Pour ou contre le télétravail?

Chef d'entreprise Magazine N°39 - 01/06/2009 - Jeanne Cavelier

Le télétravail devrait bientôt bénéficier d'un cadre légal clair destiné à l'encourager. Toutefois, ce mode de travail, considéré par certains comme un outil de motivation et un facteur d'économies, suscite des réserves.

Occasionnel ou régulier, le télétravail se développe timidement en France. Aujourd'hui, seuls 7% des salariés ont adopté ce mode de travail, alors que la moyenne européenne s'élève à 13% Chiffre cité dans le rapport «Du télétravail au travail mobile, un enjeu de modernisation de l'économie française» remis au Premier ministre en novembre 2006, La Documentation française. . C'est sur ce chiffre que se sont appuyés les députés qui ont déposé, le 8 avril dernier, une proposition de loi destinée à «faciliter le maintien et la création d'emplois», incluant un volet télétravail. La question devait être débattue en mai au Parlement. Car aujourd'hui, aucun cadre légal ne régit le télétravail. Seul un accord national interprofessionnel (ANI) du 17 juillet 2005, négocié entre partenaires sociaux, recommande certaines pratiques, dont s'inspire largement la proposition de loi. Si celle-ci est votée en l'état, les employeurs devront par exemple prendre en charge tous les coûts découlant directement de l'exercice du télétravail (matériel, logiciels, abonnements, communications, outils et maintenance) et préciser, dans le contrat de travail ou son avenant, les conditions de passage en télétravail et celles de retour au travail au bureau. Le Forum des droits sur l'Internet, une association créée en 2001 par les pouvoirs publics pour réfléchir à des sujets d'actualité relatifs au Web, avait participé, à travers ses recommandations, à l'élaboration du texte de l'ANI.

POUR

Le télétravail responsabilise les salariés
BENOIT DEFOUG, président de 720


Le télétravail permet de fidéliser les bons éléments. C'est le point de vue de Benoît Defoug, président de l'opérateur en télécommunications 720, présent à Troyes, Paris et Amiens. Depuis trois ans, l'une de ses salariées, graphiste, travaille depuis son domicile, à 150 km du siège de l'entreprise. Elle s'y rend juste trois jours par mois. Son employeur juge son travail sur les résultats. «Nous ne sommes plus dans un rapport de quantité de travail effectué, mais de qualité fournie en contrepartie du salaire. Le télétravail apprend aux salariés à se responsabiliser.» En outre, l'entreprise réalise une économie substantielle: quand la jeune femme travaillait au siège, elle «coûtait» à son employeur quelque 200 euros par mois en frais généraux. Aujourd'hui, sa société lui rembourse moins de 100 euros par mois de frais professionnels. Fort de cette première expérience, Benoît Defoug compte l'étendre à d'autres volontaires, pour du télétravail partiel cette fois. Et pour que ses télétravailleurs gardent le lien avec la société, Benoît Defoug envisage de les équiper d'un système de visioconférence. Son objectif? Proposer cette organisation à la quinzaine de salariés qu'il compte embaucher d'ici à la fin de l'année. «Ainsi, je ne serai pas obligé de réorganiser les bureaux: les jours de présence dans l'entreprise seront consacrés aux réunions et au travail d'équipe.»


720 - Repères


- ACTIVITE: Opérateur en télécommunications
- VILLE: Troyes (Aube)
- FORME JURIDIQUE: SAS
- DIRIGEANT: Benoît Defoug, 37 ans
- ANNEE DE CREATION: 2004
- EFFECTIF: 30 salariés
- CA 2008: 1,3 MEuros

