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[Tribune] : Pourquoi le fonds de capital-investissement de Bpifrance pourrait rater sa cible

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[Tribune] : Pourquoi le fonds de capital-investissement de Bpifrance pourrait rater sa cible

En lançant un nouveau fonds de capital-investissement à destination des particuliers, les pouvoirs publics entendent soutenir nos PME françaises. Mais ce produit présente de nombreux écueils et zones d'ombre qui risque fortement de leur faire rater son objectif.

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La crise sanitaire sans précédent que nous traversons a plongé notre pays dans une profonde crise économique. De nombreux chefs d'entreprise font ainsi face à de sérieuses difficultés : forte contraction de leur chiffre d'affaires, dégradation de leur trésorerie, voire de leurs fonds propres, etc.

Toutefois, afin de soutenir les entreprises françaises, les pouvoirs publics se sont rapidement portés à leur chevet en multipliant les initiatives. La dernière en date est le lancement, annoncé fin septembre par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, d'un nouveau fonds géré par Bpifrance pour soutenir et investir dans quelque 1500 PME et " start-up " françaises non cotées en Bourse.

Porté par un patriotisme économique très à la mode en cette période de crise, cette initiative part d'un très bon sentiment et mérite d'être saluée. Ce nouveau véhicule, baptisé Bpifrance Entreprises 1, se présente comme un fonds de capital-investissement ou, pour être plus précis, comme un fonds commun de placement à risque (FCPR).

Ouvert à la souscription depuis le 1er octobre à partir d'un montant minimal de 5000 euros, ce fonds a ainsi vocation à démocratiser le capital-investissement et l'investissement dans le non-côté auprès du grand public. Une intention louable quand on sait que cette classe d'actifs, qui a historiquement mauvaise presse auprès des épargnants, est traditionnellement réservée aux investisseurs institutionnels ou aux investisseurs avertis comme les clients de banque privée.

Une cible mal calibrée

Malgré une démarche intéressante, ce nouveau fonds présente pourtant de nombreuses zones d'ombre et de nombreux écueils. De fait, en vantant ce produit comme étant une alternative au livret A ou à l'assurance-vie en fonds euros, le ministre de l'Économie s'est sans doute trompé de cible. A l'inverse des livrets bancaires, produits d'épargne ultra sécurisés et liquides, l'investissement en capital-investissement représente en effet un placement financier ô combien risqué, sans aucune garantie sur le capital investi.

Le fonds Bpifrance Entreprises 1 s'avère d'autant plus risqué qu'un tiers des entreprises en portefeuille sont des jeunes pousses. Des entreprises qui sont, traditionnellement, financées par du capital-risque, le segment le plus risqué du capital-investissement puisqu'il revient à orienter son argent vers des entreprises en phase de création et d'amorçage. Soit des entreprises dont la viabilité à court ou moyen terme reste encore à démontrer.

Vouloir orienter une clientèle de particuliers vers ce type de véhicule d'investissement ne semble donc pas la démarche la plus adéquate et pourrait même s'avérer en contradiction avec l'esprit des règles édictées par l'Autorité des marchés financiers (AMF), le régulateur financier. Sans toucher au ticket d'entrée de 5000 euros, il aurait sans doute été mieux inspiré de réserver ce nouveau fonds à une clientèle plus avertie disposant d'avoirs financiers supérieurs à 500000 euros. D'autant que rare sont les épargnants particuliers qui sont aujourd'hui disposés à voir leur argent bloqué pendant une période de 6 ans (prorogeable d'une année) comme le prévoit ce nouveau véhicule d'investissement.

En revanche, les chefs d'entreprises constituent sans doute la meilleure cible pour investir dans ce fonds.

A condition toutefois de se poser les bonnes questions sur l'identité et la qualité des entreprises en portefeuille. Et, surtout, d'obtenir les réponses appropriées de la part du ou des gestionnaires du fonds.

Un manque de transparence

Et c'est justement sur ce point que le bât blesse. Ce nouveau produit d'investissement est en effet un fonds de fonds. En clair, l'épargnant achète des parts de ce fonds, ce qui lui permet de placer son argent dans plus de 1500 entreprises issues de secteurs d'activités très variés et très diversifiés. Reste qu'à ce jour, l'identité des 1500 entreprises n'a pas été dévoilée. Bien malin donc celui qui pourra dire en toute transparence dans quoi est placé son épargne.

En outre, l'épargnant n'entrera pas directement au capital de ces sociétés ! Son argent sera en effet placé dans des fonds partenaires de Bpifrance qui, eux, prennent directement des participations dans ces entreprises. Au total, ce fonds de fonds est composé de 145 autres fonds. Autant d'éléments qui ajoutent donc de la complexité à ce nouveau véhicule d'investissement, en particulier pour un épargnant non averti.

Enfin, l'investisseur va placer son épargne dans un fonds dont une large partie du portefeuille a été constituée entre 2005 et 2016. Qui peut donc dire quel est l'état de santé de ces entreprises ? Les sociétés en portefeuille n'ont-elles pas subi de plein fouet la crise de la Covid-19, au point d'être au bord de la faillite ? L'épargnant a donc tout intérêt à être particulièrement vigilant avant de souscrire à ce produit d'investissement qui, clairement, gagnerait à être plus transparent.

Pire, alors que son objectif est de financer nos PME françaises, ce fonds risque de passer à côté de son ambition. Et pour cause : investir dans un fonds de fonds revient en effet à racheter des titres et en aucun cas à apporter de l'argent frais à des entreprises en manque de fonds propres. De fait, l'argent collecté par les 145 fonds qui composent ce nouveau produit d'investissement a déjà été déployé auprès des entreprises cibles ! Ce véhicule d'investissement ne permettra donc pas réellement de soutenir nos entreprises hexagonales.

Si le lancement de ce produit d'investissement part d'un bon sentiment, et si vouloir démocratiser le capital-investissement auprès du grand public est une démarche fort louable, force est malheureusement de constater que ce fonds pâtit de trop nombreux écueils pour réellement atteindre son objectif de financement de notre économie.


Pour en savoir plus

Benjamin Spivac, a rejoint Amplegest en juillet 2016 en qualité d'ingénieur patrimonial associé. Précédemment il était à la Société Générale Private Banking où il a occupé successivement les postes d'ingénieur patrimonial et financier, puis de directeur commercial immobilier et, enfin, d'ingénieur patrimonial à la direction du développement commercial.


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