Publié par Céline Tridon le | Mis à jour le

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Créer son produit, et après ?

Pour Adeline Pillet, ingénieure à l'Ademe, les entreprises doivent, à l'instar de Rovip, penser éco-conception. "C'est ce genre de procédé qui peut être source d'innovation, en menant vers de nouveaux modèles d'affaires. Autrement dit, dès qu'elles commencent la conception de leur produit, les entreprises doivent s'interroger sur sa fin de vie. Cela signifie, notamment, intégrer des matériaux recyclés ou penser au réemploi", précise l'experte. Pour une PME, l'éco-conception n'est pas toujours facile à appréhender, car elle signifie changer de pratiques. Par exemple, intégrer de la matière recyclée à la place de la matière vierge implique de s'approvisionner auprès d'un recycleur. Il faut aussi adapter son process, la matière recyclée ne se travaillant pas nécessairement comme la matière vierge. Soit un frein supplémentaire.

De son côté, la Fédération de la plasturgie et des composites a diffusé, en janvier dernier, un outil d'auto-diagnostic grâce auquel les industriels peuvent dresser un bilan pour savoir où ils en sont vis-à-vis des plastiques recyclés, connaître leur positionnement en approvisionnements et avoir accès à des conseils adaptés. Pour son délégué général, Jean Martin, l'enjeu est de taille : "Nous espérons atteindre un objectif d'intégration d'un million de tonnes de plastiques recyclés d'ici à 2025, soit 20% des plastiques consommés par les plasturgistes".

Selon lui, les entreprises doivent aussi s'accorder du temps pour se transformer, sans écarter obligatoirement l'usage du plastique à tout-va. "Il faut savoir mettre en avant les atouts du plastique dans certains secteurs comme l'automobile, la santé, l'aéronautique. Les abus concernent avant tout les plastiques à usage unique", poursuit-il. Une nécessaire rationalisation, donc, qu'appelle également de ses voeux Adeline Pillet : "À l'Ademe, nous ne sommes pas entièrement plastic bashing, car le plastique a aussi une utilité pour la transition écologique. Dans la construction, par exemple, il permet d'isoler les bâtiments à moindres frais. Le problème est qu'il en est fait un usage abusif : on en met partout !"

Des alternatives au plastique

Kovee

Kovee a créé des couverts 100% comestibles et qui ne se désagrègent pas sous forte température. Si la recette exacte est tenue secrète, elle compte parmi ses ingrédient du sel, de l'huile de colza et de la farine de blé.

J'aime mes dents

Alternatives à la traditionnelle brosse à dents en plastique, celles proposées par "J'aime mes dents" sont fabriquées en poils de fibre de bambou et munies d'un manche en bambou issu de forêts gérées de façon responsable. Elles sont disponibles par abonnement.

Lyspackaging

En Charente-Maritime, Lyspackaging imagine, fabrique et commercialise des bouteilles en bio-plastique. Sa dernière innovation ? La VeganBottle, une gourde réalisée à partir de la bagasse de canne à sucre (résidu fibreux obtenu après avoir extrait le sucre)

La Perche

Mike Sallard, agriculteur et Jeff Lubrano, designer, sont revenus à des basiques : utiliser des tiges de céréales pour boire. Ils ont ainsi créé La Perche, le nom de leur paille réalisée à partir du chaume de seigle et selon un procédé jalousement gardé.

Une opportunité business

Dans tous les cas, les entreprises doivent se renouveler sur ce sujet : nul besoin d'une interdiction à l'échelle européenne pour comprendre que le consommateur est en attente. "La prise de conscience citoyenne entraîne des changements du côté des entreprises, depuis un an et demi environ. Nous avons déjà connu la gestion des déchets, avec le tri sélectif, qui a conduit à de nouveaux modes de vie et à la création de PME spécialisées dans le don de restes alimentaires, par exemple. Le sujet plastique' est plus récent, mais il va sur cette même voie. On en constatera les effets très prochainement", estime Laura Châtel, responsable du plaidoyer au sein de Zero Waste France.

Selon elle, "l'interdiction permet de donner une orientation". Certes, elle met des entreprises en difficulté, mais permet à d'autres de se créer. C'est le cas de La Perche, qui propose de remplacer la paille en plastique par de la paille naturelle. "Toute notre prochaine production est déjà vendue auprès de Sodexo, de restaurants étoilés et de magasins vrac ou bio", annonce Jeff Lubrano, son cofondateur. Cela représente entre six et huit millions de pailles, vendues à 0,84 centime l'unité. Pour sa récolte prévue en 2020, La Perche organisera une levée de fonds afin d'ouvrir une usine et d'atteindre une production de 50 millions de pailles. "Sur un marché de la paille estimé à 3,2 milliards d'euros en France, la promesse de croissance est énorme", envisage, serein, Jeff Lubrano.

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