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[Tribune] Quand l'hybridation nécessite de repenser l'éducation

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[Tribune] Quand l'hybridation nécessite de repenser l'éducation

L'arrivée de nouveaux métiers nécessite de repenser en profondeur les cursus et les process de l'enseignement supérieur français. C'est ce qu'explique Jean-Baptiste Vallet, fondateur de Digital Business School.

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Des millions d'emplois seront créés ou détruits par les changements technologiques au cours de la prochaine décennie. Pourtant, la tendance la plus profonde - et sous-estimée - sur le marché du travail actuel est de savoir comment la technologie transforme des emplois en "emplois hybrides".

Par "hybrides", on entend des emplois combinant des compétences qui n'existaient pas auparavant dans le même travail, telles que le marketing et l'analyse statistique, ou encore le design et la programmation. Ainsi, un quart du total des professions de l'économie américaine montrent de forts signes d'hybridation. Certains de ces emplois sont nouveaux, certains sont de nouvelles versions des emplois existants, mais ils représentent tous des défis pour les travailleurs, les étudiants, les employeurs et les éducateurs.

Ces nouveaux jobs nécessitent des profils capables de s'adapter, notamment aux nouvelles technologies et aux méthodes qui vont avec. Qui dit adaptation dit formation. Et c'est là que le bât blesse. Notamment dans notre enseignement supérieur.

C'est le problème de l'obsolescence de la connaissance, et sa correspondance avec les besoins identifiés sur le marché du travail. L'étudiant apprend à un moment M des connaissances qui ne seront plus totalement actuelles au moment T de son arrivée en entreprise.

De fait, il est nécessaire de réformer le système éducatif vers un modèle d'écoles/université capables de proposer une formation constamment alignée sur les demandes du marché. Or, la mise à jour des connaissances transmises dans l'enseignement supérieur est lente. C'est un problème systémique. Comment le résoudre ?

1. Proposer des parcours d'apprentissage non cloisonnés

Aujourd'hui, les programmes d'apprentissage sont encore très cloisonnés. Si vous êtes étudiant en biologie, vous ne pourrez ni apprendre ni utiliser les connaissances d'autres domaines, par exemple le marketing, pour proposer des solutions à la problématique de votre future entreprise.

Comme le pense Joseph E. Aoun, président de la NorthEastern University de Boston, il est pourtant beaucoup plus enrichissant de fonder l'apprentissage sur une problématique plutôt que sur un domaine défini, car c'est ainsi que les étudiants vont être confrontés à différents types de situations dans le monde réel.

Avoir accès à un type particulier de connaissances n'est plus un problème, les connaissances sont disponibles presque gratuitement, à tout moment, n'importe où. Il s'agit donc d'utiliser différentes sortes de connaissances pour résoudre des problèmes.

La Finlande est un bon exemple de transformation structurelle et pédagogique d'une éducation cloisonnée à une éducation hybride. Dès leur plus jeune âge, les étudiants n'apprennent pas de matière, ne suivent pas de cours, mais participent à des projets autour de thématiques et problématiques différentes.

2. Créer une culture de la croissance

Comme l'écrit la pédagogue Jennifer Gonzalez, "l'une des meilleures choses que nous puissions faire pour les étudiants consiste à les aider à développer un état de growth mindset, à savoir qu'ils peuvent devenir plus intelligents grâce aux efforts produits."

Le growth mindset est l'idée que le cerveau a la capacité de changer tout au long de la vie. Déjà très populaire dans la communauté des entrepreneurs par le biais d'expressions comme "chaque erreur est une opportunité d'apprendre", elle est encore peu appliquée à l'enseignement supérieur. Enseigner aux élèves une mentalité de croissance peut avoir des effets positifs sur eux en termes de méthodologie, d'engagement et de rétention.

3. Proposer plus de modèles de classes d'innovation

Les cours d'innovation aident les étudiants à s'engager davantage dans le processus d'apprentissage. Parce qu'ils permettent de sa familiariser avec des outils technologiques et de nouvelles pratiques pour atteindre leurs objectifs, parce que le mode projet permet de travailler ensemble et de gérer des objectifs, enfin parce qu'il nourrit la curiosité et l'autonomie.

4. Hacker l'institution

Les établissements peuvent modifier leurs propres processus et organisation internes pour améliorer constamment leurs programmes d'apprentissage et faire correspondre parfaitement les connaissances acquises par leurs étudiants aux besoins actuels et futurs du marché.

Cela signifie la mise en place d'équipes d'administrateurs, telles qu'une "growth team", capable d'évaluer le marché et les innovations et d'adapter les programmes d'apprentissage en conséquence. Cela implique également de former ses professeurs et ses administrateurs pour qu'ils acquièrent les compétences nécessaires afin d'aider les étudiants à évoluer et à apprendre rapidement. En intégrant des learning designers dans les universités, en formant professeurs et administrateurs des institutions aux nouvelles technologies.

Pour reprendre Joseph E. Aoun, "face aux nouveaux emplois qui se font de plus en plus hybrides, les programmes d'études doivent également s'hybrider." Reste plus qu'à le faire donc.

Bio

Diplômé de SciencesPo et de l'ESCP, Jean-Baptiste Vallet a travaillé pour la DG de Lagardère Active avant de rejoindre le conseil en stratégie chez Deloitte Consulting. Il est spécialisé en stratégie digitale. Créateur de l'agence mobile Système Polaire, créateur du Vivaki Institute pour Publicis Group, il est consultant spécialisé pour de grands comptes (Bpifrance, Caisse des Dépôts,...).

Jean-Baptiste Vallet a fondé DBS - Digital Business School, une école spécialisée dans la transformation digitale. Il est intervenant à la NetMedia Academy, et auteur de deux livres : Commerce Connecté (ed. Eyrolles) et Le Génie Français n'est pas mort (ed. Cherche Midi).

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