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Faire grandir les PME : forces et faiblesses à la française

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Quels sont les leviers et l'environnement propices au développement des PME françaises ? Tel était le thème de la table ronde "Des PME aux ETI mondiales" qui s'est tenue dans le cadre de la 5e conférence annuelle des entrepreneurs. Résumé !

Faire grandir les PME : forces et faiblesses à la française

Quels sont les leviers et l'environnement propices au développement des PME françaises ? C'est à cette question cruciale qu'ont tenté de répondre les intervenants de la table ronde "Des PME aux ETI mondiales" qui s'est tenue le 12 novembre au ministère des Finances, dans le cadre de la 5e conférence annuelle des entrepreneurs.

L'inévitable comparaison avec l'Allemagne

Qui dit croissance, dit modèle allemand. Pourquoi les entreprises allemandes arrivent-elles à grossir et pas les nôtres ? La France compte quelque 4 600 entreprises de taille intermédiaire (ETI) contre le triple en Allemagne. « C'est la force de ce pays, commente Pierre Gattaz, président de la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication), comme c'est la faiblesse du nôtre. Nous avons plus de grands groupes et de petites entreprises qu'outre Rhin, mais le chaînon manquant reste les ETI. »

Jean-Yves Gilet, directeur général du FSI (Fonds stratégique d'investissement) souligne plusieurs avantages du modèle allemand. Au premier rang desquels un environnement "business friendly". « À chaque fois qu'une nouvelle loi voit le jour en Allemagne, une commission s'est assurée en amont qu'elle était favorable aux entreprises », met-il en exergue. 

« Un environnement favorable à la croissance des entreprises peut se définir selon les "5s" : simplification, stabilisation, sérénité fiscale, sécurité juridique et souplesse du marché du travail, précise pour sa part Pierre Gattaz (Fieec). Il faut un environnement et un climat de confiance, propices aux affaires. C'est le terreau nécessaire pour faire grandir nos entreprises. Les entreprises ont besoin d'une vision claire, d'un cap, notamment dans l'industrie. Les différents gouvernements, quelle que soit leur étiquette politique, doivent en prendre conscience. En France, il y a un fossé entre la sphère publique et la sphère privée, et ce n'est pas nouveau. Bref, arrêtons de considérer les patrons comme des escrocs, et laissez-nous travailler ! »

En Allemagne, la structure fédérale et la décentralisation qui en découle sont également des forces. « Les "house banks" allemandes servent d'interlocuteur unique aux entreprises et les accompagnent dans leur développement, décrit Jean-Yves Gilet (FSI). Par ailleurs, en Allemagne, les notions de solidarité locale, d'attachement aux territoires, de patriotisme économique ne sont pas vaines ! Les liens entre fournisseurs et sous-traitants sont étroits. Idem pour le concept de chasse en meute, notamment à l'international. »

« Je crois au patriotisme économique, souligne pour sa part Olivier Duha, président de CroissancePlus. Mais, en France, on est loin du compte. Aujourd'hui, les petites entreprises sont toujours confrontées à des soucis de délais de paiement de la part des grands groupes ! »

Enfin, le positionnement des entreprises allemandes sur le haut de gamme, sur des niches, leur permet d'être moins concurrencées et ce dans un environnement mondialisé. De quoi leur permettre de dégager des marges pour autofinancer leur  développement. « Quant à l'innovation, qui est au cœur de la compétitivité, en France, nous misons sur l'innovation de rupture. En Allemagne, l'innovation se conjugue au quotidien, c'est le concept de la perfection du banal », complète Jean-Yves Gilet.

Les leviers de la croissance

Justement, l'innovation est un atout dans la manche des PME françaises. « L'innovation ne doit pas être limitée à la R & D, précise Pierre Gattaz (Fieec). Cette notion doit s'entendre au sens large : au niveau des process, des matériaux, des ressources humaines – comment mobiliser et susciter le meilleur de nos collaborateurs –, du marketing et du travail sur sa marque, du numérique... »

Autre facteur de croissance selon le président de la Fieec : l'excellence opérationnelle. « La qualité et la maîtrise des délais sont primordiales. C'est un sujet qui demande une rigueur de tous les instants et qui doit s'inscrire dans la durée. » C'est la clé pour satisfaire et fidéliser le client. Et c'est le troisième point souligné par Pierre Gattaz : l'intimité client, au-delà de la relation client. « Ce sont nos clients qui paient nos salaires. Il faut être dans l'empathie, rechercher leurs besoins et leurs désirs cachés. Avec un objectif : travailler avec les meilleurs. Ensuite un cercle vertueux peut se mettre en place. Pas avec toutes les entreprises, mais une fois la confiance établie entre clients et fournisseurs, les échanges sont enrichissants. »

La croissance, ça se décide

« Ne pas ouvrir son capital aux "étrangers", dans le sens "étrangers à l'entreprise", est un frein à la croissance », estime pour sa part Jean-Yves Gilet, du FSI. La mentalité du chef d'entreprise, c'est le point névralgique ! « On ne bâtit pas une stratégie de croissance sans le vouloir, estime Olivier Duha (CroissancePlus). Les freins et les blocages peuvent provenir de l'entrepreneur lui-même... »

« Les patrons de PME-PMI sont des voltigeurs, reconnaît Pierre Gattaz (Fieec). Il faut une certaine hargne pour s'organiser tout en exportant, en s'occupant de son environnement fiscal... Les dirigeants de PME sont soumis à des effets de taille, de seuils. Quand on passe au stade d'ETI, on est moins dépendant de l'environnement, on est moins fragile, on a moins de soucis de financement de la croissance. »

« Pour conclure, je crois qu'il faut être positif et savoir regarder les nombreux atouts dont nous disposons, insiste Pierre Gattaz. Le rapport Gallois est très bien et a permis un buzz économique sur la compétitivité. Les annonces formulées par Jean-Marc Ayrault vont également dans le bon sens. Il faut arrêter de broyer du noir et y aller, ensemble ! »