Même conscients de l'urgence climatique, les dirigeants n'adaptent pas tous leur stratégie

Publié par Julien Ruffet le - mis à jour à
Même conscients de l'urgence climatique, les dirigeants n'adaptent pas tous leur stratégie

Le défi de l'urgence climatique est bien ancré chez les dirigeants (80% d'entre eux), mais trop peu le prennent en compte dans leur stratégie, souvent par manque d'information et d'accompagnement. C'est l'un des constats révélés dans l'enquête de Bpifrance le Lab, publiée le mercredi 8 juillet 2020.

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La crise du Covid-19, mêlée à l'urgence climatique, a plongé les chefs d'entreprise, comme les citoyens, dans une atmosphère en forte évolution. En plus de travailler cette faculté d'adaptation, le climat et l'environnement sont devenus des sujets d'importance pour toutes les entreprises.

Conscientisée par 80% des dirigeants, l'urgence climatique reste un facteur de second plan dans leur stratégie. Seuls 13% déclarent pouvoir réduire leur émission carbone dans les 5 ans. L'étude* publiée le mercredi 8 juillet 2020, par Bpifrance le Lab, révèle que la transition verte est avortée par manque d'informations et d'accompagnement des dirigeants.

Se sentir concerné par l'urgence climatique

Réalisée avant la crise du Covid-19 et axée sur la psychologie des dirigeants, l'enquête dessine cependant ce point de bascule climatique, d'un intérêt nouveau. "Lorsqu'on parle de climat, on pense consommateurs et citoyens. Le lien avec les dirigeants, souvent moins abordé, n'en est pas moins primordial," affirme Pascal Lagarde, directeur exécutif de Bpifrance en charge de la stratégie, des études et du développement.

Même si 86% des dirigeants se sentent concernés par les objectifs mondiaux de réduction des émissions carbone, seuls 51% déclarent avoir pris en compte cet enjeu dans leur stratégie entrepreneuriale. La majorité se focalise sur une optimisation de la stratégie existante, ou la mise en place de "gestes écologiques".

En ayant du mal à considérer cette problématique dans leur ambition entrepreneuriale, les chefs d'entreprise passent trop peu à l'action. Ils sont uniquement 10% à envisager un changement de business model comme levier pour réduire leur empreinte environnementale.

Parmi les freins évoqués : le manque de moyens financiers (49% des cas), l'absence de solutions technologiques (32%) et même le manque de reconnaissance de leurs clients (29%).

Quand on leur demande ce qu'ils souhaiteraient pour les aider dans cette transition, les dirigeants attendent notamment un soutien des pouvoirs publics : d'une part, des incitations financières, sous forme de subventions (64 %) ou d'aides fiscales (59 %) et d'autre part, des évolutions réglementaires (49 %).

L'information et l'accompagnement au coeur du processus

L'étude partage les dirigeants en trois profils, concernant leur sentiment face à l'urgence climatique : les "convaincus", les "opportunistes" et les "contraints". 67% d'entre eux affirment qu'ils adapteraient leur entreprise aux enjeux climatiques par conviction, plutôt que par opportunité ou contrainte. Ils seront donc plus nombreux à sélectionner des fournisseurs sur des critères environnementaux, une bonne nouvelle.

L'un des enseignements que tire Bpifrance de cette étude, est le manque d'information et d'accompagnement, qui rebute souvent l'engagement dans la transition. La plupart des chefs d'entreprise (90%) se sentent informés sur les enjeux climatiques. En revanche, seuls 26% les comprennent réellement, il y a donc un gros travail de sensibilisation.

Plus un dirigeant est informé, plus il agit. Par conséquent, l'exercice pédagogique s'avère nécessaire. En sens inverse aussi, la volonté d'agir peut pousser à s'informer. Par exemple, les entreprises ayant été touchées par des catastrophes climatiques, ont par la suite mis en place des mesures d'adaptation et de prévention.

Ce constat attise la nécessité des entrepreneurs à être informés et accompagnés. Le laboratoire Bpifrance formule le besoin de lancer cette transition, notamment par la création d'un écosystème. Concrètement, "il faut accompagner l'entrepreneur dans sa cuisine". C'est aussi l'opportunité de se reprocher des technologies, avec la possibilité d'une connexion French Tech/ French Fab.

L'étude prouve la nécessité de guider les entités vers le bon chemin, dans le processus de décarbonisation. Les grandes entreprises vont trouver le leur, mais du côté des PME, la route sera plus longue, même si elles se montrent très actives pour remettre du charbon dans la machine...

*Méthodologie : L'étude s'appuie sur une approche quantitative et qualitative. Une enquête en ligne a été menée auprès de 85 143 dirigeants de PME et ETI entre le 23 janvier et le 18 mars 2020 (chiffre d'affaires compris entre 2 millions et 1,5 milliard d'euros). L'enquête a permis de collecter 1 006 réponses au total (taux de réponse de 1,2 %). De plus, des entretiens ont été menés avec des experts et des dirigeants, ainsi que des analyses sur trois secteurs économiques (agroalimentaire, transport et bâtiment) : 19 dirigeants et 10 experts dans différents secteurs (agroalimentaire, industrie, énergie, bâtiment et transport).

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