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Mécénat de compétences : un vrai levier de motivation pour les salariés

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Pourquoi les TPE et PME investissent-elles dans l'intérêt général en période de crise ? La réponse se trouve dans le mécénat. Il ne se limite plus à un don financier mais à une mise à disposition des compétences des salariés. Une façon de renforcer la motivation des équipes.

Mécénat de compétences : un vrai levier de motivation pour les salariés

L'entreprise Enea consulting parvient depuis sa création en 2007 à attirer les meilleurs profils de consultants. Le secret de ce cabinet de conseil en énergie de 45 salariés ? Il ne réside pas tant dans sa politique salariale, mais dans l'expérience qu'il propose à ses recrues. Le cabinet pratique depuis dix ans le mécénat de compétences, qui consiste à mettre à disposition un salarié volontaire durant son temps de travail au profit d'une oeuvre d'intérêt général. Chaque collaborateur d'Enea consulting consacre 10% de son temps de travail à aider les entrepreneurs sociaux et les ONG.

Le cabinet accompagne chaque année six porteurs de projets ou entrepreneurs solidaires - uniquement des personnes qui n'ont pas les moyens de s'offrir les services d'un cabinet de conseil -. Placés dans des contextes inhabituels, les salariés font profiter leurs 'mécènes' de leur expertise et de leur savoir-faire. Ils sont ainsi dix à douze à partir chaque année en mission (en binôme le plus souvent) pendant deux semaines. "La plupart des candidats postulent pour cette originalité. Ils apprécient sortir du cadre de l'entreprise. Leur donner la possibilité de s'ouvrir à d'autres univers, de travailler en équipe sur un projet d'utilité sociale renforce leur curiosité", explique Ines Galichon, directrice accès à l'énergie au sein d'Enea consulting.

Cette entreprise n'est pas la seule à tirer bénéfice du mécénat de compétences. Alain Barbier, directeur général de Pierson Export, une entreprise de 20 salariés spécialisée dans la distribution de produits sur l'Afrique, implique ses équipes dans des projets de valorisation des ressources locales des terroirs africains. La PME consacre 0,2% de son chiffre d'affaires aux actions du mécénat, soit un budget de 80 000 à 100 000 euros par an.

"Je souhaite ne pas limiter nos échanges avec le continent africain à des relations économiques. Notre équipe commerciale voyage sur le continent africain deux à quatre fois par an pour s'assurer de la visibilité des marques que nous distribuons. Nous prolongeons donc ces déplacements en visitant des projets", confie Alain Barbier. Pour avoir un impact plus fort et plus durable sur le terrain, le dirigeant a créé en 2009 Seed Foundation, un fonds de dotation qui combine les moyens financiers et les compétences d'une dizaine de TPE et PME et soutient le développement agricole ainsi que familial en Afrique.

Un outil de fidélisation

La quête de sens au travail, le besoin de se sentir utile à la collectivité expliquent en partie cet essor. Un peu plus d'une entreprise mécène sur dix fait du mécénat de compétences, selon un baromètre publié par l'association Admical en mai 2016. François Debiesse, président d'Admical, note une évolution dans le comportement des entreprises : "Dans les années 80, les grandes entreprises cherchaient à valoriser leur image et leur communication externe. Aujourd'hui, c'est différent. Les TPE et PME, de plus en plus nombreuses, comprennent l'intérêt de s'engager dans des projets sociaux ou culturels. Demain, le mécénat va devenir de plus en plus collectif. Les TPE ont d'ailleurs grand intérêt à se rassembler autour de clubs de mécènes ou de fondations".

François Debiesse est par ailleurs persuadé que le mécénat de compétences joue un rôle central dans le recrutement de la génération Y. "Les jeunes représentent 40% de la population active et sont attirés par la recherche de sens et d'engagement. De façon plus générale, les collaborateurs attendent de l'entreprise une capacité à s'engager, à créer du lien, des passerelles, à faire des choses pour la société et l'intérêt général. Le mécénat est un indicateur qui va jouer un rôle important dans l'évolution de l'entreprise dans la société", confie-t-il.

Améliorer sa marque employeur

Le cabinet d'avocats Coblence & associés a inclus le mécénat de compétences dans son parcours d'intégration des jeunes recrues. Ainsi, lorsqu'elle rencontre des candidats, cette entreprise de 55 salariés affiche ses valeurs et parle du soutien qu'elle apporte à Seed Foundation depuis 2010. Concrètement, le cabinet met à disposition de l'association les conseils juridiques de ses avocats (questions autour de la législation fiscale, de la déductibilité des dons...), à raison de 20 heures par an. Deux salariés se sont également envolés une semaine pour le Burkina Faso en 2015 afin de visiter les projets soutenus.

"C'est motivant pour rejoindre le cabinet. Ces actions donnent du sens à leur travail. Une candidate nous a confié lors d'un entretien de son intérêt pour l'Afrique. Notre démarche autour du mécénat l'a sans doute aidé dans son choix final", confie Catherine Davico-Hoarau, avocat associé dans le département social.

Cohésion interne et développement

Au-delà de renforcer la fierté d'appartenance, le mécénat permet de réunir ces collaborateurs autour de projets communs tout en communiquant différemment. Ce qui développe l'esprit d'équipe et la cohésion de l'entreprise. Les entreprises mécènes n'hésitent pas à organiser des événements ou des déjeuners pour échanger sur les projets soutenus.

Chez Pierson export, des réunions sont organisées tous les deux à trois mois à l'heure du déjeuner. Pour fédérer un maximum de collaborateurs, le cabinet Coblence & Associés organise une fois par mois des apéritifs africains et a planifié, peu de temps après le voyage au Burkina Faso, une projection à l'heure du déjeuner pour échanger sur les projets. "Il y a eu de nombreuses questions de la part des salariés car c'est assez éloigné de notre vie quotidienne", poursuit Catherine Davico-Hoarau.

Pour Ines Galichon d'Enea Consulting, le mécénat contribue même à valoriser les compétences relationnelles ou professionnelles des salariés. "Il arrive même qu'ils en acquièrent de nouvelles lors de leur déplacement, et mettent à profit leur connaissance du réseau local aux entreprises clientes (essentiellement des industries et des énergéticiens) qui auraient pour projet de développer leur activité en Afrique", se réjouit-elle. Une expérience bénéfique aussi bien pour l'entreprise que les salariés, si bien que le cabinet compte développer ses actions de mécénat de compétences en direction du continent asiatique dès 2018.

Pour en savoir plus

Pour trouver des mécènes ou vous mettre en relation avec des fondations d'entreprises selon vos critères de sélection (région, domaine et mode d'intervention, type de mécène...), vous pouvez consulter la liste fournie par l'association Admical.

Si vous vous lancez dans une démarche de mécénat, n'oubliez pas de cadrer la mission de vos salariés, et d'établir une convention de partenariat. Elle doit comporter quelques éléments spécifiques : l'objet de la convention (description de l'opération et préciser notamment s'il s'agit d'une prestation de services ou d'un prêt de main-d'oeuvre), identité et qualification du ou des salariés mis à disposition, les tâches à remplir, le lieu d'exécution, les horaires et la durée de la mise à disposition.

Concernant les assurances, il est essentiel de préciser, dans le cadre d'un prêt de main-d'oeuvre, si le bénéficiaire doit être considéré civilement responsable du personnel (responsabilité prévue à l'article 1384 alinéa 5 du Code civil).