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Les secrets des ETI allemandes

Publié par Amélie Moynot le

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Trois bonnes idées à importer

De fait, ces facteurs, d'ordre à la fois culturels et structurels, sont compliqués à dupliquer. Parce qu'ils sont très liés au territoire dans lequel ils sont déployés. Et que la transplantation d'un modèle dans un terreau autre que celui qui lui a donné naissance n'a aucune garantie de succès. Ceci étant dit, reste que, par certains côtés, il y a de quoi s'en inspirer.

Par exemple, comme le mettent en avant les experts, le système de chômage partiel est différent en Allemagne. Pour faire simple, lorsqu'une entreprise traverse une mauvaise passe, elle peut garder ses salariés, tout en adaptant la rémunération. Et n'a, alors, pas besoin de les réembaucher quand l'activité repart. "Cet instrument est transposable, estime Patrice Pélissier. Le risque serait cependant de maintenir des canards boiteux".

De même, coté RH, les rapports sociaux sont différents. Dans les ETI, comme dans les autres entreprises, "on recherche d'abord le consensus avec les partenaires sociaux, on est dans une logique de co-construction", remarque Didier Boulogne, directeur de Business France Allemagne. En France, les rapports sont traditionnellement plus compliqués, et le dialogue est loin d'être toujours au rendez-vous. "Il y a peut-être quelque chose dont on pourrait s'inspirer de ce côté-là". Jouer davantage la carte de la transparence, de l'association, de la considération pourrait être une idée pour améliorer le dialogue social. À condition toutefois que les deux parties jouent le jeu.

Autre point, en Allemagne, l'horizon international est considéré beaucoup plus tôt dans le cycle de vie du produit, dès sa conception. "Chaque länder a son champion", observe Didier Boulogne. Un fait qui tient à une certaine vision de l'entreprise. "En Allemagne, on veut être le meilleur, devenir le champion du monde sur son produit. Les ETI allemandes ont un spectre plus restreint de produits qu'ils vont chercher à exporter dans le monde entier".

D'où, relate l'expert, une force en matière de R&D, "surtout en matière de développement". Ce qu'approuve Jérémie Huss : "En Allemagne, on reste concentré sur son savoir-faire. On ne cherche pas la diversification. Ce qui donne une forme de visibilité et de pérennité. Il y a une concentration dans le développement de la stratégie et un développement sur le long terme".

Le message aux dirigeants français ? "soyez plus ambitieux, avance Didier Boulogne. Pensez tout de suite à l'export. Soyez dans une logique de grandir".

Repenser l'environnement global

Pour que ces idées soient importables avec efficacité, reste à savoir ce qui manque à la France pour que l'environnement global soit favorable à la consolidation des entreprises de taille moyenne. "L'une des clés pour favoriser le développement des ETI en France serait de créer une forme de financement local", avance Patrice Pélissier. Selon l'expert, l'Allemagne dispose d'un réseau bancaire particulièrement bien ancré en local, avec d'une part l'existence de banques mutualistes, et de caisses d'épargne d'autre part. Ainsi, les économies sont davantage réinvesties en local. "La régionalisation de la Caisse des Dépôts avait été imaginée dans les années 1980", explique cet ancien du cabinet de Michel Rocard.

"La difficulté des PME françaises à se transformer en ETI est souvent liée à des problèmes de financement, approuve Didier Boulogne. Les développements de Bpifrance depuis 2013-2014 sont extrêmement favorables à cela. Si les pouvoirs publics ont compris que l'enjeu était de faire grandir ces entreprises, les outils existants sont encore mal connus, pas utilisés à plein".

Au-delà de la question du financement, une évolution de la fiscalité apparaît aussi souhaitable. Les ETI allemandes se caractérisent par leur pérennité. "Un des éléments qui pourrait rendre cela transposable serait une stabilité fiscale, avance Jérémie Huss. Pour investir de manière pérenne il faut de la sérénité".

Si cela dépend de l'État, reste, enfin, que les entreprises de taille moyenne peuvent s'organiser pour se faire entendre. Selon Patrice Pélissier, " il manque en France quelque chose à la frontière entre les institutions et le lobbying. Il existe en Allemagne une fédération des ETI, la BVMW, autonome, très puissante et très organisée. A la fois lieu d'échanges, de conseils et de lobbying..." Un porte-voix essentiel pour les ETI.

ETI allemandes, un mythe fragile ?

Une dimension familiale forte, un ancrage local prononcé, une vision long terme. Trois caractéristiques qui représentent jusqu'alors plutôt des forces, mais qui ont aussi leurs limites. Elles se conjuguent, par exemple, avec une hyper personnalisation du pouvoir, un certain culte du secret, une absence de transparence ou encore des problèmes au niveau de la succession (préparation tardive ou mauvaise, manque d'intérêt de la part des héritiers...)

Autant de revers de la médaille qui signent les limites du modèle. "Il a atteint son zénith, pour plusieurs raisons. On ne voit pas émerger de modèle complémentaire avec le même niveau de qualité, d'efficacité économique et sociale", juge Patrice Pélissier.

A cela s'ajoute que "la numérisation de l'économie est une chance, mais aussi une vraie menace pour le Mittelstand, car le partage de l'information et la collaboration inter-entreprises qu'elle implique remettent fondamentalement en cause [sa] culture du Mittelstand". Les ETI vont devoir s'adapter pour rester performantes.

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Amélie Moynot

Amélie Moynot

Journaliste

Journaliste depuis 2009, j’ai rejoint la rédaction de Commerce Magazine, Artisans Mag’ et Chefdentreprise.com en 2015. Mes domaines de prédilection : [...]...

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