augmente régulièrement depuis 2013, avec un accroissement significatif à partir de 2015.

"En 2015, nous comptions déjà 38 % de femmes créatrices d'entreprises."

Quels sont les prochains objectifs de votre ministère ?

Les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à la tête d'entreprises dans certains secteurs comme dans la gestion de patrimoine immobilier ou le commerce de détail en habillement, où elles dirigent plus de 70% des structures.

En octobre dernier, nous avons annoncé notre nouvel objectif en matière d'entrepreneuriat des femmes : atteindre 40% de femmes créatrices d'entreprises dans le secteur du numérique, qui reste encore majoritairement masculin.

Le taux de rejet de crédits bancaires atteignait 4,3% en avril 2013 pour les femmes entrepreneuses, contre seulement 2,3% pour les hommes. Parmi les axes d'action du plan, figurait l'objectif de faciliter l'accès des femmes aux sources de financement. Qu'est-ce qui a été fait dans ce domaine ?

Faciliter l'accès des femmes aux sources de financement figure parmi les priorités d'action que nous nous sommes fixés. Le Fonds de garantie à l'initiative des femmes (FGIF) a aidé 2 075 femmes à lancer leur entreprise en 2015 et a permis la création de 3 095 emplois.

Ce dispositif, qui est en progression constante, a augmenté de 11 % entre 2014 et 2015. Le plafond du FGIF a augmenté de 27 000 à 45 000 euros en septembre 2015. L'enjeu est de poursuivre les efforts de promotion de cet outil, en lien avec le réseau déconcentré de la Direction générale de la cohésion sociale, du service des droits des femmes ainsi qu'avec les réseaux France Active et Initiative France.

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Au 1er semestre 2016, 1 260 garanties ont été réalisées, soit 24 M€ de garanties mises en place pour 37 M€ de prêts bancaires obtenus. L'évolution entre 2015 et 2016 (à juin) montre une croissance de 67 % de prêts accordés aux entrepreneures (en volume). 82% des entreprises ont un taux de pérennisation au-delà de 3 ans. Le FGIF a financé à hauteur de 66 % la création, de 30 % la reprise et de 4 % le développement d'entreprises pilotées par des femmes. Il s'agit donc d'un outil précieux pour l'économie française.

En 2015, la France se positionnait 6e du classement "Female Entrepreneurs Index" du GEDI des 10 pays les plus favorables aux entrepreneures. Qu'est-ce qui doit être fait pour valoriser l'entrepreneuriat féminin ?

L'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est une de nos priorités. Soutenir les femmes dans leurs entreprises implique effectivement une action large et complète, dans divers domaines : enseignement, financements, réseaux, articulation des temps de vie, ...

Justement, sur quels leviers jouer pour renforcer l'entrepreneuriat des femmes ?

L'importance des solutions d'accompagnement adaptées n'est pas uniquement financière. Tisser des réseaux de leadership féminin, à l'image des réseaux d'empowerment anglo-saxons, peut être un levier à actionner pour redorer l'entrepreneuriat des femmes et leur permettre de gagner de la confiance en elles.

Nous pensons aussi à la conciliation des temps de vie, car les femmes sont encore celles qui prennent en charge la grande majorité des responsabilités domestiques et familiales. Le Plan Interministériel pour l'Égalité Professionnelle prévoit ainsi des mesures de mobilisation du Fonds Social Européen (FSE) pour le développement de solutions d'accueil sur le modèle des crèches à insertion professionnelle qui bénéficient notamment aux familles monoparentales.

Les préjugés sur les dirigeantes restent prégnants en France. Comment rompre avec cette situation ?

Il est crucial de mettre en avant les femmes et leurs entreprises, leurs réussites, afin de susciter de plus en plus de vocations et de prouver aux yeux de tout.e.s que le leadership féminin est une richesse. Le 6ème index réalisé par le programme Women Equity montre qu'en 2015, les PME dirigées par des femmes " surperforment ". Ce type d'étude sur la compétence et la productivité des cheffes d'entreprises doit être largement diffusé afin de faire tomber stéréotypes et idées reçues.