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Comment l'open innovation booste la R&D

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Intégrer des partenaires extérieurs à son process de création, c'est le principe de l'open innovation. À la clé, des développements accélérés, des produits adaptés aux besoins des utilisateurs et, surtout, l'accès à des projets irréalisables par une PME seule. Toutefois, des précautions s'imposent.

Comment l'open innovation booste la R&D

Le 21 octobre dernier, Air France lance son opération Lab'line for the future. L'idée : présenter les innovations qui feront le voyage responsable de demain sur la ligne vitrine Toulouse-Orly. À cette occasion, la compagnie lance un appel à expérimentation ­auprès des start-up et PME hexagonales. Elle propose, à celles sélectionnées de tester, en conditions réelles, leurs solutions sur des thématiques comme l'usage des ressources, l'éco-mobilité, le tourisme responsable, la santé en vol ou l'ergonomie. Loin d'être isolée, elle capitalise sur la très en vogue open innovation. Le principe est simple et les opportunités gigantesques : décloisonner la R&D et l'ouvrir aux salariés, prestataires, clients, concurrents, laboratoires de recherche ou encore au monde universitaire.

Des risques partagés

Un phénomène, très prometteur, dont s'emparent aujourd'hui les PME. Raidlight-Vertical, société iséroise de 35 salariés, a ainsi fait le choix d'impliquer ses utilisateurs. Si ces derniers sont invités à partager idées et pistes d'amélioration sur l'atelier de conception virtuel en ligne, ils peuvent aussi emprunter du matériel au siège social de l'entreprise, à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Chaque année, près de 2000 visiteurs testent les produits sur les chemins de randonnées, avant de faire part, à leur retour, de leur expérience sur des bornes digitales. "Impossibles à anticiper en conception, de nombreux détails se révèlent par l'utilisation, explique Benoît Laval, président et fondateur de la structure. Cette démarche ne débouche pas sur des innovations de rupture mais sur des améliorations continues de nos produits. L'open innovation nous différencie de nos concurrents, nous rend plus pointus, plus agiles et, par conséquent, cela valorise notre image de marque et accroît nos ventes."

Car l'open innovation présente avant tout des intérêts commerciaux. En sollicitant ses clients ou partenaires sur leurs besoins, leurs envies ou leurs manques, l'entreprise assure plus de débouchés à ses produits et réduit le time-to-market.

Elle accède également à des projets qu'elle ne pourrait pas porter seule. "La structure la plus à même de développer une technologie n'est pas forcément la mieux placée pour la commercialiser", souligne Yann Ménière, chercheur au centre d'économie industrielle des Mines ParisTech. C'est là une nouvelle forme d'open innovation: la vente de technologies en licence ou en cession de brevets. "Cette pratique est particulièrement intéressante pour les PME, parfois dénuées de ressources humaines ou financières suffisantes pour porter intégralement leurs projets d'innovation. Elle leur permet de valoriser leur technologie en la proposant à une grande entreprise", poursuit-il.

Allant encore plus loin, certaines entreprises ouvrent leurs droits de propriété intellectuelle à l'open source. En offrant au plus grand nombre un accès gratuit à leurs brevets, modèles ou dessins, elles comptent sur les contributions extérieures pour l'amélioration de leur innovation. Depuis décembre 2013, ­l'entreprise d'aménagement Espace Loggia propose en libre téléchargement sur son site internet les plans de six de ses meubles. "Nous misons sur le potentiel de la communauté. Si quelqu'un améliore le produit, nous en tirons un bénéfice. La finalité de l'open source est d'arriver à des produits meilleurs, plus adaptés aux demandes et aux usages", déclarait dans nos colonnes Paul Malignac, le dirigeant, en octobre.

Mettre en place une stratégie de propriété intellectuelle

Mais pour mener à bien de tels programmes d'innovation, certaines précautions en amont s'imposent. "Que la relation porte sur un codéveloppement ou sur l'échange de technologies déjà existantes, il est important de mettre en place une stratégie de propriété intellectuelle, et cela passe avant tout par la protection de ses actifs immatériels par des dépôts de brevets, marques ou dessins", alerte Yann Ménière. Une fois cette étape assurée, les partenaires délimitent les conditions de la conduite de projet : calendrier, aspects juridiques, chiffrage, confidentialité, modalités de fabrication, etc. "Il faut se mettre d'accord a priori sur les règles de propriété et d'exploitation et construire un cadre contractuel qui définisse ce que chacun apporte initialement et récolte en fin de projet", indique Marc Levieils, directeur du cabinet de conseil en propriété intellectuelle Regimbeau.

Autre aspect à anticiper : vérifier, le plus tôt possible dans le processus d'innovation, si la solution à développer existe déjà. Pour cela, la base de données publique de l'Inpi répertorie les brevets, marques ou modèles déposés. Cette précaution permet, si besoin, d'arrêter à temps le projet ou d'acquérir les droits de la technologie utilisée afin de ne pas se retrouver, sans le savoir, en position de contrefacteur une fois le projet achevé. Une démarche laborieuse mais inévitable. "Toutes les formes d'open innovation intègrent des aspects techniques, managériaux et juridiques et exigent des compétences spécifiques, qui manquent parfois aux PME", signale Yann Ménière. Mais qu'importent les difficultés, le jeu en vaut la chandelle. "Malgré les nombreuses modalités à anticiper, ces projets ouvrent des perspectives beaucoup plus larges qu'en se limitant aux moyens internes", conclut Marc Levieils.