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Hervé Lambel (président du Cerf): «La culture des petites entreprises est inscrite dans mon ADN»

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PLF 2013, Banque publique d'investissement, situation des entreprises, représentativité des organisations patronales... Hervé Lambel, président du Cerf et candidat à la présidence du Medef en 2013, livre son analyse et ses préconisations pour soutenir la compétitivité des entreprises françaises.

Hervé Lambel, président du Cerf

© Dahmane

Hervé Lambel, président du Cerf

À 47 ans, Hervé Lambel, président du Cerf (Créateurs d'emplois et de richesses de France) s'est lancé un défi de taille : briguer la présidence du Medef lors des prochaines élections de l'organisation patronale en juillet 2013. Mobilisé depuis plus de douze ans aux côtés des TPE-PME, ce petit patron compte bien faire entendre sa voix dans le monde patronal et politique. Interview.

Le recul du gouvernement sur la question de la taxation de la plus-value de cession dans le cadre du projet de loi de finances 2013 représente une bonne nouvelle pour les entrepreneurs ?
Hervé Lambel, président du Cerf : Un recul n’est jamais une bonne nouvelle. Ceci dit, vu le contenu du projet de loi de finances, nous pouvons tous nous réjouir que le gouvernement montre des signes d’évolution. La situation économique est telle aujourd’hui que le PLF devrait mettre en avant la croissance et pas seulement l’équilibre budgétaire au travers de la hausse des prélèvements. L’orthodoxie budgétaire est une bonne chose, mais d’après moi, l’État devrait d’abord améliorer le rendement de chaque euro dépensé. Je pense qu’il y a là une erreur d’approche de l’actuel gouvernement. Je ne vois pas comment les entreprises pourront générer la croissance suffisante pour atteindre l’équilibre budgétaire tel qu’il est fixé à ce jour.

Le gouvernement vient justement d’officialiser la création de la Banque publique d’investissement en vue de soutenir les entreprises. Qu’en pensez-vous ?
H. L. : Je ne peux que m’en satisfaire puisque c’est une proposition que je défends depuis des années en tant que président du Cerf. Mais la BPI est une bonne initiative à partir du moment où on trouve aussi le moyen de prendre en compte les besoins de trésorerie des entreprises. L’accès au crédit est une question essentielle pour les entreprises. Actuellement, certaines n’ont d’autre alternative que jouer sur les délais de paiement et ces délais de paiement impactent la situation des autres entreprises et de leur écosystème. La priorité est, selon moi, de ramener de la liquidité vers les petites entreprises, et en particulier sur leurs besoins de financement à court terme.

Que préconisez-vous sur ce point ?
H. L. : Je plaide entre autres pour la suppression de la TVA interentreprises. La collecte de cette taxe mobilise du personnel et des ressources qui sont, à l’échelle de l’entreprise comme de l’État, considérables. La suppression de cette taxe réduirait les besoins de trésorerie des entreprises sur les investissements comme sur les approvisionnements et limiterait les possibilités de fraude estimées à 10 milliards d’euros chaque année. Par ailleurs, cette simplification pourrait également faire économiser à l’État au moins 280 millions d’euros et ce, sans toucher aux entreprises, ni aux revenus des salariés ou aux dépenses sociales.

Je pense également que l’état de la trésorerie des entreprises, et en particulier des très petites sociétés, doit être mieux connu du législateur et des organisations patronales. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des indicateurs dynamiques, via un observatoire des entreprises, permettant de mesurer cette réalité très régulièrement. Comment voulez-vous réaliser un arbitrage budgétaire pertinent sur la relance de l’économie sans connaître l‘état de santé précis des entreprises qui la font tourner ? C’est pour cette meilleure remontée de l’information de terrain que je me bats depuis des années.

Vous venez d’annoncer votre candidature à la présidence du Medef. De quelle manière comptez-vous porter la voix des TPE-PME dans le débat ?
H. L. : En tant que président du Cerf, qui représente principalement les TPE-PME, j’ai douze ans d’expérience de prise en compte des problèmes de la très petite entreprise. Je viens par ailleurs d’une famille d’entrepreneur et dirige moi-même une société de production. Cette culture est pour ainsi dire inscrite dans mes gènes. Si je suis élu à la tête du Medef, je ne pourrai pas oublier celui que je suis. Je pense que c’est d’ailleurs dans l’intérêt du Medef d’avoir à sa tête quelqu’un qui détient cet ADN-là.

Mon ambition est néanmoins de parler au nom de toutes les entreprises. Les petites sociétés sont soit les clientes soit les fournisseurs des grands groupes. Je suis convaincu que les petits ont besoin des gros comme les gros ont besoin des petits. Maintenant, seul je ne ferai rien. Si les chefs d’entreprise ne se mobilisent pas, je ne pourrai pas représenter leurs intérêts et porter leur voix. C’est en ayant des organisations patronales fortes de leurs adhérents qu’on aura un gouvernement qui prendra la juste mesure des choses.

Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui d’après vous ?
H. L. : Regardez les chiffres : plus de 60% des chefs d’entreprise ne se sentent pas représentés par les syndicats patronaux. Seuls 8% des patrons adhèrent à une organisation patronale. C’est un désert ! Comment se fait-il qu’un mouvement de contestation comme celui des Pigeons émerge en dehors du cadre des instances syndicales ? Cela pose un problème de légitimité sur la capacité des organisations patronales à être en prise avec la réalité du terrain. Et donc, à pouvoir prendre position sur les évolutions du monde entrepreneurial. Les difficultés que l’on va devoir surmonter dans les années à venir sont telles que nous aurons besoin de la mobilisation de tous. Selon moi, il faudrait aussi rassembler les fédérations patronales à l’échelle des territoires, leur donner plus de pouvoir. Il en va de l’intérêt de tous que la voix des entrepreneurs soit entendue.