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DossierComment gérer les finances d'une PME ?

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4 - Gestion des finances dans une PME : décrypter ses comptes

Les comptes annuels, qui servent notamment à l'établissement de la liasse fiscale, sont le reflet exact de l'activité de votre entreprise. Le bilan est une photographie du patrimoine à une date précise. A l'actif, je possède, au passif, je dois !

Le haut du bilan, notamment, fait état des capitaux propres, qui témoignent du niveau d'autonomie financière de l'entreprise. Le compte de résultat mesure, lui, l'activité d'une année. Il ne permet pas d'analyser la composition du résultat au-delà du simple constat du niveau de l'exploitation (égal à la différence entre les produits et les charges) et de la situation financière (c'est-à-dire les charges financières moins les produits financiers). Il n'a de sens que s'il est mis en perspective avec les résultats précédents (sur les trois dernières années, par exemple).

Une façon dynamique d'en tirer des enseignements parlants sur la santé financière de votre entreprise est de calculer des soldes intermédiaires de gestion. En général, l'expert-comptable se charge de les présenter.

Les principaux indicateurs du compte de résultat

On distingue la marge commerciale, la valeur ajoutée (VA), l'excédent brut d'exploitation (EBE) et la capacité d'autofinancement.

  • La marge commercialeest la différence entre le montant des ventes et leur coût d'achat. A ce titre, elle est l'indicateur privilégié des entreprises de négoce. Elle varie en fonction des prix d'achat. Avec la crise, dans certains secteurs, le chiffre d'affaires diminue. Par conséquent, l'entreprise a tendance, pour maintenir son activité, à abaisser sa marge.
  • La valeur ajoutée (VA) exprime la création de valeur. Elle est produite par l'entreprise avec le concours de ses salariés. Il faut donc la comparer avec les frais liés à la masse salariale pour avoir une idée de la productivité de votre organisation. Par exemple, si en employant davantage de salariés, vous n'augmentez que faiblement votre valeur ajoutée, vous perdez en rentabilité. Son niveau permet également de mieux répartir les richesses, et notamment les dividendes, entre vos actionnaires.
  • L'excédent brut d'exploitation (EBE) est le nerf de la guerre. Il représente ce qui reste en caisse après avoir payé les salariés. Il se calcule en additionnant la valeur ajoutée et les subventions d'exploitation et en soustrayant les impôts et taxes, les salaires et traitements, et les charges sociales. C'est un indicateur-clé de performance, à suivre mensuellement.
  • La capacité d'autofinancement (CAF) porte bien son nom : c'est la capacité qu'a l'entreprise de générer des fonds pour autofinancer ses investissements. Elle inclut le résultat net de l'entreprise, mais aussi la dotation de l'exercice aux amortissements et aux provisions (ces deux derniers éléments ne donnant pas lieu à des sorties immédiates de trésorerie). La capacité d'autofinancement est ainsi une sorte d'épargne pour le développement de l'entreprise.
Avis d'expert
Agnès Bricard, vice-présidente du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables


"Lecture des comptes annuels : priorité au bilan E par rapport au compte de résultat"

Les comptes annuels (bilan, compte de résultat et annexe) sont établis principalement pour les banquiers (qui financent l'entreprise par des concours bancaires à court terme ou des emprunts à long terme), les assureurs-crédit (pour la notation), l'Etat et les organismes sociaux (en vue d'un étalement des dettes), les fournisseurs (dans la perspective d'une obtention de crédit), les clients (qui ont besoin de savoir que les produits et les services sont pérennes), les salariés (dans le cadre du droit à l'information, notamment pour les comités d'entreprise). "Finalement, explique Agnès Bricard, vice-présidente du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, les comptes annuels servent à apprécier l'équilibre financier de l'entreprise. Ses partenaires comparent les capitaux propres et les capitaux emprunts à moyen et long termes (emprunts supérieur à un an), inscrits au passif du bilan aux immobilisations nettes." L'expert-comptable insiste : "Tous les banquiers souhaitent que ce solde, qui correspond au fonds de roulement, soit positif, afin que l'entreprise dispose de capacité de financement." Dans le cas contraire, et selon ses besoins en financement à court terme, plusieurs solutions existent: "Le renforcement des fonds propres et/ou la consolidation avec un crédita moyen terme via la garantie Oséo". Dans tous les cas, "les banquiers regardent d'abord la situation financière de l'entreprise à travers son bilan, avant de regarder la rentabilité du compte de résultat", précise l'expert-comptable.

