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Les Français ont des connaissances limitées sur le monde de l'entreprise

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Selon une enquête de la FNEGE (Fondation Nationale pour l'enseignement de la Gestion des Entreprises) et le Cercle de l'entreprise et du management les Français méconnaissent le monde de l'entreprise.

La FNEGE – Fondation Nationale pour l'enseignement de la Gestion des Entreprises – et le Cercle de l'entreprise et du management ont mené une enquête sur la connaissance de l'entreprise par les Français dont les résultats ont été dévoilés jeudi 20 novembre. Il ressort que les Français ne s'avèrent pas être de bons élèves, avec une moyenne nationale ne dépassant pas 6 sur 20. Malgré une bonne connaissance de l'entreprise “au quotidien”, l'enquête révèle une méconnaissance générale qui concourt à créer une image négative de celle-ci.

L'entreprise-type selon les Français est de taille importante, employant souvent ses salariés (qui ne lui coûtent pas trop cher) sous contrats précaires et privilégiant ses actionnaires par rapport à ses salariés. À l'inverse, certains aspects qui pourraient être perçus positivement, comme le nombre d'entreprises créées ou la part des richesses produites par les entreprises, sont très souvent minorés. Les Français ont une vision déformée de l'entreprise qui tend au mieux à en amoindrir l'importance dans l'économie, au pire à la dévaloriser. Ainsi, les sondés se figurent un monde du travail avec des entreprises de taille plus grande qu'elles ne le sont en réalité dans la mesure où ils surestiment le nombre d'entreprises de plus de 100 salariés. La proportion des richesses créées par les entreprises est quant à elle très largement sous évaluée (seul 6 % des sondés savent qu'elle est de plus de 80 % du PIB), tout comme la proportion d'actifs travaillant en entreprise.

En ce qui concerne le contrat de travail, l'étude montre également un décalage criant entre perception et réalité. Alors que moins de 10 % des salariés sont embauchés en CDD ou en intérim, 1 Français sur 3 estime que le CDD et l'intérim représentent entre 20 et 30 % des contrats de travail en France. Parallèlement, le poids des contraintes qui pèsent sur les entreprises est minoré, comme celui du coût global, charges patronales incluses, d'un salarié. Mais la population se représente également un tissu économique et industriel difficile pour l'entreprise elle-même : le taux de mortalité des entreprises récemment créées, bien qu'elles soient effectivement fragiles, est exagéré. 43 % de la population pensent que la moitié d'entre elles cessent leur activité après 5 ans. Le domaine de connaissances où les Français s'en sortent le mieux relève d'une connaissance de proximité. Le premier des impôts par exemple, la TVA, n'a plus de secret pour eux. Les grandes entreprises du secteur des biens et des services courants, type AXA ou Alcatel Lucent, sont bien connues des sondés. Celles dont les clients directs ne sont pas les consommateurs grand public (tels Areva ou Thales) restent cependant assez floues. En outre, les Français ont une relativement bonne idée de ce qu'est un comité d'entreprise. De même, ils savent quels acteurs de l'entreprise doivent être payés, sous peine de mise en faillite de l'entreprise. Ils savent majoritairement qu'une entreprise peut fixer ses prix de vente librement sous réserve de ne pas vendre à perte. Ils font également preuve d'une connaissance étonnante sur certains sujets : par exemple, ils sont très bien informés des conditions de fusion pour les grandes entreprises : rares sont les sondés qui pensent qu'elles peuvent le faire librement. Enfin, les Français ont une assez bonne visibilité sur la bourse, qui est pourtant assez éloignée de leurs préoccupations en général. Ils savent à quoi correspond le CAC 40 et ce qu'est un dividende, même si son montant est exagéré. Les Français semblent totalement ignorer l'importance de l'Europe dans les exportations de la France : 70 % l'estiment inférieure à 60 %, alors qu'elle est en réalité supérieure à ce chiffre. Cette tendance est certainement la manifestation de l'influence des médias, qui véhiculent bien souvent l'image des marchés d'exportation dans les économies émergentes, comme en Asie. De même, les Français évaluent mal les avantages que constituent l'euro pour les entreprises. Plusieurs critères influent sur le niveau général des connaissances, avec par ordre d'importance : le trinôme diplôme-niveau de revenus-catégorie socioprofessionnelle et le sexe. Les personnes qui connaissent le mieux la vie d'une entreprise ont en général poussé leurs études dans le supérieur, jouissent d'un salaire élevé et appartiennent donc à une catégorie socioprofessionnelle élevée (type cadre). Les hommes sont significativement plus connaisseurs que les femmes : 20 % des femmes obtiennent moins de 3/20 contre 10 % des hommes. En revanche, l'enquête n'indique pas de différence flagrante entre les générations ou les régions. L'enquête établit une corrélation entre connaissance de l'entreprise et médias. En effet, on constate que les Français répondent plutôt bien aux questions, même difficiles, qui sont régulièrement traitées par les médias, comme par exemple celles sur l'intervention de la commission de la concurrence dans les fusions de grandes entreprises ou la possibilité de créer une entreprise avec un capital de 1 euro. En revanche, les réponses deviennent plus incertaines dès que l'on évoque certains concepts : 40 % des Français confondent par exemple chiffre d'affaires et bénéfices. Ces indicateurs mettent en lumière le rôle pédagogique des médias : les Français retiennent les informations qui font l'actualité. Le rôle déterminant des médias pourrait en outre expliquer le décalage hommes-femmes. En effet, les hommes s'intéressent davantage à l'actualité que les femmes et lisent plus régulièrement la presse généraliste. On peut par ailleurs déplorer la disparition sur nos écrans de grandes émissions sur l'économie et l'entreprise. Rien n'interdirait pourtant de faire figurer sur les cahiers des charges des chaînes une obligation d'information de qualité sur les entreprises. Enfin, ce sondage met également en avant le rôle de l'enseignement secondaire. Dans une société qui scolarise les deux tiers d'une classe d'âge jusqu'à 18 ans, son rôle est décisif. De ce point de vue, la généralisation d'un enseignement d'économie de l'entreprise en classe de seconde, dans le cadre de la réforme des lycées, constitue un enjeu majeur.