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Management : joue-la comme Deschamps

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Management : joue-la comme Deschamps

Tandis que l'équipe de France s'apprête à disputer la Coupe du Monde 2018 en Russie, les récents choix du sélectionneur national peuvent être transposables au monde de l'entreprise. Dans quelle mesure ? Décryptage.

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1. La gestion d'Adrien Rabiot

Un véritable cas d'école pour tout manager. Jeudi 17 mai 2018, Didier Deschamps annonce en direct la liste des 23 joueurs retenus pour le mondial de football en Russie. N'y figure pas Adrien Rabiot, le milieu de terrain du Paris Saint-Germain et espoir tricolore. Le sélectionneur indique toutefois l'intégrer aux 11 réservistes, prévus pour pallier le moindre désistement pour la compétition. Visiblement très déçu de sa non-sélection, le jeune joueur notifie par e-mail au sélectionneur son refus d'incorporer cette liste de suppléants.

S'ensuit une dizaine de jours de polémique, dont le point d'orgue sera la publication d'une lettre ouverte d'Adrien Rabiot dans un grand média national. Dans une entreprise, ce cas de figure peut prendre différentes formes. Par exemple, lorsqu'un manager dispose de plusieurs candidats à une promotion et n'organise pas, avant d'annoncer sa décision, des entretiens individuels avec les personnes non retenues.

Selon Stéphane Flahaut, associé au sein du cabinet de conseils en management Manegere, l'entraîneur de l'équipe de France s'est trouvé dans l'exacte posture où un manager doit effectuer une formulation difficile : "C'est un moment opportun pour affirmer son autorité. Mais il y a un instant pour le faire et une posture à adopter. Ce que n'a pas fait Didier Deschamps pour des raisons qui lui appartiennent." À cet instant précis, tout manager peut ressentir un certain nombre de projections négatives et anticipe alors les réactions potentiellement houleuses du collaborateur. "Les managers ont souvent peur des réactions de leur interlocuteur", abonde l'expert. La tentation est alors grande d'utiliser une tierce personne pour notifier indirectement son choix.

Dans le cas de Didier Deschamps, il a préféré adresser un communiqué de presse. Pour Stéphane Flahaut, le sélectionneur aurait dû mettre en place trois actions dans la gestion managériale d'Adrien Rabiot. Tout d'abord, en se montrant direct, à la fois dans son annonce et vis-à-vis de son interlocuteur: "Il ne faut pas tourner autour du pot car cela génère de l'espoir. Il faut aller droit au but et surtout le faire en personne", affirme-t-il. Ensuite, dans le cadre d'une annonce décevante, un manager doit expliquer ses choix et faire preuve d'empathie à l'égard de son collaborateur. À savoir porter à sa connaissance un élément nouveau, auquel l'employé n'avait pas songé, afin de lui permettre de mieux comprendre son choix.

Des critères permettant d'expliquer - et non de justifier - une décision donnée. "Didier Deschamps aurait pu expliquer ses choix tactiques. Ce qui ne veut pas dire que Rabiot les auraient acceptés mais, au moins, il aurait compris. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose", poursuit-il. Enfin, le sélectionneur aurait pu faire preuve de ce que Stéphane Flahaut appelle " la persistance factuelle ". Concrètement, il s'agit d'insister sur le fait qu'il n'y aura pas de retour en arrière sur sa décision. Et ce, même si le collaborateur insiste.

2. Privilégier la cohésion de groupe

Le leitmotiv de Didier Deschamps ? Toujours favoriser le groupe au détriment des individualités. La liste des 23 joueurs retenus pour disputer la Coupe du Monde en Russie ne déroge pas à ce principe. Comme lors de l'Euro 2016, le sélectionneur national s'est de nouveau passé d'éléments du calibre de Karim Benzema ou Frank Ribéry. Soit deux seniors jouissant d'un crédit considérable sur la scène internationale, mais dont l'intégration pouvait nuire à la cohésion.

"Il priorise les joueurs qui, comme lui, ont l'amour du groupe, même s'ils sont moins talentueux. Le groupe passe avant tout, comme la réussite du collectif pour atteindre un objectif", avance Fabrice Lamirault, expert en communication digitale. Le sélectionneur national n'hésite donc pas à écarter un collaborateur, à partir du moment où c'est un électron libre, voire un élément perturbateur. Et valorise constamment le personnel impliqué. Il ne souhaite pas forcément mettre l'accent sur les profils les plus talentueux, ni sur les plus charismatiques ou les plus populaires.

3. Miser sur la jeunesse

Le sélectionneur national a choisi de retenir un groupe qui manque clairement d'expérience. Seuls neuf rescapés de l'Euro 2016 y figurent. Compétition où les Bleus n'ont pourtant manqué d'un rien le titre de champion d'Europe. La sélection nationale n'aura donc qu'un faible vécu collectif au début de la compétition en Russie.

Pour Fabrice Lamirault, Didier Deschamps a saisi une opportunité: "D'un côté, il dispose de personnes en poste qui ne sont pas encore de vrais cadres incontournables. De l'autre, d'un vivier de jeunes talents prometteurs qui sont en train de monter en puissance." Pour l'expert, l'entraîneur des Bleus ne fait que s'adapter à la conjoncture et son environnement. Son but étant de trouver la meilleure équipe possible et de créer une alchimie.

Par ailleurs, Didier Deschamps mise plus sur la jeunesse talentueuse. À l'image d'une entreprise qui recrutera plutôt des jeunes sortis d'école, avec un fort potentiel, pour les former en interne à ses pratiques, plutôt que de recruter des salariés expérimentés.

4. Respecter les échéances

Didier Deschamps n'a pas retenu Dimitri Payet. Le joueur de l'Olympique de Marseille s'est blessé la veille de la communication de la liste des 23 joueurs retenus pour la Russie. Son indisponibilité étant estimée à trois semaines, il ne pouvait revenir à 100 % qu'à l'issue de la phase de préparation du Mondial. Le sélectionneur a donc pris la décision d'écarter le Réunionnais.

Fabrice Lamirault compare cette situation à la position du chef d'entreprise qui doit livrer son client en temps et en heure, usant de ses facultés d'adaptation: "Le monde de l'entreprise est une somme de ressources humaines. Si un jour quelqu'un tombe malade, il faut continuer d'avancer et livrer ses produits. Hélas pour les Bleus, la Fifa n'attendra pas que Payet guérisse", explique-t-il.

De même, l'expert dresse un parallèle entre la liste de réservistes établie par l'entraîneur des Bleus et les PME qui ont recours aux agences d'intérim. "Dans les deux cas, on pioche des éléments qu'on connaît un petit peu, parce qu'on les a déjà fait travailler sur des missions. Ils connaissent la structure et sont immédiatement opérationnels", poursuit-il. En somme, un moyen de remédier aux absences tout en permettant aux néophytes de s'imprégner de la culture d'entreprise.

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