[Tribune] Chronique d'un déconfinement 'sprint'

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[Tribune] Chronique d'un déconfinement 'sprint'

Malgré les annonces prônant un déconfinement prudent, les entreprises et les consommateurs ont à coeur de rattraper le temps perdu. Le véritable rush de récupération prévisible s'accompagne de tous les dangers sur le plan psychique et sanitaire, mais aussi sur l'image des marques.

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Pour réussir le déconfinement, les entreprises sont en train de repenser leur organisation, afin d'accueillir dans des conditions de sécurité optimales certains personnels, dont l'activité exige une présence physique. Même si les dirigeants ont d'ores et déjà réfléchi aux conditions d'une reprise " safe " de leur activité, de nombreuses incertitudes demeurent.

Les contours de la reprise partielle de l'école est toujours en questionnement. Impossible dans ce cas de faire revenir des salariés dont les enfants ne vont en cours que la moitié de la journée ou 1 jour sur 2 ? Comment organiser le roulement entre les équipes alors même que l'on ignore encore qui pourra être là ? Et quid de ceux qui sont ou seront obligés de prendre les transports en commun pour se rendre au travail : ai-je le droit en tant que dirigeant de leur faire courir ce risque sanitaire ?

Il faut également gérer des collaborateurs qui auront pris un certain rythme et auront sans doute du mal à redémarrer aussi rapidement que souhaité. Tout cela prendra du temps. Un temps que beaucoup d'entreprises dont l'activité est aujourd'hui très perturbée, voire menacée, pensent ne pas avoir !

Un rush économique

Retrouver très rapidement une activité au plus près de la courbe d'avant confinement fait partie des priorités de nombreux dirigeants. Le Medef a d'ailleurs été dans ce sens en annonçant, avant de se rétracter, que les salariés devront faire des efforts : travailler plus, se priver de congés cet été... Une attitude qui risque surtout de précipiter les entreprises vers le précipice.

Beaucoup de salariés, toujours au chômage partiel, ne sont pas pour autant en vacances. Imaginer que les pertes engendrées par ces 2 mois de confinement pourront être rattrapées est une illusion. Si elles cherchent à atteindre des objectifs fixés avant la crise, les entreprises devront surtout gérer des burn-out à répétition car passer de salariés déprimés, car confinés, à un personnel surmené, est la plus mauvaise équation possible !

Un rush social et de plaisir

Ce rush de déconfinement sera aussi celui du plaisir avec le risque de perdre le sens de la mesure et de la déconsommation responsable qui s'était pourtant installé pendant le confinement. À coup de promotions et de déstockages massifs, certaines marques tenteront par tous les moyens de faire revenir le consommateur vers elles. Mais, après une période où l'achat était limité à l'essentiel, est-on vraiment obligé de faire l'apologie d'une consommation déraisonnée et déraisonnable ? La période que nous venons de vivre n'est-elle pas au contraire le point de départ vers une plus grande sobriété ?

Il sera en effet bien difficile pour des consommateurs frustrés de résister à l'appel après 2 mois à regarder sans pouvoir toucher ! Enfin, le rush sera aussi social, et sexuel pour les célibataires, au mépris, comme on le voit déjà, de certaines règles sanitaires élémentaires, avec à la clé un possible retour en force de l'épidémie.

Un rush à contrôler

Les entreprises doivent garder le cap alors que l'été s'annonce particulièrement " chaud " sur tous ces sujets. Pendant le confinement, elles ont eu l'opportunité de se poser, de faire vivre leurs valeurs autrement, de se montrer sous un nouveau visage plus responsable. Attention donc à celles qui deviendraient amnésiques. La façon dont chacune organise son déconfinement, gère ses collaborateurs, tout comme les messages qu'elle commence à adresser à ses consommateurs/clients, devra être parfaitement alignée sur le comportement adopté depuis deux mois.

En effet, de nombreuses entreprises se sont engagées, ont fait des annonces et mené des actions pour soutenir leurs salariés, le secteur médical, les ONG... Ces postures ne doivent pas disparaître comme par enchantement. Les organisations doivent tirer des enseignements de la période qui vient de s'écouler, ne surtout pas repartir " comme avant ".

Les enjeux économiques sont importants, mais ne doivent en aucun cas prendre le pas sur le social et le sociétal, au risque de détruire la valeur construite, aussi bien dans l'écosystème interne qu'externe. La reprise demande du temps, prenons-le !

Pascale Azria est Présidente du Syndicat du Conseil en Relations Publics depuis 2016 et Directrice Générale Associée de l'agence conseil en communication d'influence Kingcom qu'elle codirige avec Isabelle Wolf. Experte PR, digital et stratégie de marque, orientée performance et mesure, Pascale possède 20 ans d'expérience en branding et business pour des marques engagées. Avant de rejoindre Kingcom où elle a occupé, pendant 15 ans, successivement, les postes de consultante, Directrice du Développement puis Directrice Générale associée, Pascale a démarré sa carrière dans l'industrie automobile.
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