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Le visage des entrepreneurs de l'artisanat change

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L'Institut supérieur des métiers a compilé quatre études pour dresser un portrait des créateurs et repreneurs d'entreprises artisanales. Panorama des mutations et de ce qui ne change pas...

De "nouveaux entrants" (20 à 50 % selon les secteurs), c'est-à-dire des porteurs de projets ayant acquis leurs compétences ou leur expérience professionnelle en dehors des circuits traditionnels de l'artisanat, investissent le secteur. C'est ce qui ressort de quatre études menées par l'Institut supérieur des métiers (ISM).

Installation de dirigeants de nationalité étrangère, expérience acquise dans l'industrie ou les grandes surfaces commerciales, reconversion professionnelle précédée d'une formation technique ou entrée directe dans une fonction de dirigeant manager, tels sont ces nouveaux profils.

Autre mutation ? Le projet d'entreprise n'est pas toujours vécu comme un projet de vie : il peut s'inscrire comme une étape avec, par exemple, un retour par la suite au salariat ou à un nouveau projet d'entreprise.On constate également une élévation progressive du niveau de formation des dirigeants, 15 % étant titulaires d'un diplôme d'enseignement supérieur. Enfin, de façon transversale, les études réalisées mettent en relief une évolution des valeurs dans les jeunes générations de dirigeants. Elles notent ainsi une importance croissante accordée à la conciliation des temps de vie professionnels et familiaux et un intérêt pour les problématiques environnementales.

En matière d'accompagnement, les nouveaux entrepreneurs se focalisent principalement sur les questions administratives, sociales et fiscales, et délèguent aux experts les volets comptable et financier. Au moment de leur installation, ils s'appuient très peu sur les réseaux d'accompagnement consulaires et professionnels, l'expert-comptable étant le principal acteur mobilisé pour le montage des projets d'entreprises, y compris parfois sur les aspects techniques.

Les problèmes qui surviennent sont souvent liés à une sous-capitalisation initiale des entreprises, à une sous-évaluation des charges et à une surestimation des recettes. Dans les activités commerciales où l'endettement des dirigeants est important (alimentaire, coiffure), cela conduit d'ailleurs à minimiser les possibilités de développement des entreprises sur les premières années. Les difficultés rencontrées après l'installation proviennent également d'un défaut d'implication pour les questions de commercialisation.

Ce qui ne change pas...

Mais, de façon générale, la très grande majorité des entrepreneurs qui s'installent dans l'artisanat ont une expérience préalable dans leur activité (en moyenne de 10 ans) et une formation technique. Pour la majorité d'entre eux, le niveau de diplôme le plus élevé reste le CAP/BEP. Ce sont principalement des "créateurs d'opportunité", qui avaient un véritable projet d'installation : seul un dirigeant sur dix déclare avoir créé une entreprise par nécessité, pour générer son emploi.

D'autres caractéristiques traditionnelles de l'artisanat persistent. Le parcours traditionnel d'ascension professionnelle interne à l'artisanat "apprentissage, salariat, installation à son compte" reste important : un tiers des jeunes dirigeants du BTP et de l'alimentaire, 75 % des dirigeants de coiffure ont été formés par le biais de l'apprentissage.

La création et la reprise d'entreprises restent également un ascenseur social (76 % des créateurs et 67 % des repreneurs étaient auparavant ouvriers ou employés). Enfin, le conjoint reste impliqué dans les jeunes entreprises, notamment dans les secteurs du BTP et de l'alimentaire (40 % des cas).

Les moteurs qui président à la création ou à la reprise d'entreprise ? L'indépendance, mais aussi la passion du métier. L'argent et le souhait de gagner mieux sa vie ne sont des motivations principales que pour 20 % des jeunes dirigeants.

Méthodologie

Ces études ont été réalisées auprès d'échantillons larges et représentatifs de jeunes entreprises installées depuis moins de trois ans, les objectifs étant également d'évaluer les difficultés rencontrées par les dirigeants durant cette phase de primo-développement. Le propos de l'étude est d'autant plus intéressant que plus de 90 000 entreprises sont créées désormais chaque année dans l'artisanat (soit trois entreprises sur dix).

Quatre secteurs ont ainsi été analysés :

  • le BTP,
  • les métiers de l'alimentaire de proximité,
  • la coiffure,
  • les activités de production (étude actuellement en cours de finalisation).