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Quentin Sannié, CEO de Devialet : "Les hommes politiques ne comprennent pas l'entrepreneuriat"

Publié par Julien van der Feer le

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Devialet grandit à vitesse grand V. Arrivez-vous à garder un esprit start-up ?

Il faut avoir le sentiment de ne pas être arrivé. Personnellement, je ne pense pas avoir fait un succès. J'ai l'impression que nous sommes toujours en route et que le plus dur reste à venir. Nous devons rester agiles car nous sommes fragiles. Il faut comprendre qu'avec nos niveaux de croissance, si nous ne changeons pas de métier tous les trois mois, c'est que quelque chose ne va pas bien. Le jour où vous vous dites "ça marche bien en ce moment", il faut que l'ampoule "alerte rouge" s'allume immédiatement.

Pourquoi ?

Vous ne pouvez pas vous permettre de gérer une entreprise qui fait 10 millions de chiffre d'affaires comme une entreprise qui fait 60 millions. Tout comme vous ne pouvez pas avoir les mêmes process de recrutement, de financement, de transmission de l'information quand vous recrutez dix personnes par an ou cent personnes par an. C'est évident. Tout ce que nous mettons en place aujourd'hui, nous le faisons en ayant en tête la taille que fera l'entreprise dans neuf mois. Pour être clair, les process que nous développons sont prévus pour une entreprise qui fait 1 milliard de CA. Et ça, c'est forcément inconfortable.

"Il faut raisonner de façon libre"

Comment embarquez-vous vos équipes dans un projet aussi ambitieux ?

Il faut des personnes joyeuses, courageuses, enthousiastes, talentueuses et pleines d'énergie. Le recrutement est crucial, tout comme notre comité de direction. Mes associés sont incroyables. C'est aussi beaucoup de dialogue et de partage.

Quel regard portez-vous sur vos concurrents ?

Pour vous répondre, je vais prendre l'exemple de la téléphonie mobile. Nokia, Sony Ericsson, Motorola, Philips, et j'en oublie, se sont regardés entre eux pendant des années. Et quand Apple est arrivé, ils ont été balayés. Aujourd'hui, 85 % de la valeur de ce marché appartiennent au groupe californien.

Dans un autre registre, Tesla vend 500 000 voitures qui n'existent pas en 15 jours. La disruption ne vient pas du secteur ! Si on doit être en alerte, il faut comprendre que la vision sectorielle est dépassée. Qui sont mes concurrents ? Certainement pas ceux auxquels les gens pensent. Il faut raisonner de façon libre, sans se faire plaquer des schémas mentaux à la con qui conduisent à des décisions stratégiques à la con ! Et qu'au final que tout le monde fasse la même chose.

Dans un autre registre, Vanity Fair vous a élu parmi les 50 Français les plus influents dans le monde...

Il faut prendre cela avec plaisir et légèreté. Si ce que nous faisons peut inspirer les gens, leur donner du courage et de l'envie, personnellement, ça me va. Mais je pense que Marcel Proust est bien plus influent que moi dans le monde et il n'était pas dans ce classement.

Quel est votre regard sur l'élection présidentielle ?

Depuis cinq ans, nous avons eu quelques hommes et femmes politiques qui comprenaient ce qu'est une entreprise. Je pense à Fleur Pellerin, François Fillon ou Emmanuel Macron. Et c'est l'une des premières fois. Jusqu'à présent, ni à droite ni à gauche nous n'avions été gâtés car, globalement, les hommes politiques ne comprennent pas l'entrepreneuriat. On a assimilé pendant des décennies les entrepreneurs aux patrons. Personnellement, je suis un entrepreneur. Je n'ai rien à voir avec un grand commis de l'État qui se retrouve à la tête d'une entreprise. Et si nos gouvernants pensent qu'une entreprise c'est le CAC 40, ils se trompent totalement.

C'est-à-dire ?

Un entrepreneur est passionné par son projet avant même de penser à l'argent. Bien sûr que le cadre fiscal compte, mais ce qui le motive avant tout, c'est son projet. Et il a besoin d'être reconnu pour ça. Je suis entrepreneur depuis que j'ai 22 ans. Longtemps, dans certains milieux, on m'a traité de salaud parce que j'étais patron. Mais de quoi parle-t-on ? Il faut dépasser la lutte des classes. Depuis quelques années, avec la French Tech notamment, on a dit aux entrepreneurs "ce que vous faites, c'est bien". Et heureusement. Si nous ne pouvons plus inventer notre vie, il nous reste quoi ?

On pointe du doigt ceux qui partent de la France, mais ce ne sont pas des entrepreneurs, ce sont des rentiers ! Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon ou Marc Simoncini, ils sont ici et se battent au quotidien. Un entrepreneur dort mal, il ne peut pas être serein car il a le poids de sa boîte sur les épaules. Naturellement, les médecins, les infirmières, les pompiers, les professeurs, et j'en passe, ont des responsabilités fortes et vivent des choses difficiles. Ce n'est pas mon propos. Mais les entrepreneurs sont là pour inventer un futur, pour faire grandir leurs équipes. Chez nous, il y a 250 personnes et j'espère qu'un bon nombre dispose d'opportunités uniques grâce à Devialet.

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