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« Il faut créer les conditions d'accueil pour faire revenir les industriels en France »

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Le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves), réseau de dirigeants de l'économie sociale et solidaire, ont présenté, le 1er février 2012, sept propositions aux présidentiables. Christophe Chevalier, dirigeant et membre du Mouves, revient sur l'un de leur combat : le “made in France”.

Christophe Chevalier

© Éric d'Hérouville

Christophe Chevalier

Le Mouvement des entrepreneurs sociaux, réseaux de dirigeants de l'économie sociale et solidaire, présente, en ce début février 2012, ses sept propositions aux candidats à la présidentielle. Le but est de faire entendre la voix de cette frange de l'économie dans la campagne, qui pèse 2 millions de salariés, représente 200 000 entreprises et crée en moyenne 2,5 fois plus d'emplois que le privé.

Christophe Chevalier est membre du conseil d'administration du Mouvement des entrepreneurs sociaux, le Mouves, et dirigeant du Groupe Archer. Après s'être battu pendant 20 ans pour la réinsertion, il s'est attaqué au chantier des délocalisations. Situé à Romans dans la Drôme, ex-capitale de la chaussure aujourd'hui sinistrée par les délocalisations, il y a relancé en 2009 un atelier de fabrication de chaussures.

Christophe Chevalier a par ailleurs reçu hier, mercredi 1er février, le prix de l'entrepreneur social 2012, décerné par la fondation Schwab et le groupe BCG.

  • Pourquoi miser sur le “made in France” avec votre entreprise Made in Romans ?

Depuis cinq ans, nous nous sommes rendu compte que le travail de notre association pour la réinsertion et contre le chômage ne suffisait pas. On a décidé de faire du développement économique dans la région au sens large. Nous avons donc créé une SAS, en plus de nos deux associations, et avons commencé à travailler sur la question des délocalisations. L'industrie locale, à Romans, c'est la chaussure. Depuis 20 ans, le secteur se délite. Les grands noms sont partis produire moins cher ailleurs ou ont déposé le bilan, comme Stéphane Kélian ou Charles Jourdan en 2005.

Selon moi, le problème est que la fabrication est devenue complètement industrialisée et parcellée : aucun ouvrier n'était vraiment capable de fabriquer une chaussure de A à Z. Dans ces conditions, forcément, il est facile de délocaliser, puisque le savoir-faire spécifiquement français s'est perdu

Quand Charles Jourdan a fermé, nous avons racheté une chaîne de montage en 2009 et relancé un atelier de chaussures, basé sur l'artisanat, avec huit ouvriers. Le but était d'utiliser notre savoir-faire et d'apporter une vraie valeur ajoutée. Nous travaillons aujourd'hui pour des grandes marques et pour des petits créateurs, pour qui fabriquer en Chine des petites séries de 150 paires n'a aucun sens économique. La mobilisation locale autour de notre atelier a été très forte. Nous avons même lancé notre propre marque fin 2010, Made in Romans, qui fonctionne très bien pour l'instant. 

Cette réussite économique est la preuve que le “produire local” a un sens aujourd'hui. Avec la demande très forte, notamment des petits créateurs, il y aurait même la place pour 15 ateliers comme le nôtre ! C'est une vague d'espoir pour tous les Romanais.

  • Comment convaincre les entreprises françaises qui délocalisent de revenir en France ?

Beaucoup d'entreprises aujourd'hui se posent la question de la relocalisation. Pas celles qui ont vu leurs coûts divisés par dix, mais celles pour qui le gain de la délocalisation n'est pas si important. Entre le coût du transport, la gestion des stocks en France et les problèmes de réactivité, pour certains industriels, la relocalisation serait même une opportunité d'affaires.

Il faut maintenant créer les conditions d'accueil pour les convaincre de revenir. Car une entreprise seule ne peut pas se le permettre. Cela nécessite une mobilisation locale, comme ça a été le cas pour Made in Romans. Il faut l'entraide d'autres industriels locaux : par exemple, le groupe Archer a récemment racheté un sous-traitant automobile de la région qui était sur le point de fermer. Comme nous n'avions pas d'atelier à ce moment-là, un industriel local, qui est un actionnaire du groupe Archer, a proposé de nous louer un bout de son local.

Le Mouves propose ainsi de créer des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). Contrairement aux pôles de compétitivité, ils ne sont pas centrés sur un secteur d'activité mais sur un bassin économique régional. En coopérant ensemble, la relocalisation sera plus facile. Le but de ces PTCE est de rassembler les acteurs de l'économie sociale et solidaire, mais pas seulement. Il faut que tous les acteurs économiques locaux travaillent ensemble : entreprises, collectivités et recherche. Le développement économique et le “made in France” passent par le renforcement du maillage des PME et TPE.

  • Le Mouves présente sept propositions aux candidats à la présidentielle. Considérez-vous que l’économie solidaire n’est pas suffisamment soutenue par les politiques ?

Selon nous, l'économie sociale et solidaire peut beaucoup apporter mais n'est pas assez développée. Et pour mettre en place nos propositions et des initiatives comme les PTCE, il nous faut des moyens. Il faut que l'État s'engage et que les PTCE, du moins le “produire local”, fassent partie des projets structurels de l'État. L'industrie a été trop longtemps laissée à l'abandon. L'État doit encourager les entreprises qui innovent et qui s'engagent. Il y a de la place aujourd'hui pour des sociétés qui ont d'autres buts que le seul objectif financier.