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[Tribune] Automatisation toutes !

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© Jakub Jirsk - Fotolia

Les start-up spécialisées en Intelligence Artificielle fleurissent. Demain, leur production transformera profondément l'emploi dans les sociétés de marché telles qu'on les connait aujourd'hui. Un choc profond est à venir. Qui va le plus y perdre ?

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Tout le monde en parle et elle s'impose de plus en plus dans notre quotidien. L'intelligence artificielle (IA) est en train de changer le monde (au moins le monde occidental). Selon PwC, elle contribuera à hauteur de 15700 milliards de dollars à l'économie mondiale en 2030, permettant à la fois d'accroitre la productivité des entreprises et d'augmenter la consommation des ménages par un ciblage plus précis des besoins et des désirs des consommateurs pris dans leur individualité.

Bref, on annonce des records de croissance pour les pays de tête : Chine, USA et pays européens. Ce qu'on omet, c'est que l'arrivée de l'intelligence artificielle - à l'instar de ce qu'en pense Yuval Harari ou Stephen Hawkins - va créer une dichotomie dans le genre humain, entre les "Haves" et les "Have nots". Entre ceux qui ont et qui maitrisent... la technologie, l'argent, le savoir et qui peuvent l'exploiter, et les autres, ceux qui les subissent et qui n'auront que peu de moyens de s'adapter à ce nouveau monde.

Par ailleurs, ces prévisions de croissance ne répondent pas à deux questions :

1. Quand peut arriver ce choc ?

2. Qui va-t-il impacter le plus ?

Aujourd'hui, on n'en est qu'aux balbutiements de l'intelligence artificielle. On est juste en train de développer des supercalculateurs quantiques qui, demain, vont créer une vraie différence sur la rapidité de calcul d'informations rapportée à l'énergie dépensée pour y arriver.

Par ailleurs, les machines ne sont qu'au début de leur capacité d'apprentissage. Même si cela va de plus en plus vite. On en jugera pour preuve la machine de Google AlphaGo Zero a battu en 3 jours la machine précédente de Google sur le jeu de Go. Notre monde de 2018 est donc mu par une intelligence artificielle faible, sans capacité de fonctionner en autonomie.

Mais en 2022-25, quand les superordinateurs seront opérationnels, quand le deep learning aura consolidé l'intelligence de la machine, quand les outils connectés nous entoureront et que la machine pourra configurer par sa puissance de calcul notre monde, quand on aura maximisé la dépense d'énergie de la machine pour produire de l'intelligence à grande échelle, alors nous basculerons dans ce nouveau monde.

Quel impact sur les métiers?

D'ici là, des métiers se feront plus ou moins automatiser. Des métiers sont plus exposés que d'autres.

Tous les métiers autour de la logistique : métiers d'entreposage, métiers de transporteurs, métiers de la fabrication de produit... vont, selon le cabinet McKinsey, connaître une automatisation de l'ordre de 60% de leurs tâches. Pareil pour les agriculteurs. Pour les métiers d'extraction minière, pour le commerce de détail, 50% des tâches vont être automatisées. 45% des tâches dans la construction et de l'entretien des services publics (eau, gaz, électricité, routes) vont se faire remplacer par des robots.

La finance ne sera pas elle non plus en reste avec 43% des tâches qui seront effectuées par des machines. Les métiers les moins impactés ? L'éducation, les services aux entreprises, les métiers du service à la personne et de la santé. Mais même dans ces métiers-là, il y aura un impact de l'intelligence artificielle. Ainsi, un avocat ou un comptable pourront se faire supplanter par l'intelligence de la machine qui ira chercher dans une gigantesque base de données des informations qui leur permettront de répondre à un cas spécifique ou d'auto-générer un document.

Bref, l'arrivée de l'intelligence artificielle n'est pas une péripétie de la Troisième Révolution Industrielle. C'est LA Troisième Révolution Industrielle, avec à la clé une redéfinition de ce que doit être la place de l'homo economicus au sein de ce qui va être une nouvelle société.

Bio

Diplômé de SciencesPo et de l'ESCP, Jean-Baptiste Vallet a travaillé pour la DG de Lagardère Active avant de rejoindre le conseil en stratégie chez Deloitte Consulting. Il est spécialisé en stratégie digitale. Créateur de l'agence mobile Système Polaire, créateur du Vivaki Institute pour Publicis Group, il est depuis 2012 consultant spécialisé pour de grands comptes (Bpifrance, Caisse des Dépôts,...).

En plus de son activité de consulting, Jean-Baptiste Vallet a fondé Digital Business School, une école spécialisée dans la transformation digitale. Il est professeur en stratégie digitale, en France et aux États-Unis, et auteur de deux livres : Commerce Connecté (ed. Eyrolles) et Le Génie Français n'est pas mort (ed. Cherche Midi).

Jean-Baptiste Vallet, fondateur de Digital Business School

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