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Élections régionales : les organisations patronales fustigent le programme économique du FN

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Du Medef aux unions locales, de nombreux représentants des chefs d'entreprise dénoncent le programme économique du Front national. Et alertent sur les blocages à prévoir dans les régions qui basculeraient aux mains du parti d'extrême droite.

Élections régionales : les organisations patronales fustigent le programme économique du FN

C'est Pierre Gattaz, président du Medef, qui a dégainé le premier, avant même le premier tour. Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde tout début décembre, il tirait à vue sur le programme économique du Front national, qui n'est à ses yeux "ni tourné vers l'avenir, ni vers la compétitivité". Et le "patron des patrons" d'enfoncer le clou en renvoyant dos à dos Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen : "Je dis attention ! Car leur programme me rappelle étrangement le programme commun de la gauche de 1981 : retour de la retraite à 60 ans, augmentation de tous les salaires avec notamment une hausse du Smic de 200 euros, retour au franc, augmentation des taxes d'importation... ", estime-t-il.

Un appel sans ambiguïté à faire barrage au Front national qui ne doit rien au hasard. Car les régions sont aujourd'hui chefs de file en matière économique à travers tout le territoire. Surtout, les sondages réalisés à la sortie des urnes montrent qu'il n'est plus tabou pour les chefs d'entreprise de se déclarer électeurs du FN*, en particulier les dirigeants de petites sociétés qui se sentent menacés par la mondialisation.

"Solutions du passé"

Tandis que plusieurs régions françaises pourraient basculer dimanche 13 décembre, le président de la CGPME a, pour sa part, choisi de se montrer plus prudent que son homologue du Medef.

Pour François Asselin, hors de question de donner la moindre consigne de vote. La confédération sortirait, selon lui, de son rôle et doit s'en tenir à une stricte neutralité. Ce qui ne l'a pas empêché de donner quelques coups de griffes aux économistes du Front National, dans un entretien accordé à France Info : "sortir de l'euro ? Certains pays ont fait bien mieux que nous avec la même monnaie. Le problème, ce n'est donc pas la monnaie", a-t-il indiqué. Et de conclure qu'il n'est pas possible aujourd'hui de "monter des lignes Maginot autour de la France en espérant la protéger de la concurrence mondiale".

Laurent Allias, dirigeant de l'agence Josiane et cofondateur du Cercle des jeunes entreprises, qui regroupe 3000 entrepreneurs, ne dit pas autre chose mais se positionne pour sa part très clairement contre le Front National. Au nom de la logique économique la plus stricte. "La stratégie du FN, c'est de s'adresser à tous ceux qui veulent s'isoler du système globalisé mais ce protectionnisme est illusoire, argumente-t-il. Comment peut-on imaginer une seconde qu'on puisse instaurer des droits de douane élevés sans que les autres grandes zones fassent de même ? Les entreprises françaises aujourd'hui ne peuvent être compétitives que si elles ont accès à l'international".

Préférence locale

"Il est vrai que nous manquons d'un cap, d'une vision industrielle qui définisse ce qui fera la force de la France d'ici à 40 ou 50 ans, reprend Laurent Allias. Le Front National joue là-dessus en prétendant apporter une alternative alors qu'en fait, leurs solutions sont celles du passé ! Ils promettent un nouveau monde mais représentent l'ancien. Et à part le fait de s'opposer au "système", leur programme économique est d'un vide sidéral... "

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur pourtant, la candidate Marion Maréchal-Le Pen cible tout particulièrement les TPE et les PME, avec des propositions concrètes. Elle annonce par exemple la création d'un guichet unique avec des antennes décentralisées dans les départements pour remplacer la myriade de dispositifs existants. Elle entend aussi réserver au maximum les marchés publics aux entreprises locales via des clauses sociales et environnementales. Un discours qui porte auprès des petits patrons mais inquiète les organisations représentatives.

"Catastrophe"

Pour Johan Bencivenga, président de l'UPE 13 (Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône), "la candidate FN dit, de manière complètement démagogique, ce que les petits patrons ont envie d'entendre mais elle leur ment. Il n'est tout simplement par possible d'introduire une clause de préférence locale, c'est illégal. Et je trouve par ailleurs dangereux d'opposer les grandes et les petites entreprises, l'économie c'est une chaîne".

L'UPE13, d'ordinaire apolitique, a décidé d'appeler publiquement à voter pour le "meilleur projet économique". Comprendre celui du candidat Les Républicains, Christian Estrosi. "Une victoire du Front National aboutirait à une situation de blocage institutionnel entre la région et l'Europe mais aussi avec les métropoles marseillaises et niçoises, ajoute Johan Bencivenga. Si nous prenons position aujourd'hui, c'est parce que la compétence première de la région, c'est l'économie. Ce serait un très mauvais signal envoyé aux investisseurs mais aussi aux touristes, alors qu'il s'agit d'un secteur d'activité essentiel en PACA. Ce serait en tous points une catastrophe..."

* Ils seraient entre 25 et 35% des chefs d'entreprise votants, chiffre cité par l'universitaire Michel Offerlé, spécialiste du patronat, dans une interview accordée à La Croix.