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Quand 3 entrepreneurs lillois s'inspirent des méthodes de la Silicon Valley

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Réputée pour son excellence, l'université de Standford a accueilli une quarantaine d'entrepreneurs lillois cet automne. Une opportunité pour les dirigeants français de confronter leurs projets aux success-stories de la Silicon Valley et d'adapter leurs méthodes. Témoignages.

Quand 3 entrepreneurs lillois s'inspirent des méthodes de la Silicon Valley

Découvrir la Silicon Valley pour acquérir de nouvelles méthodes au service de son business. Tel était l'un des enjeux de la sixième promotion du programme "Standford-Lille Innovation & Entrepreneurship" mis en place par l'écosystème EuraTechnologies de Lille et l'université Stanford de San Francisco. "L'idée est d'amener une quarantaine d'entrepreneurs issus de start-up, de PME et de grands groupes dans la meilleure université du monde pour les accompagner à la bonne utilisation de leur innovation", présente Raouti Chehih, directeur général d'EuraTechnologies.

Au terme de deux mois de programme dont une immersion d'une semaine intensive dans la Silicon Valley, quarante dirigeants de start-up et de PME et des intrapreneurs de grands groupes se sont vus décerner le prestigieux diplôme. Une reconnaissance du savoir-faire acquis dans la "Valley" pour ces entrepreneurs, comblés d'avoir pu confronter leurs visions et leurs business model à l'écosystème international. Au-delà de l'enrichissement humain, c'est davantage la monétisation de leur innovation et la capacité à définir un modèle scalable qu'ils étaient venus chercher.

Une ambition décuplée

"Le bénéfice de cette formation est inimaginable", juge d'emblée José Corral Gallego, p-dg de Skapánê, une start-up spécialisée dans la gestion de la data pour le marketing notamment qui a pu aborder ses problématiques "de produits, de marchés, de développement business et de modèle économique sous un nouvel angle".

José Corral Gallego, p-dg de Skapánê (c) Renaud Wailliez

Il faut dire que les États-Unis s'affichent comme la destination de référence pour le développement d'innovations. "Clairement, sur la dimension business, il y a une vision globale et immédiate du dirigeant dans le développement produit, ajoute-t-il. À la différence de l'Europe, les Américains affichent d'entrée une très forte ambition, ils visent les gros sujets et n'ont pas peur d'y aller. Ils bénéficient également d'un marché domestique plus évident à aborder que le marché européen puisqu'il est intégré".

Un point de vue partagé par Julien Saumande, fondateur de Phoceis. Si sa société d'une vingtaine de salariés en France vient d'être rachetée par la PME lilloise Ineat (240 salariés) qui accompagne les entreprises dans leur transformation digitale, son nouveau directeur associé constate l'appétit et la détermination gargantuesque des entrepreneurs outre-Atlantique. "L'ambition et la grandeur des projets aux États-Unis sont immenses. Ca a quelque chose de galvanisant en tant qu'entrepreneurs puisque cela nous apporte des bases solides pour travailler notre développement", précise-t-il.

Témoin de cette expérience, Thibaut Lemay, p-dg de Mazeberry, une société qui développe une solution d'analyse statistiques des données marketing, a bénéficié du programme dispensé lorsqu'il était implanté sur le campus d'EuraTechnologies. C'était en 2013 et son regard sur la méthode américaine est laudateur. "La Silicon Valley est un booster d'ambition comme il n'en existe pas ailleurs. Leur culture entrepreneuriale facilite cette aspiration à afficher toujours plus d'objectifs, admet-il. On nous pousse à réfléchir sans se fixer de limites." Il n'empêche, cette ambition se doit d'être "maîtrisée par rapport aux particularités françaises et notamment à ses équipes internes".

Acquérir de nouvelles méthodes

Pour autant, nul succès sans méthode. Et c'est aussi par ce biais de la découverte de nouvelles méthodes de travail que l'immersion s'avère pertinente. "Cette plongée aux USA donne des idées sur la manière dont on peut développer nos projets. Le raisonnement qu'ils ont sur un projet à 25 millions de dollars est tout à fait applicable sur un projet un peu plus modeste. C'est seulement une question d'échelle", considère Julien Saumande.

Une confrontation de modèles qui a très vite suscité la curiosité de José Corral Gallego. "En suivant cette formation, je souhaitais améliorer l'adéquation entre mon produit et le marché. Sur ce point-là, ça a presque été une révélation", analyse-t-il. S'il avoue ne pas avoir trouvé de réponse miracle, le p-dg de Skapánê reconnaît que la méthode pour y parvenir est spectaculaire : "tout se base sur une vision industrialisée dans la définition de la méthode pour réussir le product market fit. Ils t'incitent à te poser les bonnes questions en pensant différemment".

Julien Saumande, fondateur de Phoceis et directeur associé d'Ineat (c) Renaud Wailliez

Une vision qui a également convaincu Julien Saumande. "Jusqu'à aujourd'hui, je menais un peu ma société avec les yeux bandés, sans vision particulière, sans trop savoir où j'allais, précise-t-il. Me confronter à cet écosystème m'a fait me rendre compte de l'importance de mieux cerner mes besoins et définir une stratégie pour pouvoir me donner les moyens d'y parvenir".

Dès lors, la problématique du time-to-market et les moyens à mettre en place deviennent prépondérants pour l'entrepreneur. "Au terme du programme, on arrive à sortir un business plan probant et une stratégie crédible aux yeux des investisseurs", ajoute-t-il.

Viser la levée de fonds

Un enjeu essentiel que celui d'arriver à monétiser son produit et attirer des investisseurs. C'est ce qu'a réussi à faire José Corral Gallegos, qui a pu lever au cours de la formation, 1,2 million d'euros pour renforcer son développement et étoffer ses équipes. "Participer à ce programme nous a permis également d'élargir nos horizons en matière de montage financier et de voir de nouvelles manières d'aborder les levées de fonds", précise le fondateur de Skapánê.

En 2013 aussi, la structuration du business plan avait permis à Thibaut Lemay de lui ouvrir les portes d'un fonds d'investissement avec la conclusion d'une levée de fonds quelques mois plus tard. "J'ai recentré les activités sur l'édition de logiciels en laissant tomber l'activité de consulting que j'avais, explique le dirigeant à la tête d'une société qui a vu son effectif multiplié par dix en trois ans. Cela a permis de rassurer les investisseurs sur mon projet mais également de mieux connaître leur écosystème".

Un parcours "vers l'excellence" qui a d'ores et déjà produit des résultats au cours de ces six premières années, à l'image de la centaine de millions d'euros levés par les différents dirigeants. Mais au-delà de l'aspect financier, c'est surtout le gain en termes de vision et de méthodes qui attire les entrepreneurs. Parmi les 240 diplômés de Stanford, chacun a pu mesurer les enjeux et redéfinir son projet.

Et Raouti Chehih de reconnaître : "Au total, plus d'un tiers se sont posés la question de repenser leur business model, de revoir leurs produits ou de pivoter sur un nouveau marché, tandis que 10 % se sont dit qu'ils ne pouvaient poursuivre le développement de leur projet seul. On a aussi 10 % des participants qui se sont rendu compte qu'ils n'étaient pas en adéquation avec leur projet. Ce programme permet de gagner beaucoup de temps". Une aubaine pour ces entrepreneurs.