Création d'entreprise : quel accès au financement après le confinement ?

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Création d'entreprise : quel accès au financement après le confinement ?

Avec la crise du Covid-19, l'écosytème du financement professionnel s'est largement mobilisé pour soutenir les entreprises existantes. Mais côté création d'entreprise, comment s'est comporté le marché de l'accès au financement des entrepreneurs ? Quelles sont aujourd'hui les perspectives ?

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La création d'entreprise a connu un fort ralentissement à cause de la crise sanitaire. Les chiffres de la BPI montrent une chute de 49 % en avril et de 23,6 % en mai du nombre d'entreprises créées, en comparaison à l'année passée. Une baisse importante, mais pour autant, le secteur n'a pas connu un coup d'arrêt complet. Les banques ont continué à maintenir le marché en fonctionnement en répondant aux besoins de financement des porteurs de projet, dans des conditions globalement conformes à l'avant-crise.

Les banquiers ont continué à oeuvrer pour garantir l'accès au financement des entrepreneurs

Les banquiers ont connu une situation totalement inédite. La distribution des Prêts Garantis par l'Etat (PGE) pour maintenir les entreprises en vie ont mobilisé l'ensemble de leurs forces vives, avec le déploiement d'une énergie colossale. Pendant presque deux mois, le PGE a été distribué de manière industrielle par les banques, avec une adaptation de leur part quasi immédiate à la situation.

Dès lors, comment les banques se sont-elles comportées concernant l'octroi de financement pour la création et la reprise d'entreprise ? Les attitudes ont été différentes en fonction des réseaux bancaires. Certaines banques ont communiqué sur un retrait total du marché le temps qu'il faudra ; d'autres - de l'ordre de 50% - ont indiqué qu'elles ne fermeraient pas les portes mais que les délais seraient rallongés, d'autres encore moins nombreuses ont continué normalement. A fin mai, l'ensemble des banques réouvrait la prescription avec une volonté forte de capter de nouveaux clients.

Côté entrepreneurs, certains ont naturellement repoussé leurs projets du fait de la crise, et d'autres, minoritaires, ont souhaité y mettre fin. Mais tous les dossiers bien construits, qui ont demandé jusqu'à 3 à 6 mois de préparation, eux, ne se sont pas arrêtés du fait de la crise sanitaire et ont été présentés en banque.

La dématérialisation s'est imposée durablement au sein du secteur bancaire

Pour traiter ces demandes, les banquiers ont dû faire preuve d'une grande capacité d'adaptation dans leurs façons de travailler. Confinement oblige, ils étaient dans l'impossibilité de rencontrer physiquement les porteurs de projet. La dématérialisation et le traitement de dossiers à distance se sont donc imposés : visioconférence, signature électronique et autres pratiques perçues comme " révolutionnaires " pour le secteur bancaire. De la prescription professionnelle qui reçoit les dossiers de demande de financement au chargé d'affaires qui l'étudie et à la cellule risque qui décide, tous se sont adaptés en quelques jours aux contraintes de la crise.

Parallèlement, les experts comptables ont également fait preuve de flexibilité et de réactivité pour répondre aux demandes des entrepreneurs et leur permettre d'envoyer leur dossier en banque, en dépit du contexte.

Le résultat de cette mobilisation est que les porteurs de projet ont vu leur dossier validé avec les mêmes taux d'acception qu'avant la crise. En dehors de délais de réponse un peu rallongés (de 3 semaines en moyenne), les financeurs ont continué à soutenir les entrepreneurs et à donner vie à de nouveaux projets d'entreprise.

La sortie de crise : des opportunités nouvelles pour les porteurs de projet !

Courant mai, la reprise s'amorçait déjà avec une reprise du nombre de création d'entreprises relevé par la BPI. A la mi-juin, nous voyons un retour à la normal également sur les temps de traitement. Toutes les banques qui avaient fermé la prescription ont aujourd'hui ouvert à nouveau les portes.

D'une façon générale, la période est plutôt propice aux porteurs de projet. La reprise incite les banques à rattraper leur retard et à rentrer de nouveaux clients professionnels en portefeuille. La concurrence entre établissements du fait d'une volumétrie moindre peut donc jouer en faveur des entrepreneurs avec l'obtention de conditions tarifaires similaires à l'avant crise, à condition toutefois qu'ils présentent des dossiers de qualité et sans points faibles.

En cette période de sortie de crise, le porteur de projet devra veiller à bien valider les points suivants :

- le montant de l'apport personnel. Un apport trop faible sera considéré comme un point bloquant pour les banques. Toutefois des solutions existent pour augmenter la part de fonds propres dans un dossier de financement, en faisant appel aux financements structurants.

Ces financements peuvent permettre de sortir certains postes du crédit bancaire et de le diminuer d'autant. C'est le cas des solutions de leasing qui peuvent financer des biens tangibles : outillage professionnel, biens d'équipement professionnels, véhicules...

- le niveau du prévisionnel : les dossiers présentés dans les domaines très impactés par la crise (hôtellerie, restauration...) vont être regardés avec un oeil attentif par les banquiers. Le porteur de projet a intérêt à bien indiquer sur son dossier qu'il a pris en compte les effets des gestes barrière dans son prévisionnel. Une dégradation d'environ 20% du chiffre d'affaires de la première année (jusqu'en septembre 2021) doit être intégrée.

- et plus globalement, les trois piliers essentiels d'un projet que sont l'expérience du porteur, le niveau d'apport et l'emplacement.

Si le confinement a bousculé le marché du financement professionnel côté porteurs de projet et financeurs, elle a généré de nouvelles habitudes de travail au sein de l'écosystème.

Pour en savoir plus

Eric Allaire est co-fondateur et président du groupe pretpro.fr, réseau national d'experts indépendants en solutions de financement professionnel.

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