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Développement urbain : le next door, Eldorado de demain

Publié par / Avec la Marketplace le - mis à jour à

La ville du futur, résolument tournée vers le développement durable, va conduire les citadins à changer leur mode de vie.

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Entre famille, temps libre, travail et besoin de proximité, les équilibres se modifient sensiblement. Les urbanistes d’aujourd’hui intègrent cette dimension dans leur vision de demain.

Demain dans nos villes, tout sera « next door ». Tout sera à portée de main. Ou au pire, à portée de gyropodes ou d’une petite marche à pieds de cinq minutes. En ce début de XXIe siècle, nos modes de vie sont donc amenés à changer. Moins de voitures, moins de consommation d’énergies fossiles, plus de proximité. En réalité, cette idée du développement durable appliqué aux villes n’est pas nouvelle. Elle remonte même à la fin du XIXe siècle avec les fameuses cités-jardins chères à l’urbaniste britannique Ebenezer Howard. En France, les premières d’entre elles ont été mises en place dans les années 1920, à Suresnes, Drancy, Pantin ou à Stains. L’idée était déjà de concilier ville et campagne, quelques décennies après la première vague d’exode rural due à la révolution industrielle. A cette époque, comme aujourd’hui, l’ambition était de remettre du vert dans le gris.

Mais le parallèle s’arrête là, les choses ayant bien changé en un siècle. A commencer par la taille des cités qui, après avoir tenté de toucher le ciel, sont en train de s’étaler au-delà du raisonnable. Résultat : les urbanistes aujourd’hui tentent de reprendre le pouvoir. « L’urbanisme, c’est du plaisir de faire la ville, pour que les gens soient le plus heureux possible dans cette même ville, » estime Ariella Masboungi, architecte et urbaniste, inspectrice générale du développement durable et lauréate du Grand prix de l’urbanisme 2016. « L’urbaniste était déjà engagé dans le développement durable, avant que cela ne s’appelle ainsi. Cela fait longtemps que les urbanistes travaillent pour préserver la nature. Howard préconisait déjà la ville durable : le lien par le transport, la densité, le rapport à la centralité, la marche à pieds… La différence aujourd’hui, c’est que de nouvelles questions sont apparues, plus techniques, comme celle de l’énergie. » Aujourd’hui, les urbanistes doivent donc être très polyvalents, et appréhender la ville à la fois comme le problème et la solution. Aux problématiques liées à la mobilité, ils proposent déjà des pistes. A celles liées au vivre-ensemble, idem.   

A portée de main

Le vivre-ensemble. Les besoins de liens humains. De beau et de proximité. Tout cela est connecté. « Une ville durable, définit Valérie David, directrice du développement durable d’Eiffage et présidente du laboratoire Phosphore, c’est une ville où je comprends l’offre de mobilité, douce et rapide, qui me permet de me déplacer en toute fluidité, une ville où le partage de l’espace est pacifié. C’est aussi une ville où je trouve à moins de cinq minutes à pieds des services déconcentrés qui répondent à mes besoins de soin, mes besoins de formation et mes besoins d’assistance. Ensuite, c’est une ville qui laisse une place aux services écologiques en milieu urbain. C’est également une ville où les fonctions récréatives, paysagères et artistiques sont accessibles à tous, dans chaque îlot. Il ne doit pas y avoir de no man’s land déserté par le beau et l’agréable. Enfin, c’est une ville où je suis moi-même responsable de mon empreinte écologique et sociale. » Tout doit donc être à portée de main.

Mais au-delà des avancées technologiques qui restent à définir, ce sont les plans directeurs des villes, le « big picture » comme diraient les Anglo-saxons, qu’il faut appréhender. « Les villes se reconstruisent sur elles-mêmes, on ne peut plus construire les villes comme on le faisait il y a cent ans, assure Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable chez Bouygues. Aujourd’hui, il faut proposer aux collectivités locales des offres complètement intégrées afin d’éviter les gaspillages auxquels on assiste à l’heure actuelle. L’approche séquentielle – où chacun travaille dans son secteur indépendamment des autres – n’est pas adaptée avec la durabilité des villes. Il faut travailler sur les synergies. » Penser et construire la ville de demain est évidemment plus facile à dire qu’à faire. De nombreuses problématiques attendent des solutions concrètes.

