[Tribune] La mort du salariat prévu dans un proche avenir

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[Tribune] La mort du salariat prévu dans un proche avenir
© © Edouard Jacquinet

Le salariat serait-il en train de vivre ses dernières heures ? De nombreux médias et professionnels en sont convaincus. Sous l'effet de la digitalisation, les employeurs comme la main-d'oeuvre s'adonneraient à une globalisation décomplexée, menaçant ainsi le travail traditionnel, cadré, hiérarchisé.

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Si l'on annonce la mort du salariat depuis le 19e siècle, pour certains, tous les ingrédients nécessaires sont désormais réunis pour sa mise en terre. Dans un contexte de globalisation, mais surtout de digitalisation, ce n'est pas une nouvelle manière de travailler qui a émergé, mais plusieurs. Nombre d'entre elles gravitent d'ailleurs autour de la flexibilité de la main d'oeuvre, de l'effacement des frontières, d'échange consenti des expertises et de diminution des coûts. Un véritable paradoxe si on considère la propension naturelle de l'homme à oeuvrer en groupe, à confier sa sécurité à une " élite ". Or, cette partie du 21e siècle signe l'émergence de l'hybridation des équipes, de l'indépendance professionnelle et de la collaboration entre talents à travers la planète entière.

L'ubérisation, stade d'évolution logique de l'économie mondiale ?

Impossible de parler d'une éventuelle fin du salariat sans évoquer un terme diabolisé depuis quelques années : l'ubérisation. Pour certains, il s'agit surtout d'une excuse pour nourrir la précarité des statuts, d'un affront direct aux grands acquis sociaux du 20e siècle, l'enrichissement supplémentaire des plus riches, au détriment de la main-d'oeuvre, qui ne récolte que des miettes, dans les meilleurs jours.

Pourquoi ne pas considérer ce phénomène économique comme étant une innovation ? Porté par l'explosion du numérique et des plateformes internet, totalement dans l'air du temps, les professionnels du digital y voient un générateur inépuisable d'esprits libres, comprenons les indépendants, auto-entrepreneurs et free lancers.

En témoignent les plateformes de la Gig economy (économie à la tâche) telles que Fiverr ou Upwork, ou les plateformes de la Talent Economie comme Toptal, spécialisée quant à lui dans les métiers à valeur ajoutée ou Talenteum.africa, révélateur de talents africains prêts à travailler distance. Cette dernière plateforme offre une sécurité d'emploi grâce à des missions longues voir à durée indéterminé aux talents africains afin de ne pas tomber dans la Gig Economie.

Dans un monde où la digitalisation est inéluctable, comment ne pas mettre à profit le haut débit, l'internet mobile, les smartphones et la géolocalisation ? Pourquoi ne pas exploiter ces facilitateurs entre les professionnels et les clients, ces outils d'instantanéité, ces réducteurs de coûts ? Et si en réalité l'ubérisation était l'évolution logique d'une société qui a pris pour acquis un fonctionnement dont la lourdeur entrave plus que tout la collaboration entre ses différents intervenants ?

Télétravail, revenu universel, salariat... oui, le changement, c'est maintenant !

Avec la pandémie qui a surpris le monde entier, qui a obligé des nations entières à se cloitrer littéralement, à changer leur mode de vie d'un jour à l'autre, l'heure est indubitablement à la remise en question. Au pied du mur, il est maintenant impossible de fermer les yeux sur les lacunes des modèles sociaux et économiques actuels. Simple exemple : de nombreuses entreprises ont dû recourir au chômage partiel ou au télétravail pour survivre quand d'autres ont tout simplement mis la clé sous la porte.

Il est grand temps d'adapter, de modifier nos comportements professionnels afin que l'économie continue à produire, à servir, y compris en cas de nouvelle crise sanitaire. Les bases sont d'ores et déjà là avec le freelancing, les initiatives de revenu universel, l'hybridation d'équipe, la méthode agile. Et si nous repensions tout simplement le salariat en lui faisant confiance, en lui permettant de coller à la réalité, de correspondre aux besoins des acteurs professionnels tout en remplissant ses missions économiques ?

L'ouverture d'esprit : plus qu'une qualité, une nécessité

Il en faut pour tous les goûts nous dit un vieil adage. Aujourd'hui encore, les actifs ont le choix entre le salariat et l'indépendance professionnelle, ces deux modes de fonctionnement étant en réalité parfaitement capables de cohabiter, mieux, de coopérer.

Oui, la digitalisation est galopante, néanmoins, elle a encore du chemin à faire pour générer le sentiment de sécurité de l'emploi si cher à la main-d'oeuvre. De plus, s'il n'est pas question qu'elle tue le salariat, il est risqué, voire dangereux de s'aventurer à la décrire comme une menace, une tentation ou, allons plus loin, peut-être même un tabou. Alors n'enterrons pas le salariat, modifions-le et adaptons-le afin qu'il colle à la réalité !

Résumé de l'expert

Nicolas Goldstein, Co-fondateur de Talenteum. Nicolas dispose de plus de 15 ans d'expériences dans le monde l'outsourcing et du service client. Il est actuellement implanté à l'Ile Maurice.


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