Etablir un cadre clair

Aujourd'hui, que la loi soit adoptée ou non, la secrétaire générale du Forum, la juriste Marie-Françoise Le Tallec, conseille vivement aux chefs d'entreprise de prévoir un avenant au contrat de travail qui détaille les modalités du télétravail, total ou partiel. «Sans cadre précis, leur responsabilité n'est pas claire, par exemple, en cas d'accident au domicile du télétravailleur», souligne-t-elle. D'où la nécessité, selon elle, de faire figurer plusieurs mentions importantes dans le contrat de travail. Marie-Françoise Le Tallec préconise, par exemple, d'instituer le principe d'une période d'adaptation pendant laquelle le salarié et l'employeur peuvent rompre le télétravail. Elle conseille, en outre, de décrire formellement le poste et la charge de travail correspondante, les plages horaires de disponibilité du télétravailleur, le ou les lieux de travail, la rémunération, si elle est modifiée, les coûts d'équipement, d'installation et de maintenance (mutualisés ou pris en charge par l'entreprise), les règles d'utilisation du système informatique... Pour rédiger ce document, vous pouvez vous inspirer de l'ANI, télé chargeable sur le site du Forum (www.foruminternet.org) ou du Journal officiel (www.journal-officiel.gouv.fr). L'accord interprofessionnel conseille aussi au salarié de respecter un certain nombre de règles. «Il doit, par exemple, se tenir prêt à recevoir la visite du CHSCT Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, obligatoire dans les entreprises de 50 salariés et plus. et du médecin du travail, qui peuvent être amenés à vérifier ses conditions de travail à domicile, indique Philippe Planterose, président de l'Association française du télétravail et des téléactivités (AFTT). Il doit aussi avoir contracté une garantie responsabilité civile et s'assurer que le matériel fourni est en sécurité.» Pour Philippe Planterose, «cette forme d'organisation permet aux entreprises de gagner en productivité mais aussi de diminuer leurs frais généraux». Pour gagner des partisans, le porte-parole de l'AFTT a envoyé, en avril, à plusieurs milliers de dirigeants, de DRH et d'élus (maires, conseillers régionaux, etc.) un rapport sur le sujet, afin qu'ils perçoivent ce mode de travail comme un facteur de développement durable.

Outre les effets bénéfiques du télétravail sur l'environnement ou le travail des personnes handicapées par exemple, ce rapport vante les atouts de la formule dans la lutte contre l'absentéisme dû au stress, la responsabilisation des salariés ou encore l'amélioration de l'image de l'entreprise.

CONTRE

Le télétravail appauvrit les échanges entre collaborateurs
DAMIEN THOUVENIN, gérant de CLT Services


«J'ai vu des problèmes se dénouer grâce aux échanges autour de la machine à café!» Damien Thouvenin, gérant de CLT Services, une entreprise de programmation informatique, croit aux vertus du travail en groupe. Même si cela coûte cher, le dirigeant tient à réunir ses salariés dans un même espace, quitte à louer de grands bureaux en plein coeur de Paris. Pourtant, le télétravail serait facile à mettre en place dans cette société de prestations intellectuelles, composée de cadres autonomes, équipés pour la plupart d'ordinateurs portables. Mais, pour le dirigeant, les inconvénients l'emportent sur les avantages: «Le télétravail formalise trop les échanges. Un salarié qui rencontre i une difficulté sollicitera naturellement son collègue présent dans le même bureau, mais il hésitera à l'appeler s'il est à l'extérieur.» Selon Damien Thouvenin, «la proximité géographique facilite la compréhension d'autrui, consolide le lien social et enrichit les échanges». C'est aussi un fervent adepte du travail en groupe, «propice aux recherches de synergies et à un climat de confiance entre collaborateurs». Un atout lorsque ceux-ci se retrouvent en binôme pour imaginer une nouvelle solution pour un client.


CLT SERVICES - Repères


- ACTIVITE: Programmation informatique
- VILLE: Paris (IV e arr.)
- FORME JURIDIQUE: SARL
- DIRIGEANT: Damien Thouvenin, 38 ans
- ANNEE DE CREATION: 2004
- EFFECTIF: 19 salariés
- CA 2008: 1 MEuros
- RN 2008: 85,35 kEuros

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