Des constructions repensées

Et tout le monde doit retrousser ses manches, et faire travailler sa matière grise. « C’est en réfléchissant la ville que nous pourrons faire face aux menaces sociales, économiques ou environnementales, reprend Mme Masboungi. On ne peut pas répondre à toutes ces questions uniquement de manière technique. Les politiques à mettre en place doivent croiser l’ensemble des sujets, en faisant attention à la dimension énergétique, à la question de l’inondabilité, à celle de la cohésion sociale… Si on observe ce qui se passe dans le monde, on voit que les villes sont toujours en avance sur les Etats. Aux Etats-Unis par exemple, nous avons des villes très engagées en faveur du développement durable, alors que l’Etat ne l’est pas. Aujourd’hui, les villes sont de plus en plus au pied du mur, elles inventent donc des solutions résilientes. »

En France comme ailleurs, ces grandes idées ne se concrétiseront donc que si pouvoirs publics locaux et entreprises privées de construction marchent main dans la main. Car ces dernières ont un véritable rôle à jouer : celui de locomotive, malgré la pesanteur des réglementations. C’est le cas par exemple d’Interconstruction, un promoteur immobilier très actif sur la région parisienne. Selon Marc Villand, son PDG, l’urbanisation responsable passe d’abord par une responsabilité réglementaire. Selon lui, la réglementation doit permettre plus de réversibilité, plus de mixité, non seulement sociale mais aussi en termes de produits. Le cadre réglementaire devrait accompagner, voire anticiper, les changements. « Partout dans le monde, on peut construire des immeubles de bureaux avec des logements superposés ou l’inverse, explique M. Villand. En France, vous êtes IGH (immeuble de grande hauteur) à 50 mètres pour les logements et à 28 mètres pour les bureaux. Pourquoi ? Cette règle est aujourd’hui dépassée, elle ne garantit pas la réversibilité ni la mixité des usages. A mes yeux, la première urbanisation responsable, c’est d’abandonner le tout-réglementaire… Et quand des règlements sont indispensables, il faut qu’ils soient prévoyants, qu’ils anticipent un peu. » Chez Interconstruction, les différents grands programmes immobiliers font déjà la part belle aux immeubles du XXIe siècle : des immeubles flexibles, dotés de services, et réversibles. Ces immeubles doivent être en même temps un lieu d’habitation, de travail et de vie.

Et c’est bien ce triple usage qui s’imposera à moyen terme. « Sur les usages, suivant l’évolution sociologique, les générations actuelles n’acceptent plus de travailler et de vivre comme les générations qui les ont précédées, poursuit M. Bonnifet. Il y a un désir de plus grande flexibilité, une envie de travailler autrement, d’avoir un équilibre vie professionnelle/vie personnelle plus important. Par exemple, nous prévoyons des salles de co-working, où les usagers consomment du temps de bureaux comme ils consomment des heures dans une salle de gym. L’utilisateur s’engage au mois, ce qui lui permet une très grande flexibilité. » L’accent sera donc mis, dans ce type de lieux, sur le confort et la convivialité. Ici, tout sera fait pour faciliter les rencontres entre individus, et pour maximiser les opportunités de faire fleurir des business de proximité. D’ici 2050, la façon de travailler va muter, principalement dans le secteur des services. Dans les années qui viennent, les écoquartiers et les centres de co-working vont grignoter petit à petit le business traditionnel. Les grands campus que l’on a pu connaître, les grandes tours, les openspaces classiques, sont des cadres de travail qui vont disparaître petit à petit. Et petit à petit aussi, modes de vie et urbanisme vont tendre vers un même idéal : celui de « l’Eldorado près de chez vous ».

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