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Oprah Winfrey : entrepreneur atypique

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Oprah Winfrey : entrepreneur atypique

Dans son livre 'les Entrepreneurs atypiques', Sylvain Bersinger revient sur ces personnalités parties de rien et qui sont devenues des entrepreneurs à la tête d'un empire gigantesque comme Oprah Winfrey.

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Si elle est une célébrité aux Etats-Unis, Oprah Winfrey est moins connue en France. Cette petite fille de la campagne américaine, née dans une famille noire et pauvre du Mississippi, a dû franchir à peu près tous les obstacles que la vie puisse vous mettre en travers de la route. Elle est pourtant devenue sans conteste l'un des grands entrepreneurs de notre époque. Si beaucoup de femmes ont réussi dans les affaires, leur succès s'est souvent distingué dans des secteurs considérés comme " féminins " : la mode (Coco Chanel), la beauté (Helena Rubinstein, Estée Lauder), les cosmétiques (Madam C. J. Walker)... Oprah Winfrey, elle, s'est imposée dans un domaine où ni son sexe, ni sa couleur de peau ne lui donnaient a priori un avantage : la télévision et le divertissement.

Son aura dépasse même le monde de l'entreprise et il se murmure régulièrement (malgré ses démentis) qu' elle pourrait se lancer en politique, voire défier Donald Trump lors de la prochaine élection présidentielle...

Une enfance loin d'être tendre

L'enfance de la petite Oprah n'est franchement pas joyeuse. Il faudrait plutôt dire " l'enfance de la petite Orpah ", car c'est ainsi qu'elle a été prénommée en référence à un personnage biblique. Mais, comme tout le monde plaçait mal le " r ", elle a fini par changer son prénom en Oprah. Elle est née le 29 janvier 1954 à Kosciusko, une petite bourgade sans histoire du Mississippi. Sa mère, Vernita Lee, a dix-huit ans quand elle met au monde cette enfant non désirée (ses parents n'étaient pas mariés, sa mère est tombée enceinte par accident). Son père, Vernon Winfrey, a été tour à tour mineur, coiffeur, puis militaire au moment de sa naissance. Sa mère est parvenue à gagner sa vie comme domestique. Même si ses parents se sont séparés, ou plutôt n'ont jamais vraiment été ensemble, Oprah garde contact avec son père, ce qui est important pour la suite. Peu après sa naissance, sa mère part vers le nord, à Milwaukee dans le Wisconsin, à la recherche de conditions salariales plus favorables. La petite Oprah est laissée aux soins de sa grand-mère Hattie Mae Lee. C'est une femme pauvre qui l'élève à la dure à la campagne, n'hésitant pas à sortir la trique si la petite fille fait des bêtises. Ses robes sont taillées dans des sacs de pommes de terre, ce qui lui vaut les moqueries de ses petits camarades. Pourtant, dès son plus jeune âge, commencent à percer les prémices d'un talent qui l'aidera à bâtir sa réussite future. À l'église, lors des rares sorties où la conduit sa grand-mère, elle chante en public et fait preuve d'une aisance inattendue de la part d'une petite fille d'ordinaire solitaire et plutôt triste. Sa grand-mère, quoiqu'autoritaire, pousse la fillette à s'exprimer et lui donne confiance en elle. Enfant, elle s'amuse déjà à simuler des interviews avec ses poupées ou des oiseaux, comme une prémonition...

À six ans, elle part rejoindre sa mère à Milwaukee. Elles vivent à trois, avec sa demi-soeur, dans un minuscule appartement. Parfois, des oncles, cousins ou amis, tous sans le sou, viennent squatter l'unique chambre à coucher. Sa mère, qui fait des ménages du matin au soir pour nourrir ses enfants, est rarement à la maison. Oprah est victime d'abus sexuels, de neuf à quatorze ans, du fait de ses oncles et cousins, un traumatisme dont elle ne parlera que bien plus tard. À l'école, c'est une élève brillante. Elle obtient même une bourse pour intégrer une école réputée de la ville. Mais la jeune fille est psychologiquement instable et des problèmes de discipline entachent un parcours scolaire prometteur. Elle est marquée par sa pauvreté, dont elle ressent le poids vis-à-vis de ses camarades plus aisés, et surtout par les violences qu'elle a subies et qui la rendent difficile. À quatorze ans, Oprah tombe enceinte, probablement d'un camarade d'école. L'enfant meurt à la naissance. Jusqu'ici, sa vie a été une succession de malheurs et de drames, mais les choses s'améliorent légèrement quand, la même année, elle déménage chez son père à Nashville, dans le Tennessee.

