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[Tribune] Retour d'expérience d'un français qui a créé sa société aux États-Unis

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[Tribune] Retour d'expérience d'un français qui a créé sa société aux États-Unis
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De 1998 à 2018, Fabien Beckers, CEO d'Arterys, nous raconte son épopée pour créer sa société et nous livre son avis et ses conseils pour les entrepreneurs.

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Tout quitter pour lancer son entreprise à l'étranger ? Ce rêve un peu fou peut être nécessaire et tentant pour se donner les moyens d'avancer. Selon une étude du CCIP, près d'un Français sur cinq installé à l'étranger était un créateur d'entreprise. Mais si dans certains pays, comme aux États-Unis, tout est possible, on peut aussi facilement se heurter à certaines difficultés.

Les États-Unis ou le domaine des possibles

En 1998, quand j'ai essayé de lancer mon entreprise en France à la suite d'un projet universitaire, l'accompagnement des jeunes pousses n'était pas aussi développé qu'aujourd'hui. Être un jeune entrepreneur avec une innovation tech était moins évident, il fallait développer au plus vite un modèle marketing dans un secteur bien établi pour avoir une chance d'obtenir des financements.

Selon la théorie de Michael Porter, un universitaire d'Harvard, Paris est un "diamant" de l'industrie de la mode, San Francisco est sans nul doute un "diamant" de la high-tech, c'est-à-dire un environnement où se regroupent start-up, business angels, universités, investisseurs et grandes entreprises innovantes. Ainsi, après cinq années d'entreprenariat en France, j'ai décidé de lancer mon projet entrepreneurial dans un écosystème dédié à cela comme l'est la Silicon Valley, avec les meilleures chances d'avoir un impact global.

J'ai donc suivi une formation business à l'Université de Stanford, qui m'a ouvert les portes d'un nouveau réseau et m'a aidé à adopter un nouvel état d'esprit, bien différent outre-Atlantique. En effet, les moyens sont plus importants même pour les idées les plus folles. San Francisco est un laboratoire, un lieu où bouillonnent les idées, où les investisseurs sont prêts à s'engager dans un marché encore non défini, à comprendre l'échec ou qu'un projet puisse évoluer avec le temps, même lorsqu'il n'est qu'au stade embryonnaire.

Cette méthodologie d'apprentissage du "pivot", qui consiste à changer complètement une idée tout en réutilisant ce que l'on a fait pour l'adapter, est extrêmement utilisée chez de nombreux entrepreneurs américains. C'est un processus, où l'on avance tout en apprenant.

La quête du visa entrepreneur

Sur le plan administratif, pour se lancer dans l'entrepreneuriat et pouvoir recevoir une aide financière pour la vie quotidienne, j'ai choisi d'obtenir un visa d'un an " OPT ". C'est une opportunité qui mérite d'être saisie, ou du moins à laquelle il faut réfléchir sérieusement. En effet, le fait d'être diplômé d'une université américaine vous permet de travailler 29 mois aux USA en gardant le même statut (étudiant) sans avoir le fameux Visa de travail H1B. Pour faire simple, ce programme est une autorisation de travail d'un an, " offerte " par le gouvernement américain sous conditions d'être diplômé d'une université américaine et de posséder un Visa F-1.

En revanche, pour conserver mon statut de CEO, il a fallu que j'obtienne un visa O1, ce qui a rajouté une couche de complexité et impacté les conditions de financement de mon entreprise. Mais c'est le prix à payer pour s'investir pleinement dans un projet où on sait que l'on sera bien entouré. Avec la volonté d'avoir un impact à grande échelle, j'ai voulu continuer malgré les difficultés qu'impose la Silicon Valley. C'est également, en parallèle d'un projet d'entreprise, un parcours du combattant. Pour y réussir, il est important d'attirer des talents sur une vision commune et de convaincre ensuite des investisseurs pour tester et valider une idée et une démarche. L'essentiel est de pouvoir innover sur un marché important (plus d'un milliard) et de savoir décider si c'est le bon moment ou non de se lancer. La principale question est : le marché est-il prêt, dans 3 ans, à adopter ces technologies et/ou services ?

La recherche de fonds, accélérateur de projets

Il y a aujourd'hui heureusement une appétence des Français pour les entreprises innovantes. Pour être compétitif au niveau international, il est important de donner à ces start-up les moyens de rivaliser avec des concurrents très bien financés. Les choses évoluent lentement, mais nous pouvons faire mieux pour que l'épargne, importante dans notre pays, permette de faire émerger sinon des leaders internationaux, à tout le moins des "licornes" capables d'être compétitives au niveau mondial. Le haut niveau de qualification des mathématiciens et codeurs français devrait nous placer en pointe des révolutions en cours.

Arterys a pu lever 45 millions de dollars depuis sa création non seulement parce que nos solutions apportent une réponse tant au manque généralisé de radiologues qu'à la nécessité de mettre à profit des données cliniques multiples pour mieux guider le traitement patient. Le but est de pouvoir avancer vers une médecine prédictive et personnalisée.

Mais il y a aussi aux États-Unis une culture qui privilégie le potentiel d'une innovation et sa capacité à révolutionner un secteur entier, quitte à prendre un risque, quand nous misons en Europe sur des valeurs dites sures, mais qui finiront par faner. Soyons plus inventifs. Osons. Et osons travailler sur des sujets majeurs, à l'impact mondial, qui toucheront l'humanité dans son ensemble. Ceci est probablement le meilleur conseil que je puisse donner.

Fabien Beckers est p-dg et cofondateur d'Arterys, une jeune entreprise d'imagerie médicale qui construit des logiciels disruptifs pour améliorer les diagnostics et les résultats. Il est titulaire d'un doctorat en physique quantique de l'Université de Cambridge et d'une maîtrise en commerce de Stanford.


Fabien Beckers, CEO d'Arterys

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