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Les chefs d'entreprise ont une attitude paradoxale face au cancer

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Si le cancer n'est pas un sujet tabou, 83 % des dirigeants comprennent que des malades ne s'arrêtent pas de travailler pendant leur traitement, de crainte des répercussions professionnelles.

Les dirigeants d'entreprise ont une attitude ambivalente face au cancer, selon une étude publiée lundi et réalisée par LH2 pour La Ligue contre le cancer. En moyenne, 16 % des chefs d’entreprise disent avoir déjà eu un cas de cancer parmi leurs salariés. Ce chiffre monte à 64 % dans les entreprises de 50 à 99 salariés et à 73 % dans les entreprises de plus de 100 salariés, ce qui apparaît logique puisque le “risque” est multiplié en fonction du nombre de salariés.

Les chefs d'entreprise semblent ouverts d'esprit face à la maladie. Les trois quarts ne considèrent pas que le cancer soit un sujet tabou. Lorsque les dirigeants ont été confrontés à un cas de cancer parmi leurs salariés, la plupart ont été informés directement par le collaborateur (64 %), les autres par le biais de ses collègues ou de son supérieur direct. Néanmoins, aborder le sujet semble plus délicat dans le sens inverse, c'est-à-dire du dirigeant vers le salarié. Seul un tiers des chefs d’entreprise n’ayant jamais été confrontés au cancer “en parlerait ouvertement avec lui”, quand les deux tiers se contenteraient d’une attitude plus passive et “évoqueraient le sujet uniquement s’il l’aborde”. Une réserve qui traduit vraisemblablement encore une certaine gêne à évoquer ce sujet chez une partie des chefs d’entreprise. Cette ambivalence est constatée également dans le fait que 83 % des dirigeants déclarent comprendre que certains malades ne s’arrêtent pas de travailler pendant leur traitement “de crainte des répercussions professionnelles qu’un arrêt de travail pourrait occasionner”. Par cette réponse, la majorité des chefs d’entreprise cautionnent l’idée selon laquelle la vie professionnelle d’un salarié atteint d’un cancer pâtirait d’un arrêt de travail, et légitiment donc le choix du silence de la part du salarié malade. De fait, le cancer semble être davantage un sujet tabou que ce que les chefs d’entreprise déclarent au premier abord.

Par ailleurs, les chefs d’entreprise se disent concernés par le cancer. 80 % d’entre eux estiment que “répondre aux besoins et aux demandes des personnes atteintes d’un cancer fait partie de leur rôle”, une posture affirmée quelle que soit la taille de la structure. Et c’est de loin vers la médecine du travail (47 %) que les dirigeants se tourneraient en priorité pour répondre aux besoins qui se poseraient, plus que vers les organismes professionnels (17 %) ou l’État (14 %).

Pourtant cette bonne volonté semble s’effriter dès lors qu’est abordée la question des conséquences de l’arrêt maladie de l’employé et du maintien de son emploi. En effet, 87 % des chefs d’entreprise déclarent pallier l’absence du salarié malade en recrutant une personne en contrat temporaire. Mais au-delà de 3 mois d’absence, un chef d'entreprise sur quatre avoue qu’il n’aurait pas les moyens de garder la personne dans les effectifs. Cette fragilité est principalement évoquée par les dirigeants de TPE (30 %), alors que les chefs d’entreprise de taille plus conséquente sont moins de 10 % à donner cette réponse. Néanmoins, ce chiffre est peut-être sous-évalué du fait du taux important de non réponse à cette question (12 %). Enfin, 74 % des dirigeants - moins dans les petites structures - approuvent les mesures d’aide au retour à l’emploi, tels que le temps partiel thérapeutique.