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Trump président : ce qu'en pensent les dirigeants français installés aux États-Unis

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Donald Trump a été élu président des États-Unis mardi 8 novembre 2016. Quel impact son arrivée aura-t-elle sur l'économie à court et à long terme? Témoignages de dirigeants français développant une activité outre-Atlantique.

Donald Trump en campagne (capture d'écran d'une vidéo publiée sur son compte Twitter 19 octobre 2016)

Le choc, de nombreux analystes ne l'avaient pas vu venir. Après des mois d'une campagne plus ou moins reluisante, les États-Unis ont choisi leur nouveau président : Donald Trump. Si l'élection d'Hillary Clinton, démocrate comme Barack Obama, aurait représenté une continuité, nul ne sait aujourd'hui ce que promet l'arrivée de celui qui prône, notamment, une politique protectionniste. "Si Trump passe, ce sera cataclysmique", confiait Grégory Pouy, dirigeant fondateur de LaMercatique, cabinet de conseil en transformation digitale, basé à Paris et à New York et réalisant 30 % de son chiffre d'affaires aux États-Unis. De quoi inspirer aux entreprises - ses clients sont de grands groupes - des "stratégies de repli".

Pragmatisme

Reste en effet aux dirigeants à prendre acte et à s'adapter à la situation. "Beaucoup de décisions ont été reportées à l'après-élection", observe Sébastien de la Bastie, directeur général d'Invoxia, fabricant d'appareils électroniques et objets connectés, doté d'un bureau à New York. Face à cette élection inattendue, lui pourra s'appuyer sur un partenaire de choix. "Notre partenariat très fort avec Amazon [qui a investi dans la société, ndlr] nous permet d'envisager une stabilité, et de nous américaniser s'il devait y avoir une tendance patriotique plus forte qu'aujourd'hui". Tendance qui risque de fortement s'accentuer désormais...

Au vu de certains, ce résultat aura un impact limité sur l'économie. "Je pense que son élection ne changera pas grand chose. Aux USA, une fois qu'une décision est prise, les choses reprennent leur cours. Personne n'attend le système fédéral pour entreprendre, il y a une relative indépendance des entrepreneurs. Le vrai sujet, ça reste les taxes", confie Arthur Ceria, fondateur de Creative Feed, agence de communication basée à San Francisco, New York et Paris.

D'autres prônent le pragmatisme. "Dans la Silicon Valley, on joue le championnat du monde [en se battant avec des entreprises de tous les pays, ndlr]", observe en préambule Samir Addamine, dirigeant fondateur de FollowAnalytics, fournisseur de solutions de marketing mobile basé en France, à New York et à San Francisco et réalisant 40 % de son chiffre d'affaires aux États-Unis. Voilà pourquoi ce patron comptait, dans tous les cas, ''ajuster le curseur. Et le curseur, c'est le taux de change dollar/euro. Par exemple, si le dollar baisse, nous concentrerons davantage nos efforts commerciaux sur l'Europe... Le pragmatisme l'emportera".

Pour lui, pas de révolution à prévoir donc, mais des adaptations, et ce d'autant plus que son activité est fondée sur une tendance durable, à savoir les changements de comportements d'usage sur le mobile. "Nous n'aurons pas de rupture dans nos taux de croissance actuels qui s'établissent à 200-300 % par an."

Reste que le secteur de la tech, précisément, aura davantage d'inquiétude à se faire qu'avec Hillary Clinton. "Elle connai[ssait] mieux la tech car les démocrates passent du temps avec les patrons, approuve Eric Didier, cofondateur de One Bridge, fournisseur de solutions de télécommunication, basé à San Francisco. Contrairement à Trump davantage tourné vers l'immobilier ou les casinos, et qui n'a pas compris la logique de changement d'économie."

Vision de l'entreprise

Dans le détail, Donald Trump affiche notamment son protectionnisme. "Arrêter le commerce avec la Chine, le Mexique est très risqué, craint Eric Didier. Trump méconnaît le fait qu'une grande partie de la dette américaine est détenue par la Chine. Il ne faut pas piquer sur la main qui vous nourrit"

Rejetant l'immigration, Trump a aussi "changé d'avis sur les visas", évoque le dirigeant. "Cette question d'immigration est importante étant donné la difficulté d'embauche ici dans la Silicon Valley", explique Clément Perrot, cofondateur de Prynt, fournisseur d'accessoires pour smartphones. Si, majoritairement démocrate, la Californie "défend l'entreprise libre et transactionnelle et dépend de l'autorisation de travail des candidats", un durcissement de la politique des visas serait, en particulier, tout à fait préjudiciable à l'économie. "Nous vivons déjà avec des coûts salariaux énormes pour les ingénieurs. Ceux-ci sont rémunérés entre 50 000 et 60 000 euros en France contre 100 000 et120 000 dollars aux États-Unis", reprend Eric Didier. Fermer le robinet de l'immigration pourrait encore augmenter la pression en la matière.

Par ailleurs, d'autres sujets posent également question. "L'arrivée de Trump pourrait crisper les discussions sur les données privées", explique Sébastien de la Bastie.

Au-delà, les entrepreneurs ont de quoi s'interroger. "Le côté pro-entreprise du nouveau président permettra de simplifier encore les possibilités d'entreprendre et l'on peut s'attendre à des économies d'impôts afin de favoriser l'emploi et l'investissement dans la recherche. Ceci est à pondérer car il est vrai que le marché américain est déjà très pro-entreprise. On se demande naturellement qu'est ce que cela va apporter plus", explique Laurent Ruben, cofondateur et directeur général de French Accelerator, un accélérateur basé à Los Angeles.

Une pondération muée en inquiétude chez d'autres : "[Trump] croit que le monde du business n'est fait que de " coups " ou l'on gagne ou on perd, un peu comme au casino, dépeint Sébastien Torre, président d'EAEC (European American Enterprise Council), fournisseur de services aux entreprises. Il ne représente pas le monde de l'entrepreneuriat qui a une vision et sait construire sur le long terme, comme celui de la Silicon Valley par exemple. Il veut remettre en question tous les accords d'échanges bilatéraux sans en comprendre les nuances et subtilités."

Regards sur 2016-2020

Sur les quatre ans à venir, certaines problématiques économiques pourraient, selon les patrons interrogés, s'inviter sur le devant de la scène. "Les deux candidats sont issus d'une oligarchie, ce qui montre la prédominance du dossier des grandes entreprises", analyse Sébastien de la Bastie. Autrement dit, la question des monopoles, envisagée au regard de l'état de la classe politique - et les problèmes qui vont avec - devient évidente.

Côté business, "les USA auront beaucoup d'ennemis dans le monde, en tout cas plus qu'ils en ont déjà. Donc faire du business à l'international pour une entreprise américaine sera plus compliqué", prédit Sébastien Torre. Au niveau intérieur, "la priorité des Américains reste l'économie, l'emploi, un taux de chômage bas. Même le candidat pas adapté par la Valley s'adaptera car qui veut voir des entreprises péricliter ?", enchérit Samir Addemine.

La suite dépendra aussi de la majorité obtenue par les Républicains au Congrès. Mais, "comme disent les Américains, the show must go on", conclut Samir Addemine.

Visuel : Trump en meeting (capture d'écran d'une vidéo postée le 19 octobre sur son compte Twitter @realDonaldTrump)

Mot clés : Politique |

Amélie Moynot et Barbara Prose