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Rentrée, réformes, Macron... Les patrons se confient

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Rencontrés à l'Université d'été du Medef, mercredi 30 août 2017, ces dirigeants de PME voient la rentrée d'un oeil plutôt favorable, et expriment de fortes attentes par rapport aux réformes à venir, notamment en matière de flexibilité. Témoignages.

Rentrée, réformes, Macron... Les patrons se confient

Oui, il y aurait bel et bien, sur le terrain, une reprise économique. C'est du moins le sentiment d'Anthony Streicher, directeur associé de HA PLUS PME, une entreprise de 20 personnes spécialisées dans la mutualisation des achats pour les PME. "J'ai une vision positive de la rentrée car mon entreprise est en pleine croissance, explique-t-il. Beaucoup de nos 24 000 adhérents, quant à eux, ressentent un démarrage, ont une vision plus claire de leurs commandes, même si d'autres, dans le BTP ou ailleurs, sont attentistes, et ne voient pas encore de changements par rapport aux annonces qui sont faites".

Même perception chez Pascal Jacobée, dirigeant de Galilée Sécurité Électronique, une PME de quinze personnes spécialisée dans l'installation et la maintenance des systèmes de sécurité. "Notre secteur d'activité est en progression". Une hausse - générale - confirmée par les chiffres de l'Insee qui a annoncé, mardi 29 août 2017, une augmentation du PIB de 0,5 % au deuxième trimestre 2017, dans la continuité du premier (+0,4 %). .

Réforme du code du travail : oui à plus de flexibilité

C'est donc dans un contexte global plutôt favorable au business que se profile la réforme du code du travail, dont les ordonnances doivent être publiées jeudi 31 août 2017. Une réforme que les patrons regardent d'un oeil plutôt positif, même s'ils ne manquent pas d'émettre des réserves et d'exprimer leur impatience.

"La réforme ? On ne sait pas encore très bien ce qu'il y aura dedans...", avance Paul Rolland, dirigeant de Steec, une entreprise de micro-mécanique de 25 salariés. "C'est une rentrée inquiétante, qui manque de visibilité. Or quand on est dans l'imprécision, on voit le mauvais côté des choses..., clame de son côté Michel Giraud, chargé de mission chez Vivaction, opérateur télécom comptant 50 personnes. En revanche, tous les robinets sont ouverts pour que ça aille bien".

Côté réserves, s'exprime aussi une préoccupation pour le volet social de la réforme, de même que sur la façon d'associer les partenaires sociaux au projet. "La rentrée, je la vois avec un point d'interrogation. Nous attendons beaucoup sur le plan social de la réforme du droit du travail", avance Alain Tissier, directeur du Semir, gestionnaire de services aux entreprises, comptant 10 personnes.

Mais si des précisions sur des changements concrets se font attendre, les patrons interrogés partagent toutefois une certitude. Attendant de voir ce qui sera concrètement mis en oeuvre, Paul Rolland se réjouit toutefois de tout ce qui peut aller dans le sens de plus de flexibilité pour l'employeur, notamment en matière d'emploi.

Un point de vue partagé par Alain Tissier, qui voudrait pouvoir, par exemple, embaucher plus facilement et mieux adapter son effectif aux évolutions de son activité. Idem pour Pascal Jacobée, qui confie sa grande difficulté à recruter des profils qualifiés. "Notre problématique, ce serait de pouvoir prendre plus de risques. Quand une petite entreprise comme la nôtre embauche, ce n'est pas pour deux mois... On investit beaucoup sur la personne. C'est là que la notion de flexibilité est importante".

Si les mesures liées à la simplification des licenciements semblent à certains, dans une optique de flexibilité, aller dans le bon sens, "pas sûr en revanche que le plafonnement des indemnités prudhommales soit une bonne mesure pour endiguer le phénomène", relate Paul Rolland.

Le dirigeant, également président de Métallurgie Rhodanienne, pense aussi que le projet de fusionner les représentants du personnel est une bonne mesure pour fluidifier le dialogue social. A ses yeux, "il n'y a pas nécessairement besoin d'un syndicat pour dialoguer" (son entreprise ne compte pas de syndicat). Il ne conteste pas non plus la primauté des accords d'entreprise.

De son côté, Anthony Streicher souhaiterait que les dépenses relatives à l'apprentissage soient mieux gérées. "Ce sont les emplois de demain. Il est primordial dans les entreprises que les gens soient bien formés. Or quand vous voyez la dépense, et le nombre d'apprentis formés au final, un sur dix..."

Cette flexibilité doit, par ailleurs, aller de pair avec une certaine stabilité. "Les entreprises s'adaptent, sont flexibles, à condition de connaître les règles du jeu. Il s'agit de ne pas changer tous les six ans", poursuit le chef d'entreprise. " Cette stabilité est importante en matière notamment fiscale mais aussi juridique. "Il faut que les choses arrêtent d'évoluer pour nous mais aussi pour ceux qui arrivent... L'instabilité freine l'initiative", plaide Paul Rolland.

Macron : "On attend de voir"

De façon plus globale, Emmanuel Macron, l'artisan avec son gouvernement de cette réforme, doit encore, aux yeux des patrons, faire ses preuves, même si les débuts sont plutôt bien jugés. "Il suscite beaucoup d'espoir, explique Pascal Jacobée, revenant sur le fait qu'il démarre à peine son action, après quelque quatre mois au pouvoir - dont deux d'été. "Mon regard sur le quinquennat qui commence ? Ce qui n'était pas possible il y a dix ans l'est peut-être aujourd'hui", remarque Michel Giraud.

"Je ne m'attache pas à [sa] perte de points [dans les sondages], on ne peut pas juger encore", confie Paul Rolland, qui attendrait, par ailleurs, de ''l'exemplarité de nos dirigeants [politiques] notamment en matière de dépenses publiques" (point sur lequel il ne trouve rien à redire au président de la République pour le moment). "On attend. Pour l'instant, on n'a pas d'éléments pour l'évaluer. Il avance mais n'a pas encore réalisé ses actions", renchérit Alain Tissier.

Un dirigeant se montre beaucoup plus critique. "Les réponses sur ce qu'il faut faire, on les a depuis trente ans, regrette Anthony Streicher. Il y a une volonté de changement de la part d'Emmanuel Macron, mais est-ce que, concrètement, ça va bouger ?"