Les enseignements du bilan

Une fois que l'activité annuelle a bien été expliquée, vous pouvez en vérifier les conséquences sur le bilan. Elle vous renseigne notamment sur les capacités d'autofinancement de l'entreprise. Pour connaître la solvabilité financière, il suffit de calculer un ratio en divisant le montant des capitaux propres par le total de l'endettement.

Pour zoomer sur la solvabilité à court terme, vous pouvez analyser les éléments du bilan liés au cycle d'exploitation, en divisant les achats circulants moins les stocks par la dette hors emprunt. Cette partie du bilan est particulièrement éloquente. Elle vous permet, entre autres, de comprendre pourquoi le résultat affiché n'est pas présent en trésorerie.

L'analyse du compte clients permet ainsi de calculer le délai de crédit client effectivement accordé : le rapport entre la créance client et le chiffre d'affaires TTC, multiplié par 360 jours, révèle le nombre de jours durant lequel le chiffre d'affaires est à l'extérieur au lieu d'être encaissé.

Faudra-t-il le réduire ? Sans doute, surtout s'il dépasse le délai moyen de paiement. En 2008, les délais de paiements " client " des PME (20 à 249 salariés) s'établissent à 61 jours, selon le rapport annuel 2009 de l'Observatoire des délais de paiement de la Banque de France.

De la même façon, vous devez vérifier votre encours fournisseurs. Peut-être réglez-vous vos factures trop rapidement ? Comment financez-vous vos investissements ? Le bilan permet de répondre à ces questions et donc d'expliciter le décalage constaté entre le résultat et la trésorerie. Décalage qui, d'ailleurs, n'est pas forcément le signe d'une mauvaise passe. Il se peut que votre besoin en fonds de roulement (BFR) ait progressé à cause des créances clients et des achats, ou diminué parce que vous avez autofinancé l'achat d'une machine.

L'importance du tableau de bord

Quoi qu'il en soit, il serait dangereux, pour la pérennité de votre entreprise, d'attendre la publication des comptes annuels pour vous faire une idée de sa santé. Vous avez intérêt à mettre en place un tableau de bord pour suivre quelques indicateurs mois par mois. Comme lorsque vous êtes au volant de votre voiture, les "clignotants" du tableau de bord vous alertent en cas de souci. Votre système comptable est une source inépuisable d'indicateurs pertinents.

Sans vous laisser accaparer par le suivi hebdomadaire de vos ratios financiers, vous avez intérêt à adopter une cadence trimestrielle pour l'analyse fine de la rentabilité de votre entreprise. C'est un bon rythme pour surveiller votre marge brute, votre valeur ajoutée, votre résultat d'exploitation, votre résultat net et votre capacité d'autofinancement.

Enfin, si vous avez contracté des emprunts, vous avez intérêt à surveiller régulièrement votre niveau d'endettement et à le comparer aux fonds propres. La cote d'alerte est atteinte quand le premier égale ou dépasse les seconds. Disposer d'un " clignotant " vous permettra de prendre les mesures nécessaires au bon moment.

Témoignage
Pierre Tisseau, président de Rénoval


"Vital, le tableau de bord doit refléter la réalité de l'activité"

Pour piloter son entreprise, Pierre Tisseau aime s'affranchir des données purement comptables pour prendre le véritable pouls de son activité. "J'ai besoin d'indicateurs concrets qui me permettent d'agir si besoin", explique-t-il. Ainsi, le dirigeant observe les prises de commande "car elles ont une incidence directe sur le besoin en main-d'oeuvre", sachant que le règlement d'une commande n'est effectif que six mois plus tard. Ou encore le taux de remise accordé par les commerciaux qui pèse sur la marge. "Un tableau de bord n'est pas gravé dans le marbre, mais il évolue au fil de l'eau ; certains indicateurs apparaissent, d'autres disparaissent", précise le dirigeant. Par exemple, après avoir consenti de gros investissements matériels, le président de Rénoval a suivi le taux de productivité pour vérifier le retour sur investissement puis, une fois son objectif atteint, il l'a supprimé. "Pour être efficace, cet outil doit tenir sur une feuille A4 et être analysé chaque mois", explique Pierre Tisseau. D'ailleurs, ses collaborateurs - directeur commercial, directeur financier, directeur technique et directeur général - travaillent tous avec un tableau de bord spécifique à leur service.

RENOVAL
Activité : Fabrication de vérandas
Ville : Yzernay (Maine-et-Loire)
Forme juridique : SAS
Dirigeant : Pierre Tisseau, 37 ans
Année de création : 1983
Effectif : 140 salariés
CA 2009 : 23 M €

Pour aller plus loin:

- Faites "parler" vos comptes

- Augmentez votre rentabilité en maîtrisant votre marge de production

Chef d'Entreprise Magazine

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