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La peur fait-elle partie du quotidien des chefs d'entreprise ?

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La gestion d'une entreprise constitue une source de stress et de craintes, phénomène amplifié en temps de crise. Comment les chefs d'entreprise gèrent-ils ce stress et même leurs peurs ? Éléments de réponse avec des entrepreneurs présents lors d'un colloque organisé par le cabinet Valexcel.

Création d’une entreprise, contrôle fiscal, levées de fonds à haut risque… Les nerfs de l’entrepreneur sont quotidiennement soumis à rude épreuve. Une angoisse qui peut se renforcer en période de crise économique. Des dirigeants d’entreprise ont partagé leurs expériences sur le thème de “L’entrepreneur et la peur", à l’occasion d’un colloque organisé le 2 février 2012. Le cabinet de conseil Valexcel, à l’origine de l’événement, qui a réuni près de 200 entrepreneurs, en a profité pour réaliser une enquête sur le sujet, publiée début mars 2012.

Ainsi, si la majorité des entrepreneurs affirme bien résister à la pression, chacun à une manière particulière de réagir aux situations de crise. Lors du colloque, Vincent Gruau, président de Majencia, spécialisé dans le mobilier de bureau et l’aménagement d’espaces tertiaires, assure qu’"il n’y a pas de place pour la peur chez l’entrepreneur. Dès lors que le chef d’entreprise commence à ressentir la peur dans son expression la plus physique, par le blocage de la réflexion, de la décision et de la mise en action, c’est qu’il doit passer la main."

La crise, une opportunité de développement
D’ailleurs, pour la majorité des entrepreneurs interrogés(1) par le cabinet Valexcel, la crise économique, si c’est un facteur de stress aggravant, est pourtant plutôt considérée comme un moteur de développement. 63 % déclarent par ailleurs ne pas se sentir menacés par la conjoncture actuelle.

"Là où mes proches décelaient un risque, je percevais, moi, une opportunité", confirme pour sa part Pierre Moret, à la tête de Verand’Art, qui a repris l’entreprise de vérandas contre l’avis de ses proches. Au-delà de la conjoncture, la dimension humaine demeure sa principale préoccupation. "Mon unique peur est relative à l’humain, à l’intégrité physique de mes équipes sur les chantiers. Mon rôle de dirigeant est de protéger mes salariés pour qu’ils rentrent entiers chaque soir."

En effet, le salarié occupe une place prépondérante dans la peur des chefs d’entreprise… Certains , à l’instar d’Élodie Brasile, créatrice de l’agence de communication FreeTouch, y voient un appui salutaire pour affronter les périodes d’angoisse de façon constructive. "Jusqu’à présent, j’ai toujours partagé (la peur) avec mon équipe de travail pour puiser les ressources nécessaires et rebondir. À chaque fois, la peur s’est révélée être un tremplin pour réinventer le modèle de l’entreprise et avancer !"

D’autres considèrent, à l’inverse, que le chef d’entreprise se doit de taire ses angoisses et de ménager celles de ses collaborateurs. Selon Corinne Pichard, à la tête de SSIRCA, groupe dont l’activité est fondée sur la gestion des problématiques humaines dans la sphère professionnelle, "le rôle du dirigeant consiste dès lors à coconstruire un projet entre des individus dont les peurs reflètent des visions et des envies différentes, à accompagner les collaborateurs dans leurs propres peurs et de ne leur transmettre que la peur 'utile', celle où ils disposent d’une réelle marge de manœuvre." Face à l’adversité, l’union fait la force.

(1) Enquête qualitative menée auprès de 69 entrepreneurs et réalisée dans le cadre du colloque du cabinet de conseil Valexcel sur “L’entrepreneur et la peur“, publiée début mars 2012.