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Malaise chez France Telecom : l'identité cassée.

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Ce qui distingue l'Humain de l'animal se résume en la prise de conscience de trois éléments fondamentaux : son être, son avoir et son paraître. L'entreprise, que le législateur a dénommé " personne morale ", a la même conscience de ces trois items.


Ce qui distingue l’Humain de l’animal se résume en la prise de conscience de trois éléments fondamentaux : son être, son avoir et son paraître. L’entreprise, que le législateur a dénommé « personne morale », a la même conscience de ces trois items.

Le paraître, c’est ce nous diffusons comme image aux autres. Chaque humain a la conscience de son paraître, et tente au mieux de se présenter de la façon la plus proche de ce que l’on attend d’elle. Pour l’entreprise, le paraître, c’est son image. C’est une donnée importante pour tous les communicants. Avoir une belle image, c’est attirer vers soi des candidats avec de hauts potentiels, c’est rassurer le prospect, c’est améliorer sa valeur marchande.

L’avoir, c’est ce que tous depuis le plus jeune âge, essayons d’emmagasiner. Ce sons nos compétences, notre savoir-faire. Si vous demandez à un individu de se présenter, il mettra toujours en avant son avoir, c'est-à-dire ce qu’il sait faire. De façon identique, l’avoir, dans l’entreprise, se résume par son savoir-faire intellectuel et/ou technologique.

Enfin, l’être est l’élément le plus difficile à cerner, tant chez l’Homme qu’au sein de l’entreprise. Ce sont les valeurs profondément ancrées chez l’homme, et la philosophie du chef d’entreprise et de ses actionnaires. Notons par ailleurs, que lors du cursus scolaire, aucun enseignement n’est donné sur la découverte des valeurs de l’enfant.

Ainsi, pour que l’homme et l’entreprise se rencontrent, ces 3 éléments doivent se conjuguer. Au niveau de l’avoir, l’entreprise va rechercher un collaborateur qui lui apportera une compétence qui lui fait défaut. Elle pourra ainsi améliorer son savoir-faire vis-à-vis de ses clients.

Pour le paraître, Homme et entreprise doivent se retrouver sur une image commune. Par exemple, un salarié ne s’habille pas de manière identique s’il travaille pour les Restaurants du Cœur ou pour Prada.

Enfin, il doit y avoir une véritable adéquation entre la philosophie de l’entreprise et les valeurs de l’Homme. Et c’est ce dernier point qui pose souvent des problèmes.

Prenons par exemple France Telecom. Il y a 10/20 ans, les collaborateurs qui avaient été embauchés par cette entreprise avaient pour profondes valeurs le « service public » et l’innovation.
A cette époque, il n’y avait pas de clients, mais des usagers, et France Telecom faisait parler d’elle par son Bi-bop, son minitel, son Radiocom 2000…

Or, l’ouverture à la concurrence, l’avènement des opérateurs alternatifs, la primauté de la date par rapport à la voix ont changé la donne. Parallèlement, la philosophie de l’entreprise a changé. Maintenant, on parle de productivité, de retour sur investissement, de marge.

Quid des valeurs des collaborateurs. Celles-ci n’ont pas changé pour la plupart d’entre eux. Et dès que l’on remet à mal les valeurs de l’Homme, de son identité propre, on détruit forcément l’Etre de la personne. D’où les arrêts maladies et les suicides. Inutile donc de faire une grande enquête auprès des salariés, la cause est connue.

Qu’eut-il fallu faire au moment de la mutation de cette entreprise ? Révoquer les collaborateurs dont les valeurs étaient trop ancrées pour les remplacer par de nouveaux salariés aux valeurs proches des nouveaux impératifs de l’Entreprise ? Oui, mais est-ce moralement correct ?

Bien comprendre les valeurs de l’Homme, bien appréhender les valeurs de l’Entreprise, semblent être les enjeux de cette nouvelle décennie. Et ce ne sera que par la juxtaposition de celles-ci qu’Homme et Entreprise pourront se retrouver.