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Actionnariat salarié : une alternative crédible pour les PME ?

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Actionnariat salarié : une alternative crédible pour les PME ?
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Très pratiqué au sein des entreprises cotées, l'actionnariat salarié reste néanmoins marginal dans les PME. Pourtant les avantages sont nombreux.

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Associer ses salariés au capital de son entreprise, c'est l'objectif de l'actionnariat salarié. Une mesure prioritaire de la future loi Pacte qui sera encouragée dans les entreprises privées grâce à la réduction du forfait social et la simplification du dispositif pour les employeurs, selon la présentation du projet de loi du 18 juin 2018. Cependant, cette disposition est-elle viable pour un dirigeant d'une PME ?

D'après un sondage Opinion Way de fin 2016, plus de 64?% des petites et moyennes entreprises non cotées proposent au moins un dispositif du partage de profit à leurs salariés : prime salariale, participation, intéressement, PEE ou encore Perco. Néanmoins, seules 4 % d'entre elles ont franchi le pas d'ouvrir le capital à leurs collaborateurs.

Faire des concessions

Pour Jérôme Dedeyan, expert APM et dirigeant du cabinet Eres, groupe de conseil et de gestion indépendant spécialisé en actionnariat salarié, quelques conditions doivent être réunies pour qu'un chef d'entreprise puisse ouvrir son capital. À commencer par le bien-fondé de sa décision : "Le patron doit se rendre compte que l'ouverture de son capital est possible et que c'est une bonne chose si le contexte est favorable", affirme-t-il.

Et ce, en prenant en considération certaines variables : son contexte économique, sa structure actionnariale et son mode de gouvernance. Vis-à-vis de ses collaborateurs, il faut accepter quelques conséquences, à commencer par l'accès des équipes aux orientations stratégiques de la société : "Tous les patrons ne sont pas prêts à ce type de concessions. Il faut faire preuve d'un certain discernement", admet Jérôme Dedeyan.

D'après l'expert, une entreprise ouvre toujours son capital à ses salariés pour une raison business et/ou RH, mais il reste un intangible : "Il faut que les collaborateurs se sentent co-entrepreneurs. Donc copropriétaires d'un outil de travail qu'ils participent à développer", poursuit-il .

Fidéliser ses collaborateurs

Prenons l'exemple d'une entreprise devant recruter un personnel qualifié, parfois difficile à fidéliser. C'est typiquement un cas de figure où la société a besoin d'associer durablement son effectif à son développement. Un avis partagé par Yvan Wibaux, directeur général du groupe Evaneos, qui vient de se lancer dans l'actionnariat salarié.

En avril 2018, des Bons de souscription de parts de créateur d'entreprise (BSPCE) ont été reversés à l'ensemble des 170 collaborateurs de cette PME spécialisée dans le voyage sur mesure. Cela concerne l'intégralité de l'effectif, à différents niveaux, avec une graduation d'attribution des BPSCE. Les critères retenus : niveau hiérarchique, ancienneté, séniorité sur le poste et valeur ajoutée apportée à l'entreprise.

La raison ? Essayer d'impliquer tout le monde dans la stratégie de la société créée en 2009 : "Si vous restez trois ou quatre ans dans une entreprise, vous y apportez une valeur importante", abonde le dirigeant. "Vous participez à son évolution tout comme à sa croissance. Il est logique que les salariés en tire des bénéfices." Soit un bon moyen pour la PME, qui affiche entre 50 et 100?% de croissance par an, de répartir la valeur créée. La mise en place de l'actionnariat salarié correspond aussi, à un réel atout pour recruter et attirer des profils à haut potentiel, séduits par la perspective d'être associés à l'évolution de la structure .

Une alternative pour transmettre sa PME

L'actionnariat salarié peut aussi être une solution à envisager dans l'optique d'une transmission d'entreprise (voir encadré). "C'est la possibilité, pour les fondateurs, de passer la main en gardant l'esprit de l'entreprise", précise Jérôme Dedeyan. L'expert prend pour illustration une entreprise familiale qui décide de récompenser la fidélité de ses collaborateurs. "Il faut être prêt à casser la gouvernance familiale pour introduire des tiers", explique-t-il.

Dans cette optique, les associés fondateurs, qui s'apprêtent à passer la main, ne désirent pas réaliser la transmission par le biais d'une cession industrielle pour ne pas prendre le risque de détruire l'ADN de la société.

Il existe par ailleurs un écueil potentiel : l'entreprise doit être capable de racheter les actions des salariés sur le départ. "Il est donc essentiel de ne pas émettre plus d'actions que la capacité de trésorerie de l'entreprise ne le permet", prévient Jérôme Dedeyan. Un point de vigilance que le dirigeant doit absolument avoir en tête.

Encadré

"Avoir une transmission intergénérationnelle"

Philippe Plantive, président du conseil d'administration de Proginov

La société Proginov, située en Loire-Atlantique, fait figure de précurseur dans la mise en place de l'actionnariat salarié. Il résulte de la volonté de son fondateur, Michel Martin, de transmettre son entreprise dans un processus progressif. "Il avait en tête d'ouvrir son capital quand il atteindrait l'âge de 50 ans. Cette idée, alors révolutionnaire, s'est mise en place jusqu'à son départ effectif à 65 ans", indique Philippe Plantive, actuel président du conseil d'administration, élu par les salariés en 2015.

Concrètement, le fondateur a vendu, annuellement, 1/15e de ses parts pendant 15 ans. "À noter que les salariés pouvaient seulement acheter les actions s'ils avaient moins de 50 ans. La raison ? Assurer une transmission intergénérationnelle", poursuit l'actuel dirigeant de cet éditeur de logiciels de gestion, spécialiste de l'hébergement de données. Autre condition pour devenir actionnaire ? Être en CDI. À ce jour, près de 85 % des salariés sont montés au capital de cette PME de 33 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui a enregistré une croissance de 11,5 % en 2017. Le plus jeune a 19 ans. "À l'heure actuelle, certains salariés âgés souhaitent vendre leurs actions d'une valeur de 600 000 euros aux plus jeunes", indique le dirigeant. Une initiative porteuse, la société est passée de 20 salariés à sa création à 235 collaborateurs aujourd'hui.

Proginov

Activité : éditeur de logiciel de gestion, spécialiste de l'hébergement de données

Siège social : La Chevrolière (Loire-Atlantique)

Dirigeant : Philippe Plantive, président du conseil d'administration, 45 ans

SA > Création en 1996 > 235 salariés

CA 2017 : 33 M €

Les Plus :

- Mettre en place l'actionnariat salarié permet de fidéliser ses collaborateurs.

- Cette mesure permet d'attirer des talents, séduits par l'idée d'être associés au capital.

Les Moins :

- Les informations discutées en AG sont accessibles aux collaborateurs actionnaires.

- Garantir la capacité de l'entreprise à assurer le rachat des actions des salariés sur le départ.

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