Elle ne supporte plus de vivre chez sa mère, ce qui se comprend aisément, et celle-ci n'est pas fâchée d'avoir une bouche de moins à nourrir. Son père n'est pas un tendre, ni un gai luron. Autoritaire, il profite cependant de l'aide de sa fille dans son magasin. Il lui procure une certaine stabilité, dont elle avait besoin, et l'encourage dans ses études. Oprah doit lire un livre par semaine et en faire un résumé à son père.

Jeune adulte, Oprah reprend confiance en elle

La bonne élève qui sommeillait en elle se réveille et son bulletin scolaire devient un concert d'éloges. À la même époque, elle aiguise sa capacité à parler et apparaître en public lors de concours d'éloquence, de concours de Miss ou de " concours de popularité ", inconnus chez nous mais dont les Américains sont friands. Une victoire à un concours d'éloquence lui vaut même une bourse pour intégrer l'université d'État du Tennessee, où elle étudie la communication. Son avenir professionnel commence enfin à se dégager. Son style direct et franc attire l'attention d'une station de radio locale, la WVOL, une radio noire du Tennessee. Son directeur est subjugué par la voix d'Oprah, pleine d'énergie et de vitalité. On lui propose 100 dollars par semaine pour lire les informations tous les soirs, après les cours. Elle est enthousiaste mais son père, qui régente la vie de sa fille d'une main de fer, est plus sceptique. Il craint qu'un tel travail nuise à son assiduité aux études. Au bout de trois semaines, il finit par se laisser convaincre. Pour la première fois, Oprah est en direct, et c'est un succès. Encore modeste et local, mais qui trace définitivement sa voie. Le directeur de la radio lui suggère un jour de participer à un concours de beauté local. Elle est la seule noire parmi les candidates et, à la surprise générale (y compris la sienne), elle gagne. Les caméras de la télévision régionale immortalisent sa victoire et, pour sa première apparition télévisée, elle crève l'écran. Attirer l'attention de l'objectif lui est naturel, son attitude convient parfaitement devant la caméra et, surtout, elle aime se montrer. Incontestablement, elle possède un don de présentatrice de télévision, comme d'autres sont spontanément doués pour le calcul mental ou le marathon. C'est une période studieuse, entre les cours et la présentation du journal radio le soir. Elle ne participe pas aux mouvements civiques qui agitent le campus. Plus tard, elle s'engagera dans des causes sociales et politiques, mais pour l'instant, elle se concentre sur sa réussite personnelle. Et justement, une nouvelle opportunité ne tarde pas à se présenter. Comme elle s'est fait connaître dans le petit monde des médias de Nashville, WLAC-TV, la télévision locale, propose de l'embaucher à plein temps. Elle hésite à arrêter ses études, mais saute le pas quand un professeur lui dit que ses doutes font d'elle " la personne la plus stupide qu'il ait jamais vue ". À seulement dix-neuf ans, elle devient la première femme- et a fortiori la première femme noire - à présenter le journal télévisé à Nashville. Elle gagne désormais 15 000 dollars par an, un salaire tout à fait honnête (plus du double en dollars d'aujourd'hui). Elle ne reste que trois ans à ce poste. Malgré la petite renommée qu'elle a acquise dans la région grâce à son style incisif, elle rêve plus grand. Elle en a assez d'habiter chez son père et de rester dans une ville qui demeure, tout de même, assez provinciale. En 1976, elle décroche un nouveau poste et part pour Baltimore, où elle présente désormais le journal sur la chaîne locale WJZ-TV. Ses débuts sont une nouvelle fois prometteurs, mais son look afro-américain et son style passionné pour traiter l'actualité ne plaisent pas à sa hiérarchie. La voilà reléguée quelque temps à présenter des émissions sans intérêt. Par exemple, Dialing for dollars, une émission que l'on peut qualifier assez sommairement de débile. Cette relative traversée du désert ne dure pas.

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Céline Tridon,<br/>rédactrice en chef Céline Tridon,
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