[Tribune] Aller au bureau, pour quoi faire ?

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[Tribune] Aller au bureau, pour quoi faire ?
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La période de confinement a permis d'expérimenter le télétravail à grande échelle. L'expérience a séduit, les préjugés sont tombés et les Français en redemandent. Au point de questionner l'usage des bureaux, qui devront se réinventer pour réussir à faire revenir tout le monde au bercail.

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Plus de 5 millions d'actifs ont pratiqué le télétravail forcé durant plus de deux mois. Ce qui s'annonçait comme une réponse incertaine et transitoire à la crise sanitaire, s'est imposé dans le coeur des Français. Selon une enquête réalisée par Malakoff Humanis, 73% des collaborateurs souhaitent poursuivre le télétravail de manière régulière (32%) ou ponctuelle (41%), bien au-delà du confinement. De quoi soulager les entreprises, noyées sous les contraintes sanitaires et organisationnelles qui interdisent un retour massif au bureau dans les prochains mois. Mais aussi de quoi poser les bases d'une réflexion à plus long terme : quel avenir pour des bureaux que la distanciation sociale a déshumanisés, et que les salariés se plaisent à esquiver ?

Il y a une chose que l'on peut reconnaître à toute crise : c'est toujours un accélérateur de tendances. Même quand le futur est incertain, comme c'est le cas aujourd'hui, elle pose les bases de ce que l'homme ne veut plus, et nomme les choses auxquelles il aspire. La crise du Covid n'échappe pas à la règle. Elle a renforcé notre besoin de sens et de lien social, en même temps qu'elle est venue fragmenter l'espace et le temps. Le télétravail forcé a trouvé ses fidèles et vient déjà poser la question des modèles de demain, tant dans notre façon de travailler que dans celle d'occuper des locaux qui devront revêtir de nouvelles fonctions.

La crise sanitaire réinterroge nos modes de travail

Le confinement a été la preuve manifeste de l'incroyable résilience de l'Homme, de sa capacité à adopter rapidement de nouveaux usages et de nouveaux outils et à tenir la barre, même à l'isolement. Il a fait tomber aussi les préjugés peu flatteurs qui entouraient le télétravail ; paravent, disait-on, d'une certaine forme de paresse. 73% de ceux qui l'ont découvert ces derniers mois déclarent vouloir prolonger la pratique une fois la crise passée. Et ce, malgré les difficultés qu'il peut représenter, tant pour équilibrer vie professionnelle et vie privée, que pour entretenir le lien.

Le télétravail va dans le sens de l'Histoire

Les organisations devront apprendre à gérer l'engouement actuel qui se marie si bien avec la distanciation sociale imposée. Il ne s'agit pas de tomber dans le " Tous chez soi ", cela n'aurait pas de sens. Cela serait même dangereux. L'entreprise y perdrait sa chair et son âme. Mais cela va définitivement dans le sens de l'Histoire. Le télétravail deviendra demain une évidence hebdomadaire pour 10 millions de Français (contre 4 millions de télétravailleurs occasionnels avant la crise). Le désir est là, tout comme la menace d'un rapprochement, qui ne s'est pas encore éteinte.

Ce simple constat vient brutalement bouleverser les paradigmes : il n'est plus question de se demander comment mieux travailler au bureau, mais plutôt de s'interroger sur ce qu'on va bien pouvoir y faire ! En clair : qu'est-ce qui va pousser les gens à s'y rendre alors qu'ils opèrent très bien depuis chez eux, et sont parfois même plus efficaces, plus concentrés et plus heureux ? C'est inattendu, et presque vertigineux par certains aspects, mais demain, les entreprises devront créer de bonnes raisons de faire venir leurs collaborateurs au bureau.

Le bureau, un lieu où l'on s'engage

C'est l'un des effets secondaires du Covid : l'immobilier d'entreprise va devoir se réinventer. D'abord, pour respecter les protocoles sanitaires : on assassine le flex-office, on armure de plexiglas les open spaces. Ensuite, pour écouter le coeur des hommes. Car demain, le bureau deviendra un lieu choisi. Il ne sera plus le lieu où l'on travaille, mais celui où l'on s'engage : un espace de créativité collective, d'excellence humaine. Il sera aussi, pour les organisations, une terre d'incarnation, où le sentiment d'appartenance se diffuse, où la culture d'entreprise se déploie, où la raison d'être se réaffirme.

A l'heure de la spécialisation du temps, il deviendra une sorte de flagship, à la fois berceau du collectif et théâtre d'ateliers solidaires, d'actes managériaux, de temps d'échanges conviviaux qui permettent de créer des relations de qualité. C'est là, que les chefs d'entreprise devront combattre la tentation du repli sur soi, et que les managers devront éprouver leur savoir-faire au service de la cohésion et de la préservation du lien.

Évidemment, cette mutation ne va pas s'opérer du jour au lendemain. Elle sera progressive, parfois silencieuse, et elle exige, dès à présent, de repenser la fonctionnalité et l'usage des offices, en insistant sur leur modularité et leur réversibilité. L'heure est aux espaces agiles et reconfigurables, où le digital prend toute sa place et laisse pénétrer des outils vocaux, sans contact, ou même des portes automatiques. Des lieux protecteurs, pensés pour avoir une deuxième voire une troisième vie ; et finalement, un outil influent, haut lieu du culturel et de la raison d'être, au service de la création de valeur économique et sociale de l'entreprise.

Pour en savoir plus

Elsa Cuisinier, directrice générale de Colombus Consulting et fondatrice de Backstage 360

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