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4 méthodes de la cheffe d'orchestre Zahia Ziouani pour diriger son entreprise à la baguette

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Zahia Ziouani, pour devenir chef d'orchestre, a transcendé les obstacles qui se dressaient sur sa route. De ce combat personnel est né l'Orchestre Symphonique Divertimento, une petite entreprise en soi avec sa propre culture, son modèle économique et sa gestion... À la baguette !

4 méthodes de la cheffe d'orchestre Zahia Ziouani pour diriger son entreprise à la baguette

Zahia Ziouani avait, d'après l'univers très classique et conservateur de la musique classique, un profil trop "hors cadre" pour devenir chef d'orchestre. Mais l'envie d'embrasser une carrière musicale l'a, très jeune, dotée d'une force hors du commun pour entreprendre qui ne l'a plus quittée. Née de parents algériens mélomanes, elle grandit en Seine-Saint-Denis bercée à la maison, avec sa soeur jumelle et son frère, par des opéras et symphonies de Beethoven. À 16 ans, elle entre au Conservatoire de Pantin, où elle rencontre le grand maître de musique Sergiu Celibidache. Après deux ans d'apprentissage sous sa direction, elle acquiert les rudiments du métier de chef d'orchestre. Aujourd'hui à la tête de son propre orchestre, créé lorsqu'elle avait 18 ans, la jeune femme continue de se battre pour que l'objet de ses rêves d'enfance demeure une entreprise forte et pérenne.

Conquérir son rêve à la force de l'enthousiasme

À 18 ans, la jeune femme se retrouve sans expérience et sans réseau... Elle décide alors de créer l'OSD (Orchestre Symphonique Divertimento). "Je n'ai pas voulu laisser les gens décider pour moi", affirme-t-elle. Pour se distinguer comme femme chef d'orchestre dans un milieu souvent élitiste et très majoritairement masculin, Zahia Ziouani donne à la formation musicale Divertimento une ligne artistique innovante. Les musiciens intégrés à l'orchestre doivent être polyvalents, une rareté dans ce domaine très technique. Ils sont encouragés à explorer un vaste répertoire et à ouvrir leurs horizons musicaux. Ils doivent en outre être de bons pédagogues pour mener à bien les missions de sensibilisation à la musique classique que réalise l'OSD dans les territoires où cet apprentissage peut faire défaut, afin de révéler les potentiels en puissance. "Dans les quartiers, les jeunes sont souvent abordés par des activités qui tournent autour du rap, du hip-hop... Mais c'est dénigrer les autres centres d'intérêts qui peuvent s'y exprimer", décrit la cheffe d'orchestre.


Donner un autre exemple de hiérarchie

Quels que soient les publics abordés, jeunes des quartiers ou audience d'amateurs de musique classique, la cheffe d'orchestre conserve la même exigence. "Il y a deux façons d'être cheffe d'orchestre. Soit en étant invité, soit en étant directrice musicale", décrit t-elle. En tant que directrice musicale exclusive de Divertimento, elle a donc à sa charge de choisir les oeuvres et de les connaître sur le bout des doigts, mais aussi de transmettre ses choix d'interprétation aux musiciens. "Un chef d'orchestre doit être au maximum de sa préparation pour le premier jour de la répétition. C'est là que se fait le travail de la partition en détail, pour donner de l'allure au tout". Le chef d'orchestre est un leader qui doit savoir créer la cohésion et l'harmonie. Et donner de sa personne.

"La musique est vivante, on insuffle de l'énergie. Il faut susciter le dépassement de soi", décrit Zahia Ziouani. Elle est l'arbitre du rythme de ses équipes, celle qui propose des temps de repos ou les décale lorsque la dynamique est bonne. "Nous n'en sommes plus à la hiérarchie du 20e siècle, où l'on jetait les baguettes à la figure des musiciens", rappelle la cheffe d'orchestre. "Pour motiver ses équipes, on doit être capable de leur montrer où elle les amène. Ceci, même s'ils n'adhèrent pas à la vision musicale". Car dans un orchestre, si les violons sont accordés, des dizaines de visions de l'oeuvre peuvent s'exprimer. Zahia Ziouani sait écouter les avis de toutes et tous. Elle a d'ailleurs mis en place des comités pour récolter les suggestions. Mais la décision finale lui appartient et pour conserver son autorité et emmener le collectif vers la réalisation d'un but commun, elle doit se montrer à la fois ferme et bienveillante : "J'écoute ce que l'on me suggère mais je ne prends pas tout en compte."

Découvrez Zahia Ziouani présentant son projet à 20 ans sur le plateau de Michel Drucker, pour l'émission "Vivement Dimanche".


Recruter des profils polyvalents

La méthode de recrutement de la cheffe d'orchestre diffère de la voie "classique". Elle préfère en effet aller sur le terrain à la découverte de musiciens complets plutôt que de faire passer des auditions, plus formelles et formatées. Zahia Ziouani se rend à de nombreux concerts, pas forcément de musique classique, et aborde les musiciens repérés pour leur proposer de rejoindre l'orchestre. Les "cadres" de l'orchestre, les chefs de pupitre, peuvent aussi être force de proposition pour faire des recommandations. Dans les auditions classiques, un paravent est parfois installé devant le musicien pour inciter au respect de la parité. Une problématique qui n'inquiète pas l'OSD où les femmes ont leur place, sans distinction d'avec les hommes. "Les femmes sont à des postes où on ne les attend pas forcément tels que les cuivres et percussions. Et les hommes peuvent jouer d'instruments jugés plus féminins comme la flûte", relate Zahia Ziouani.

Garantir la pérennité du projet entrepreneurial

Plus qu'une formation musicale, l'Orchestre Symphonique Divertimento est une petite entreprise, avec son économie de projet. Pour garantir le financement d'un collectif de soixante à quatre-vingt-dix musiciens payés au cachet et à temps partiel à l'année, ainsi qu'une équipe administrative de sept personnes à plein temps, Zahia Ziouani a dû trouver un modèle économique rentable. Lorsque la plupart des formations musicales du genre sont largement subventionnées, l'étiquette d'orchestre social et proche des banlieues colle à la peau de Divertimento. Le travail de la directrice musicale s'axe donc sur la gestion des activités pédagogiques de l'orchestre au quotidien, garantir sa pérennité, assurer les recrutements et ouvrir de nouvelles portes pour le futur... Elle doit aussi casser les codes au passage et prouver aux détracteurs et aux puristes que Divertimento sait être un berceau d'excellence dans la diversité.

A cet effet, la jeune femme doit savoir se projeter dans le futur : "Je suis obligée d'avoir en tête ce que l'on fera dans cinq ans... Et même dix ans ! Chaque année, on doit trouver des financements, des idées nouvelles. Nous devons être innovants et performants car, si l'on perd nos idées, on perdra cet avantage et notre place dans le milieu de la musique", déclare-t-elle, lucide. Zahia Ziouani a, malgré ses craintes, réussi à attirer l'attention de Frédéric Oudéa, p-dg de la Société Générale qui a souhaité être mécène de l'OSD et soutient son action sur la dynamique des quartiers. Les ambitions de Zahia Ziouani pour son entreprise sont, dans un futur proche, de trouver une salle permanente où se produire, d'ouvrir de nouvelles entités à l'international et de nouer de nouveaux partenariats.