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Échec entrepreneurial : ils brisent le mur du silence

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Le point commun entre Stéphane, Stella et Christian ? Entrepreneurs, ils ont récemment mis la clé sous la porte. Jeudi 3 janvier, ils ont participé au premier "After fail" de l'association Second souffle, à Paris. Ils racontent comment cet échec entrepreneurial a bousculé leur vie et leur carrière.

Échec entrepreneurial : ils brisent le mur du silence

Stéphane Dardoize, 45 ans, Stella Bissessur, 52 ans et Christian Denis, 53 ans ne se connaissaient pas avant de participer au premier « After fail » (soirée de rencontres sur le modèle des « after work ») de Second souffle, association d’aide aux entrepreneurs en difficulté, au bistrot parisien le Madame sans gêne, jeudi 3 janvier. S’ils s’y sont déplacés c’est avant tout pour échanger, partager leur expérience.

Créateur ou repreneur, ces entrepreneurs ont dû se résoudre à fermer leur société. Des procédures lourdes et douloureuses qu’ils ont géré seul pendant plusieurs mois, voire quelques années. Si les circonstances de ces échecs diffèrent, le résultat, lui, reste le même. Que ce soit dans leur vie personnelle, auprès de leur banque ou face aux recruteurs, cet échec entrepreneurial les marque au fer rouge.

C’est d'ailleurs pour dédramatiser cette situation que Dimitri Pivot, ancien chef d’entreprise et Sébastien Branchu, dirigeant en difficulté, ont crée l’association Second souffle en 2010, officiellement en activité depuis l’automne dernier. Depuis janvier 2013, ils donnent ainsi rendez-vous à ceux (entrepreneurs, recruteurs, institutionnels, associations…) qui veulent « briser le tabou de l'échec » chaque premier jeudi du mois. Des « After Fail » devraient également voir le jour à Rennes, Grenoble et Châteauroux dans les mois à venir.

Stéphane Dardoize, 45 ans

« Tous mes partenaires m’ont tourné le dos »

« Depuis 1996, j’ai crée puis revendu ou fermé cinq entreprises de conseil à Rennes et Nantes. La cinquième, spécialisée dans les études de marché, est actuellement en procédure de liquidation judiciaire. J’assume la responsabilité de cet échec. Je me suis dispersé, j'ai voulu être partout à la fois. J’ai mal anticipé l’évolution du chiffre d’affaires. Les difficultés financières se sont enchaînées. Je me suis retrouvé complètement isolé. Avocat, banquier, expert-comptable, collaborateurs… Tous mes partenaires m’ont tourné le dos. Je suis arrivé à un niveau d’épuisement tel que j’ai préféré tout arrêter. Dans deux mois je me retrouve au RSA avec un loyer à payer. Malgré tout, cette situation m'a permis de me rapprocher de mes proches et je considère toujours la création d’entreprise comme ma porte de salut. »

Stella Bissessur, 52 ans

« Mon parcours de dirigeante d’entreprise rebute les recruteurs »

« Ma société de conseil en management et organisation a été radiée le 4 décembre 2012, après deux ans de procédure, quatre ans de difficulté financière et quatorze ans d’activité. Je l’ai presque vécu comme un soulagement. Ce qui est le plus dur à gérer aujourd’hui c’est de me remettre sur le marché du travail. D’employeur, je passe au statut de demandeuse d’emploi. Mon parcours de chef d’entreprise joue contre moi. Il a tendance à rebuter les recruteurs. Je reste pour autant confiante et n’ai aucun regret. Mon entreprise était arrivée à la fin d’un cycle. Je ne me considère pas comme une « looseuse ». En tant que salariée ou entrepreneur, peu importe. Je poursuivrai mon activité autrement. »

Christian Denis, 53 ans

« Recréer une entreprise après un échec est un parcours du combattant  »

« J’ai monté ma SARL dans le secteur de l’immobilier en 2010. Après un désaccord majeur avec mon associé, j’ai finalement décidé de procéder à sa fermeture, officialisée fin 2012. A l'époque, j'ai réglé toutes mes traites vis-à-vis de mes fournisseurs, de mes salariés ou de l’administration fiscale. Pourtant, malgré un apport personnel de plusieurs dizaines de milliers d’euros, quand j’ai fait part à ma banque de mon intention de recréer une autre entreprise dans le même secteur, elle a catégoriquement refusé de m'accompagner. Même réponse de plusieurs autres banques. J’étais considéré comme un paria. Une seule agence a finalement accepté mon dossier. Recréer une société après un échec est un parcours du combattant mais cela ne m'effraie pas, bien au contraire. »