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Réinstaurer de la bienveillance dans le management

Publié par Mathieu Viviani le | Mis à jour le
Réinstaurer de la bienveillance dans le management
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Prendre soin de soi et des autres est, le plus souvent, une attitude naturelle au sein de la cellule familiale. Mais quid de la bienveillance dans le monde de l'entreprise ? Voici une nouvelle vision du leadership : le "management par le care".

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"Replacer vraiment l'humain au coeur de l'entreprise , c'est le titre du nouveau livre que j'ai coécrit. J'insiste sur le terme 'vraiment', qui est en gras et en vert sur la couverture ! " C'est par ce trait d'humour que Benoît Meyronin commence la présentation de son ouvrage. Docteur en économie, professeur à l'École de management de Grenoble et directeur général de Care Experience - une des branches de Domplus, un groupe canadien de services à la personne -, il fait partie, en France, des pionniers de ce qu'on appelle le "management par le care". Comme son nom l'indique, celui-ci ­s'attache à "prendre soin" des autres. Les destinataires ici ? L'ensemble des protagonistes d'une entreprise. Benoît Meyronin précise : "Ce n'est pas une nouvelle recette de cuisine managériale, mais une éthique de fond destinée à impulser une dynamique différente au sein des interactions en entreprise. Prendre soin de soi et des autres n'a jamais été aussi crucial qu'aujourd'hui. Face à des phénomènes comme l'absentéisme, le burn-out, les conflits hiérarchiques, la crise d'engagement des collaborateurs ou la perte de sens au travail, je suis convaincu que cette nouvelle vision du management offre des pistes de solutions."

Un héritage des sciences humaines

La notion d'éthique du "care" est née il y a près de 40 ans, au sein des sciences humaines et sociales. C'est Carol Gilligan, une psychologue sociale et une féministe américaine, qui, à travers ses travaux à Harvard dans les années 1980, pose un premier jalon théorique sur le "care". La réflexion se poursuit ensuite en France grâce à des philosophes comme Fabienne Brugère et Marc Grassin. Le domaine de la santé et ses praticiens deviennent naturellement le terrain de mise en pratique du "prendre soin". "Mais en dépit de son incroyable richesse, l'application de cette éthique dans le champ du management, comme dans l'univers de l'entreprise, reste encore très en retrait", regrette Benoît Meyronin. En 2007, alors qu'il mène une mission de conseil auprès du groupe Accor, le chercheur découvre sur place ce que son cabinet de conseil - l'Académie du service - baptisera "la symétrie des attentions". Le concept : instaurer une posture managériale qui accorde autant d'importance à la satisfaction des clients qu'à celle des collaborateurs. "C'est une logique assez simple : en prenant davantage soin des collaborateurs, ils prendront plus soin des clients", précise Benoît Meyronin.

Bienveillance appliquée

"Le management par le care", que Benoît Meyronin développe peu après, va dépasser ce seul segment. "En fait, ce type de management est bien plus qu'un savoir-faire, analyse l'expert. C'est développer dans les entreprises un nouveau savoir-être, qui engage chacun des collaborateurs. En amont de l'exigence de rentabilité, il s'agit d'instiller une exigence de bienveillance." Aujourd'hui, via son entité Care Experience, Benoît Meyronin collabore le plus souvent avec des grands groupes français, s'appuyant sur dix registres d'action ou de direction sur lesquels travailler. Cela peut aller de l'irritant à l'amélioration du lieu de travail, en passant par l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle ou encore la valorisation des postes les plus difficiles. Delphine Fougères, directrice des démarches participatives à La Banque Postale, pilote une plateforme intranet baptisée Envie. Elle témoigne : "C'est un outil participatif qui permet à près de 18 000 collaborateurs du groupe de faire remonter leurs idées afin d'améliorer leur expérience de travail et celle du client. Ils peuvent communiquer sur leurs irritants, partager des idées et s'impliquer concrètement dans l'émergence de nouveaux dispositifs au sein de l'entreprise. Chaque année, 1?500 idées remontent ainsi. Le management participatif ­fonctionne. Cela permet de faire jaillir l'innovation, de détecter des nouveaux talents et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux d'une entreprise."

Le care dans les PME

Toutefois, adopter le "care" comme pratique managériale n'est pas réservé aux grandes structures. Du côté des PME, une telle démarche est également possible. Alphi, une entreprise savoyarde du bâtiment, a choisi de plancher sur l'amélioration de l'environnement de travail (voir encadré ci-dessous). Pour le chercheur Benoît Meyronin, "la première différence que l'on peut observer entre un grand groupe et une PME est l'implication directe et très active du patron de l'entreprise. C'est d'ailleurs la force des petites entreprises". Au final, selon lui, c'est un vrai changement de culture qui s'opère actuellement au sein des sociétés.

Témoignage d'Alexandre Souvignet, CEO d'Alphi : "Travailler à une bienveillance active "

Entreprise du bâtiment née en Savoie en 1995, dans un garage familial, Alphi se présente comme le leader en France sur les prestations de coffrage d'immeubles. Avec un chiffre d'affaires en très forte croissance depuis 2005 - 18,3 millions d'euros en 2018 - et de nombreux brevets d'innovation à son actif, Alphi est une PME en excellente santé économique. Mais pour Alexandre Souvignet, ingénieur et CEO d'Alphi, "?la rentabilité n'est pas suffisante. Si les personnes qui bossent chez nous ne trouvent pas de sens à leur travail ou, pire, s'y sentent mal, c'est un échec pour moi. Lorsque j'ai rencontré Benoît Meyronin, son approche Care experience' a résonné avec les valeurs de bienveillance propres à notre entreprise familiale. Mais je voulais aller plus loin. Dans le care, cette bienveillance est encore plus active, elle ne vient pas d'en haut, elle est cultivée par tous les collaborateurs.?" Le premier registre d'action sur lequel Alphi travaille est l'amélioration du lieu de travail. Un choix naturel, car l'entreprise souhaite acquérir un nouveau siège en Savoie et un nouveau lieu pour son agence en Ile-de-France. Encouragé par la méthode du care, Alexandre Souvignet a, en mai dernier, proposé à la totalité de ses employés de visiter des sièges d'entreprises. L'idée?? Trouver l'inspiration et décider ensemble comment seront aménagés le prochain siège et la future agence francilienne. "?C'est un premier pas. Mon ambition est de travailler sur les neuf autres registres d'action. Le bien-être des collaborateurs d'Alphi est une priorité?", conclut-il.

ALPHI

Bâtiment

Viviers-du-Lac (Savoie)

Alexandre Souvignet,CEO, 42 ans

SAS > Création en 1995 > 90 salariés

CA 2018 18,3 M€

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